L’Académisme en musique

Concert, La Scène

Paris. 21-X-10. Musée d’Orsay. Œuvres de Zimmerman, Herold, Thomas, Berlioz, Fauré, Charpentier, Debussy, d’Ollone, Dutilleux. , piano. Solistes de Lyon, direction : .

Solistes de Lyon

Dans le cadre de son exposition sur l’Académisme en musique, le Musée d’Orsay proposait un concert rassemblant diverses œuvres vocales écrites entre le début du XIXe siècle et le début du XXe. Des cantates pour la plupart grâce auxquelles les compositeurs ont gagné le Prix de Rome, et ont pu séjourner dans la fameuse Villa Médicis.

Le programme était constitué plus ou moins chronologiquement, de Ferdinand Herold à . Et si les premiers morceaux apparaissaient, justement, très académiques, il est visible qu’au fil des ans, les compositeurs ont multiplié les moyens pour sortir de ce carcan parfois trop contraignant pour eux.

Les chanteurs, Solistes de Lyon, sous la direction de , furent globalement satisfaisants, même si leurs fortissimo étaient souvent assourdissants, la salle étant petite et les cloisons en bois situées derrière eux réfléchissant fortement le son. La soprano Ingrid Perruche, en particulier, faisait montre d’un vibrato souvent trop prononcé, et, tout comme le ténor Julien Behr, forçait trop sa voix. Dans le cas de ce dernier, cela donnait à son timbre une rudesse malvenue. La soprano Corinne Sertillanges et le ténor Svetli Chaumien possédaient une mesure et un équilibre plus appréciable. Les deux altos étaient quant à elles fort agréables à écouter, surtout dans leur registre le plus grave, ainsi que les deux basses. Le chœur possédait une bonne cohésion, et les chanteurs semblaient en prendre grand plaisir, que ce soit pour nous faire découvrir des œuvres peu connues ou nous faire réécouter Berlioz ou Debussy. Le pianiste manquait parfois de précision, en particulier rythmiquement, mais ceci lui a été bien vite pardonné de par son enthousiasme et le plaisir procuré de le voir jouer. A noter qu’il semblait d’ailleurs bien plus à son aise et dans son élément pendant la seconde partie du programme.

Le principe du concert était intéressant, à la fois pour pouvoir observer l’évolution des œuvres gagnantes du prix de Rome, ainsi que pour nous montrer l’évolution personnelle de chaque compositeur, les cantates étant souvent composées par de jeunes artistes d’une vingtaine d’années dont le travail peut avoir considérablement changé par la suite. Le meilleur exemple en est probablement Henri Dutilleux, qui est allé jusqu’à refuser que sa cantate L’Anneau du Roi soit jouée ce soir-là, mais qui proposa à la place une mélodie inédite, ce qui fut plus qu’une compensation. Furent aussi donnés les Sonnets de Jean Cassou, musique puissante sur des textes poignants. Certaines des œuvres jouées, surtout les plus anciennes, ne possèdent qu’un intérêt tout relatif, leur académisme les faisant presque apparaître comme des exercices. Le duo Hermann et Ketty d’Ambroise Thomas faisant exception, n’ayant rien de révolutionnaire mais étant tout de même intéressant et réussi. En revanche, dans les œuvres plus tardives, on peut d’ores et déjà, si l’on écoute attentivement, voir le futur génie du compositeur pointer, que ce soit Fauré, Debussy ou Berlioz. Mais le plus intéressant fut d’observer que les compositeurs dont les noms sont véritablement restés dans l’Histoire, et qui ont vraiment découvert de nouveaux horizons musicaux, sont ceux qui se démarquent franchement par un manque d’académisme : Debussy, qui a haï son séjour à Rome et les obligations de l’Académie, ou Berlioz et Dutilleux, qui ont renié voire partiellement détruit le travail qui les a fait partir pour Rome. Ce sont bien ceux-là qui sortirent des sentiers battus pour aller, comme le dit Baudelaire, «au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau».

Crédit photographique : Bernard Tétu © C. Ganet

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