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Anna Bonitabus, une vraie mezzo

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Salle Métropole. 03-XII-2010. Gioachino Rossini (1791-1868) : L’Italiana in Algeri, dramma giocoso en deux actes sur un livret d’Angelo Anelli. Mise en scène : Emilio Sagi. Décors : Enrique Bordolini. Costumes : Renata Schussheim. Lumières : Eduardo Bravo. Avec : Anna Bonitatibus, Isabella ; Luciano Di Pasquale, Mustafà ; Lawrence Brownlee, Lindoro ; Riccardo Novaro, Taddeo ; Elizabeth Bailey, Elvira ; Antoinette Dennefeld, Zulma ; Alexandre Diakoff, Haly. Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Véronique Carrot). Orchestre de Chambre de Lausanne, direction : Ottavio Dantone.

L’Italiana in Algeri

Avec cette Italiana in Algeri, la production lausannoise offre un spectacle croustillant, brillant, agréablement burlesque, totalement dans la veine de ce qu’on attend d’une farce rossinienne. Tous les excès de la comédie sont présents sans que jamais ils ne laissent le pas à une quelconque vulgarité. Un plein de vivacité sans excitation inutile.

Dans cet Enlèvement au Sérail à l’envers où l’Italienne Isabella vient libérer Lindoro, prisonnier du bey d’Alger, Rossini peut développer tout l’attirail des musiques dont il a le secret. Bien que moins populaire que Le Barbier de Séville, cette comédie sans prétention politique, offre néanmoins une palette d’airs extraordinaire d’agilité comme de splendide lyrisme. Dans son travail de directeur de plateau, l’espagnol s’est entouré du goût des choses. D’abord d’un décor qui, tout en étant peint de couleurs allant du rouge Ferrari au bleu électrique, reste efficace. Les costumes, tout aussi pétants de couleurs sont superbement dessinés. Fort de cet entourage coloré, projette ses acteurs dans un théâtre burlesque sans jamais oublier les exigences particulières du métier de chanteur. Ainsi, pas de courses effrénées, pas d’escalades excitées, mais au contraire une certaine immobilité laissant à l’expression vocale le temps d’exprimer la superbe musique de Rossini. Une immobilité relative qu’il se croit parfois obliger d’habiller de légers parasitages scéniques qui détournent le spectateur du chant des protagonistes. Ainsi, au premier acte, le duo de Taddeo et d’Isabella échappe à la subtilité du chant à cause de ces serviteurs interminablement occupés à monter un plancher tel un puzzle.

Dans cette intrigue bien racontée, les protagonistes se piquent au jeu de la musique et de la mise en scène pour s’en donner à cœur joie sur un plateau dominé par la présence d’un (Lindoro) au mieux de sa forme vocale. Avec une voix d’une homogénéité parfaite, projetant ses notes dans le plus pur esprit du chant rossinien, phrasant avec goût, il incarne l’excellence avec toute l’agilité nécessaire à sa difficile partition. A ses côtés, Anna Bonitabus (Isabella) est une mezzo rossinienne comme on avait plus entendu depuis bien des années. Non pas que les chanteuses capables d’interpréter les opéras du maître de Pesaro aient totalement disparu de nos scènes, mais bien peu possèdent la tessiture, le style et la dextérité vocale propre à l’interprétation des opéras de Rossini. Avec Anna Bonitabus, c’est le retour d’une «vraie» mezzo-soprano, digne descendante d’une Teresa Berganza. Certes, si la voix de la mezzo italienne manque parfois de la légèreté désirable à ce rôle (qu’on réécoute le génie interprétatif de l’Isabella de  !), elle possède cependant un abattage époustouflant dans ses vocalises. Actrice plaisante, chapeautée, les lunettes de soleil sur le nez, son entrée en Sofia Loren des années Cinecittà est criante de vérité.

Derrière cet aspect purement théâtral reste celui particulièrement touchant de son chant comme elle l’exprime dans la reprise à mezza-voce de la romance «Per lui che adoro». Remarquable encore la prestation du baryton (Taddeo) dont la voix claire et la prononciation d’une rare intelligibilité font merveille. (Mustafà), pourtant doté d’un bel instrument, apparaît quelque peu emprunté dès que le tempo musical s’accélère. Manquant de l’agilité dévolue aux basse-bouffe des opéras de Rossini, il peine à convaincre. Des autres protagonistes, on relèvera l’heureuse prestation de la soprano Brigitte Baileys (Elvira) plus à l’aise ici que dans son récent Oscar du Ballo in Maschera à Lausanne.

Quant au Chœur de l’Opéra de Lausanne, si sa justesse vocale ne peut jamais être prise en défaut, on doit cependant noter qu’un travail sur la diction mériterait d’être approfondi pour pallier au plus vite à cette désagréable impression de chant pâteux qu’il laisse à entendre.

Dans la fosse, l’ se sent des ailes. Avec ses belles cordes, ses bois superbes, il se laisse emmener dans le tourbillon rossinien avec l’entrain qu’on lui connaît. Que ne serait-ce autant d’en dire de ses cuivres qui sont apparus peu en phase avec l’esprit de légèreté de cette partition. Pourtant, la belle baguette d’ ne déméritait pas.

Crédit photographique : (Isabella), (Lindoro) ; (Mustafà), (Isabella), (Taddeo) Alexandre Diakoff (Haly) ©Marc Vanapelghem

 

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