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David Zinman, portrait discographique

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David Zinman est certainement moins naturellement associé au disque que les chefs légendaires comme Karajan ou Solti, mais il n’en reste pas moins un artiste dont la carrière est marquée par ce support. Le chef est à la tête d’une discographie majeure et avec des intégrales symphoniques Beethoven, Strauss, Schumann et désormais Mahler qui se sont imposées comme des références contemporaines.

Notre dossier : D. Zinman

 

La carrière de est jalonnée par une succession de mandats, relativement longs au regard des habitudes actuelles, qui lui ont permis de travailler en profondeur et surtout d’enregistrer sur le long terme. Le chef américain est donc passé à la tête des orchestres de Rochester (de 1974 à 1985), de Rotterdam (1979 à 1982), de Baltimore (1995 à 1998) et de la (depuis 1995 et jusqu’en 2014). Le style de vise plus à une stricte considération des indications et à un focus sur la musique pure qu’à épater la galerie.

Sous sa battue, les inflexions du texte sont scrupuleusement respectées, mais, un peu comme Bernard Haitink, ce relatif «effacement» du chef derrière la partition n’est jamais le corollaire d’un manque de personnalité, mais s’affirme comme un respect de la musique que le chef sert au lieu de s’en servir…

Cette rigueur, alliée à un sens des couleurs instrumentales et une attention à la progression narrative, additionnée à une totale flexibilité stylistique lui permet d’évoluer avec compétence et probité dans presque tous les répertoires. Des partitions redoutables comme la Symphonie Fantastique de Berlioz ou la Symphonie n°3 de Rachmaninov, où se sont naufragés parfois de très grands chefs, sonnent, sous la direction de David Zinman, avec précision, simplicité et surtout évidence.

Dès les années à Rochester, David Zinman signe des enregistrements pour les labels Nonesuch, Turnabout (filiale de Vox) et Telarc. Pilier des collections économiques, sa lecture du ballet intégral des Créatures de Prométhée de Beethoven est à thésauriser dans un contexte discographique atone pour cette partition. On peut également mentionner d’intéressants albums Mendelssohn (Vox et Telarc) avec des symphonies n°3 à n°5. Pour le label mythique de George Mendelssohn, le chef avait aussi enregistré des concertos de Liszt avec Jorge Bolet et un double concerto pour piano de Mozart où il dirigeait un autre pianiste mythique : Rudolf Firkusny. Dans les collections économiques Warner, on retrouve aussi un programme original regroupant les Légendes de Dvorak et les Danses Lachiennes de Janacek.

À la fin des années 1970, le chef traverse l’atlantique et pose ses bagages à Rotterdam. Il débute une collaboration avec le label néerlandais Philips. On peut relever un coffret thématique Pelléas et Melisande avec les partitions de Schönberg, Sibelius et Fauré, un album Dukas et un florilège de pièces de Rimski-Korsakov tiré de ses opéras. Ce dernier disque reste une des grandes références car le chef allie la justesse stylistique à la précision instrumentale.

De retour dans son pays natal, David Zinman retrouve l’orchestre de Baltimore avec lequel il enregistre à tour de bras profitant du développement du disque compact. Son legs peut se découper en plusieurs parties.

La reste l’un des axes majeurs de son travail et il grave des disques fondamentaux de la musique étasunienne. On relève ainsi un incontournable disque Ives la Holidays Symphony et le triptyque Three Places in New England, une irrésistible compilation Copland avec les grands tubes et une anthologie (ces disques furent gravés pour Argo). Du côté des contemporains, il faut citer des galettes dédiées à Christopher Rouse, ou encore Michael Torke.

La musique russe fut également une voie défrichée par le chef et son orchestre. Il faut saluer des enregistrements aussi oubliés que majeurs des symphonies n°2 et n°3 de Rachmaninov. Fuyant le sentimentalisme et les effets faciles, le chef se concentre sur la logique de la musique ; il est aidé par des prises de son hifistes du label Telarc. Poursuivant dans la musique russe, le musicien a laissé des témoignages dans Stravinsky (Suite de l’Oiseau de Feu et de Petrouchka) et Tchaïkovski (Symphonie n°4 et ouverture de Roméo et Juliette). En bon disciple de , David Zinman s’est confronté à Berlioz avec la Symphonie fantastique et un album de parade reprenant des tubes du compositeur (avec même son orchestration de La Marseillaise). Pour conclure, l’évocation de cette riche période, il ne faut pas oublier de mentionner deux disques Elgar et surtout une première intégrale des symphoniques de .

L’arrivée de David Zinman à la tête de l’Orchestre de la fut marquée par la publication de l’intégrale des symphonies de Beethoven pour le label Arte Nova. Cette intégrale reprenait la toute fraîche édition de ces partitions annotée par le musicologue Jonathan Del Mar pour l’éditeur Bärenreiter. La vigueur des tempi et la pulsion des dynamiques firent merveille à une époque où les orchestres «classiques» se réappropriaient ces symphonies en tenant compte des acquis du mouvement baroque. Bardée de prix, cette somme remis également l’orchestre suisse au cœur du marché du disque. Le chef continua l’aventure Beethoven avec les Concertos pour piano et pour violon (avec au piano et au violon) tout aussi indispensables.

La seconde intégrale de ce tandem fut consacrée à . Elle fut légèrement moins bien reçue car le contexte discographique est plus relevé et la démarche du chef est plus traditionnelle. Il n’empêche, cette somme reste la seule, avec celle de pour EMI, à présenter de manière optimale la totalité des grandes pièces symphoniques du compositeur. Une nouvelle étape et une nouvelle référence fut atteinte avec une seconde intégrale des symphonies de . Le chef poursuit un allègement des masses et atteint une évidence absolue qui fait de ces témoignages la grande lecture moderne de ces œuvres. Récemment conclue par l’enregistrement de la Symphonie n°10, l’intégrale des symphonies de Mahler montre l’approche constante d’un musicien qui cherche plus à faire parler des notes qu’à imprimer une version subjective ! Moyennement reçus par la critique, ces disques témoignent pourtant de la cohérence stylistique d’un des plus grands chefs actuels et surtout, elle marque la consécration pour un orchestre porté à des niveaux d’excellences vertigineux ! D’autres aventures sont dors et déjà planifiées : des Symphonies de Brahms et de Schubert !

En marge de ces disques gravés lors des mandats du chef, l’artiste a aussi enregistré des albums qui montrent sa grande curiosité. Outre l’inéluctable symphonie n°3 de Górecki (Nonesuch), l’un des rares best-sellers de la musique contemporaine, David Zinman a gravé, en pionnier, le Livre de la Jungle de Charles Kœchlin (RCA) à une époque qui voyait le compositeur croupir dans un oubli total !

Une autre facette de l’activité du musicien est son rôle d’accompagnateur de grands solistes dans les chevaux de bataille du répertoire. La grande rigueur du chef fait évidemment merveille dans cet exercice pas toujours prisé des stars des podiums. On peut ainsi pointer un florilège de concertos pour piano de Mozart avec (EMI) et de Ravel, Gershwin, Schumann et Strauss avec la jeune (Erato-Warner). Le chef est aussi un partenaire fidèle du génial dans les concertos de Walton et Barber (Decca) et dans une anthologie Bernstein (Sony). Au rang des amitiés artistiques du chef, il faut compter le violoncelliste avec qui David Zinman a laissé des témoignages importants dans des pièces de Barber, Britten et Taverner (Sony) mais surtout dans des concertos contemporains américains de Stephen Albert, Richard Danielpour, Christopher Rouse édités dans les albums thématiques «New York Album» et «Premières» (Sony).

Au fil de ce parcours discographique, on aura compris qu’il n’existe pas de mauvais disque dans cette discographie qui couvre d’innombrables compositeurs de la lettre «a» comme à «w» comme . Régulièrement rééditées, ces témoignages sont facilement disponibles dans les magasins, en téléchargement ou sur les plates-formes de seconde main.

3 essentiels de la discographie de David Zinman :

Samuel Barber : Symphonie n°1, Essays for orchestra, The Scholl of Scandal. Orchestre symphonique de Baltimore, direction : David Zinman. 1 CD Argo. Référence : 000289 436 2882 2

 : intégrale des symphonies. Orchestre de la Tonhalle de Zurich, direction : David Zinman. 1 coffret de 5 CD Arte Nova. Référence : 74321654102

 : Symphonie n°2, Vocalise. Sylvia Mc Nair, soprano. Baltimore Symphony Orchestra, direction : David Zinman. 1 CD Telarc. Référence : 80312

Crédit photographique: David Zinman © BMG

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