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Vanni-Marcoux, une ancienne gloire du chant français

À emporter, CD, Opéra

Vanni-Marcoux (1877-1962) – Intégrale des enregistrements : Airs d’opéras Mélodies et Chansons de André, Bemberg, Berlioz, Marc Berthomieu, Borodine, Brogi, Alden Carpenter, Lola Castagnaro, Gustave Charpentier, Christiné, Piero Coppola, Cras, Debussy, Paul Delmet, Désiré Dihau, Duparc, Fauré, Février, Glazounov, Goublier, Gounod, Hahn, Lancel, Laparra, Victor Larbey, Leroux, Kurt Lewinnek, Longás Torres, Martini, Massenet, Moussorgski, Mozart, Gustave Nadaud, Privas, Puccini, Renard, Schubert, Schumann, de Séverac, Sinigaglia, Thomas, Torelli, Tosti, Verdi, Weckerlin, Yvain. Vanni-Marcoux, baryton-basse. Piero Coppola, Lucien Petitjean, Federico Longás Torres, André Lermyte, Janine Houssaye, Irène Aïtoff, piano. Orchestres, direction : Piero Coppola, Édouard Bervily, Henri Goublier, Marcel Cariven. 1 coffret de 6 CD Marston 56001-2. Code barre : 638335600123. Enregistré entre 1924 et 1955 à Paris. Notices unilingues (anglais) excellentes avec riche iconographie. Durée : 79’34, 77’14, 73’54, 73’56, 78’08, 68’25.

 

Une fois encore, Ward Marston frappe fort en publiant en six CDs ce que ne fait évidemment pas EMI, le major d’origine : l’intégralité des gravures du grand chanteur franco-italien Jean Émile Vanni-Marcoux (1877-1962). Et une fois de plus, de façon inespérée, Marston ravira les amateurs de beau chant français, celui hélas révolu d’une époque particulièrement glorieuse.

Lorsqu’un soir de l’automne 1908, l’élève et disciple de Gounod, Henri Büsser, dirigea Faust à l’Opéra de Paris dans l’une de ces innombrables représentations habituellement ronronnantes, le public fut stupéfait mais ravi d’enfin admirer, dès l’apparition de Vanni-Marcoux en Méphisto, un artiste inconnu de 31 ans qui était non seulement un chanteur à la diction incisive, mais également un véritable acteur de théâtre. C’est l’intuitif qui avait repéré ce musicien qui non seulement chantait «vrai» la partition telle qu’elle était écrite (ce qui est rare !) mais disait «juste» le texte (ce qui l’est encore plus), ne se sentant pas obligé de se montrer comme tant d’autres grinçant ou grimaçant dans son rôle diabolique. Dès ce jour, Vanni-Marcoux qui avait auparavant interprété notamment le rôle de Daland du Vaisseau Fantôme à La Haye lors d’une tournée en 1904, était voué à une gloire planétaire.

Ce baryton-basse natif de Turin, français d’ascendance italienne par sa mère, mit à profit son solide bagage intellectuel et juridique – il fit des études d’avocat – dans une brillante carrière tout entière vouée au chant. Après un autre Méphisto – celui de Berlioz – ce fut sa participation dans Otello de Verdi, Samson et Dalila de Saint-Saëns, Thaïs de Massenet, avant qu’il ne lui soit offert le rôle-titre d’envergure de Don Quichotte de ce dernier, qu’il créa à La Gaîté Lyrique de Paris en décembre 1910, aux côtés de l’admirable Lucien Fugère en Sancho Pança, succédant ainsi brillamment à Chaliapine qui en avait assuré la première mondiale dix mois plus tôt à l’Opéra de Monte-Carlo. Vanni-Marcoux reprit d’ailleurs ensuite deux rôles où s’était illustré Lucien Fugère : le moine cuisinier du Jongleur de Notre-Dame de Massenet, et le père de Louise de Charpentier, imposant son empreinte personnelle malgré le redoutable souvenir de son devancier.

Vanni-Marcoux eut également l’honneur d’être à l’Opéra de Paris le tout premier interprète en langue française de Boris Godounov, après les multiples représentations en russe par Chaliapine et la troupe de Serge de Diaghilev. Il se démarqua de son illustre prédécesseur par l’émouvante grandeur et la sobriété exemplaire de son jeu. Il fut aussi parmi les premiers interprètes d’œuvres plus rares : le Polyphème de , L’Aiglon d’Ibert-Honegger, La Nuit est Belle de Henri Goublier, le fils de Gustave Goublier, ce dernier auteur des chansons un temps célèbres La Voix des Chênes ou Le Credo du Paysan.

Vanni-Marcoux était souvent accompagné, que ce soit à l’orchestre ou au piano, par le fidèle (1888-1971) dont on commence à mesurer l’inestimable contribution au disque en tant que musicien et directeur artistique de La Voix de son Maître en France à l’Âge d’Or du 78 tours. Vanni-Marcoux a d’ailleurs gravé quelques chansons écrites par , rares témoignages qui constituent un apport indéniable à la discographie du chef d’orchestre – compositeur.

Tout ceci montre également l’ouverture d’esprit et le vaste répertoire de Vanni-Marcoux qui ne dédaignait pas la chanson populaire lorsqu’elle était de qualité, comme souvent à la Belle Époque. À commencer par celles de Paul Delmet (1862-1904), l’auteur de l’immortel Envoi de Fleurs, page que l’auteur de cette chronique se souvient encore avoir entendue dans sa jeunesse fredonnée par son père… Ces œuvrettes sans doute désuètes selon les critères de notre époque, mais toujours élégantes et sensibles, sont particulièrement bien documentées dans cet album, et il est plus que probable qu’elles ne retrouveront jamais un défenseur aussi inspiré que Vanni-Marcoux.

En 1955, ce grand musicien-chanteur, alors âgé de 78 ans, prenait une dernière fois le chemin des studios de La Voix de son Maître pour y confier son ultime message phonographique – et c’est révélateur – tout entier voué à Paul Delmet : d’une voix fragilisée, mais d’une extrême tendresse et ô combien émouvante, il déploie des trésors de sensibilité et de charme subtil dans un répertoire qui a tout à gagner de la sobriété de son interprète.

Écoutez Vanni-Marcoux, artiste complet à l’intelligence sensible, et acteur incomparable d’une époque glorieuse du chant français. Les transferts miraculeux et sans concurrence de Ward Marston qui, ne l’oublions pas, est aussi musicien, nous permettent d’en goûter l’art dans toute sa splendeur.

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