tous les dossiers(1)

L’horizon illimité d’Edith Canat de Chizy

À emporter, CD, Musique symphonique

Edith Canat de Chizy (née en 1950) : Times pour orchestre ; La ligne d’ombre pour orchestre ; Yell pour orchestre ; Alio pour orchestre ; Omen pour orchestre. BBC Symphony Orchestra, direction : Kazuki Yamada. Orchestre de Besançon Montbéliard Franche-Comté, direction : Peter Csaba. Nouvel Orchestre Philarmonique, direction : Michiyoshi Inouë. Orchestre Poitou-Charentes, direction : Peter Csaba. Orchestre National de France, direction : Alain Altinoglu. 1 CD Aeon AECD 1105. Code barre : 3 760058 361153. Enregistrements : 24/09/2009 au Théâtre de Besançon ; 15/06/1989 à Radio France ; 19/03/2002 à Poitiers ; 21/10/2006 à Radio France. Notice bilingue (français, anglais). 66’33

 

Les Clefs Resmusica

1989-2009 : ce sont vingt années de création que parcourt ce deuxième album monographique chez Aeon d’Edith Canat de Chizy à travers cinq pièces d’orchestre : une somme impressionnante mais pas une intégrale puisqu’une nouvelle œuvre, Pierre d’éclair vient d’être créée à Lyon en avril 2011 dans le cadre de la résidence de la compositrice. «L’écriture pour l’orchestre reste mon mode d’expression privilégié» affirme-t-elle et depuis Yell (1989) qu’elle considère comme l’œuvre matrice de son écriture orchestrale jusqu’à Times (2009) composé pour la finale du 51ème Concours International des jeunes chefs d’orchestre de Besançon, c’est une recherche obstinée pour éprouver la matière sonore et sonder les arcanes du temps qu’elle mène avec une imagination et une autorité du geste qui sidèrent.

Enregistré en live comme la majorité des pièces de cet album et placé en position centrale de cette rétrospective, Yell – qui signifie cri ou hurlement – éclaire en effet le cheminement d’un travail qui s’origine dans les techniques de studio dont la compositrice va opérer le transfert dans son écriture d’orchestre ; attribut vital de cette émancipation sonore, la percussion y tient une place essentielle : trames sonores mouvantes, blocs qui s’entrechoquent, brisures abruptes et déflagrations, autant de morphologies sonores qu’elle entend modeler à son désir avec une virtuosité qui s’exerce désormais dans chaque nouvelle œuvre.

Mais cette «physis» appelle sa part de «métaphysis» ; ainsi le titre Alio (2002) – signifiant en latin ailleurs – est-t-il emblématique de cette nécessité «d’appréhender quelque peu ce qui nous dépasse», induisant une trajectoire sonore qui propulse le geste en avant et réactive inlassablement le mouvement, dimension toujours au centre du travail compositionnel.

Aimant tisser des correspondances entre les arts, musique peinture et poésie, place souvent au départ de son inspiration une toile de maître ou un texte littéraire. La ligne d’ombre (2004) est inspirée par la Nouvelle de Joseph Conrad s’attachant au vécu de l’attente, en l’occurrence celle de la tempête sur un navire figé. Cette perception d’une temporalité singulière faite de tension et d’agitation est traduite ici par une palette de timbres extrêmement diversifiée où oscillations, ruptures et tournoiements opèrent une circulation étrange souvent suspendue au fil d’une ligne soliste.

C’est l’une des dernières toiles de Van Gogh, Champ de blé avec corbeaux qui fait naître Omen (2006) signifiant présage. Par l’éclairage qu’elle projette et l’écriture quasi obsessionnelle qui la fonde, l’œuvre est sans aucun doute la plus saisissante de cet album ; la fluidité d’une écriture orchestrale qui dessine ses lignes éruptives et sinueuses dans un espace toujours mouvant relève d’un travail inventif autant qu’exigeant sur le timbre qui fait sens.

Times (2009) – écrit pour Besançon, la «ville du temps» – est la pièce la plus récente de cet enregistrement ; c’est aussi la plus virtuose et la plus jubilatoire : une musique aux arrêtes vives et aux ruptures franches, des gestes désormais familiers qu’ conduit ici avec plus d’engagement et de fulgurance encore. La percussion toujours souveraine mesure le temps et creuse l’espace de ses résonances. L’écoute est suspendue au devenir de la matière et des différentes temporalités qu’elle induit.

Si chacun des enregistrements, et malgré les imperfections d‘Omen, nous met au cœur de la dramaturgie sonore, Times dirigé par le lauréat 2009 du Concours International des jeunes chefs d’orchestre à la tête du porte le propos orchestral avec une intensité solaire inégalée.

 

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.