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Pleyel pliée par Boulez

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, salle Pleyel. 27-IX-2011. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Pierre Boulez (né en 1925) : Pli selon pli, portrait de Stéphane Mallarmé. Barbara Hannigan, soprano ; Lucerne Festival Academy ; Ensemble Intercontemporain, direction : Pierre Boulez

Affluence des (très) grands jours, standing ovation à la fin. Un récital de Roberto Alagna ? Un avatar de la tournée d’adieu d’Alfred Brendel ? Non, dirigeant son œuvre.

Oui, Pli selon pli attire les foules et remplit la salle Pleyel. Evidemment, quand le Maître vient diriger, on peut se douter que tous les sièges seront occupés. Et quand bien même, entre l’, , le soutien du Festival de Lucerne et l’organisation du Festival d’Automne à Paris, l’affluence n’aurait pas été moindre, quoiqu’en pensent et écrivent (dans un célèbre quotidien du soir) quelques esprits chagrins. Le public, cette vaste personne que tout le monde croit connaître, n’est pas aussi idiot qu’on le croit.

Pour cette œuvre atypique, qui demande un grand orchestre avec peu de cordes mais un effectif pléthorique de percussions (de préférence résonantes), qui disloque dans ses mouvements extrêmes les poèmes de Mallarmé, qui utilise le texte comme un support ou une forme mais non en tant que texte, au point de le rendre incompréhensible (« qu’ils lisent Mallarmé s’ils veulent comprendre »), l’ s’est agrandi des stagiaires de l’Académie du Festival de Lucerne. Depuis 2004, et l’EIC y tiennent cours. Ce Pli selon pli, en tournée européenne, permet de faire découvrir au plus grand nombre la qualité exceptionnelle de ces classes de maître.

Et c’est un Boulez des grands soirs qu’on retrouve. Le geste se fait de plus en plus ténu, le corps de plus en plus immobile, mais la direction (et donc l’oreille) reste implacable. Les violents accords de Don et Tombeau, qui ouvrent et ferment l’œuvre sonnent secs comme des coups de trique et ne souffrent d’aucun décalage, aussi microscopique soit-il. Boulez distille les couleurs et les plans sonores dans les trois mises en musique des poèmes, rendant hédoniste avec une débauche de timbres une de ses partitions les plus complexes au niveau structurel. , à la justesse parfaite, déroule sans efforts les redoutables arabesques vocales. Et il existe encore, à une période où les luttes esthétiques s’estompent, 50 ans après la première note de cette composition, des personnes pour douter encore de la valeur de cette œuvre…

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