tous les dossiers(1)

Musica Strasbourg, un dernier concert éblouissant

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Strasbourg, Palais de la musique et des Congrès ? Dans le cadre du Festival Musica. 08-X-2011. Claude Debussy (1862-1918) : Etudes (Pour les sonorités opposées, pour les notes répétées, pour les accords), orchestration de Michael Jarrell. Johannes Maria Staud (né en 1974) : Contrebande (On Comparative Meteorology II). Philippe Manoury (né en 1952) : Noon sur des poèmes d’Emily Dickinson, pour soprano, choeur et orchestre. Claudia Barainsky, soprano ; SWR Vokalensemble Stuttgart ; Réalisation informatique musicale IRCAM, Serge Lemouton ; Orchestre symphonique de la Radio SWR de Stuttgart ; direction : Anton Zapf

Pour clore une édition 2011 particulièrement foisonnante d’événements sonores aussi festifs que spectaculaires, Musica invitait l’Orchestre symphonique de la SWR-Stuttgart  dirigé par , ex-Kapellmeister du Staatstheater de Stuttgart, pour un dernier concert éblouissant mettant à l’affiche l’une des partitions les plus ambitieuses de , compositeur que le Festival avait mis cette année à l’honneur.

En préambule, nous entendions trois Etudes de Debussy orchestrées par qui exerce là  une oreille extrêmement fine et un art délicat de la touche colorée pour faire éclore au sein de l’orchestre l’aura sonore et poétique de ces pages qui semblent révéler mille autres facettes de leur écriture à la faveur de ce nouvel éclairage. fait valoir l’élégance et la précision d’une baguette qui sert au mieux le charme sonore de ces miniatures.

L’Orchestre radiophonique de Stuttgart relayait en quelque sorte l’Orchestre Philarmonique de Strasbourg qui, trois jours avant, sous la direction de Pascal Rophé, avait donné en création française le premier volet de On comparative Meteorology du compositeur autrichien . Contrebande (On Comparative Meteorologiy II) vient achever ce diptyque que le compositeur dit « illuminé » par la littérature de Bruno Schultz. Comme il aime le faire, en ménageant dans son parcours formel d’abruptes ruptures, Staud forge un matériau très minéral d’une intensité solaire – les registres clairs du début sont une superbe entrée en matière – qu’il renouvèle ici au fil d’une dramaturgie latente avec une virtuosité souveraine. L’espace « en creux » aux deux tiers de l’oeuvre, amenant une écriture atomisée dans un silence très suspensif, atteste la filière féconde entre Staud et Jarrell qui fut son professeur.

était aux manettes de la console de projection – électronique exige – pour l’exécution de Noon (Midi); ce mot titre et palindrome, extrait du Cycle des heures de la poétesse Emily Dickinson, signalera l’acmé sonore d’une partition de 47 minutes qui conjugue les forces vives de l’Orchestre Radiophonique de Stuttgart de très haute tenue et l’excellent SWR Vocalensemble. A côté d’Anton Zapf au geste presque trop aérien pour canaliser tant d’énergies, la superbe soprano tient le devant du plateau alors que l’ensemble vocal, relayé par le choeur virtuel, chante au sein de l’orchestre: une manière de jouer sur l’ambiguité des sources sonores magnifiquement exploitée par le compositeur. La poétesse américaine Emily Dickinson exerce une véritable fascination sur Manoury (il n’est que de lire ses huit cycles de poèmes dûment reproduits sur le programme pour partager cette admiration), projetant même de poursuivre cette investigation dans l’univers de la poétesse pour accomplir l’ « inachèvement définitif » de son « portrait d’Emily Dickinson ». Les sept cycles sont organisés en quatre cahiers terminés par le cycle de la mort: « L’annonce à l’Herbe effarée / Que la Ténèbre – va passer – ». Manoury confie le flux dramaturgique à l’orchestre – aux cordes plus précisément, superbement écrites – qu’il dispose symétriquement par rapport au chef, et à l’abondante percussion métallique et résonante – les steel-drums sont particulièrement sollicités –  et dessine une ligne de chant somptueuse, sorte de mélodie infinie d’une grande sensualité dont la voix chaude et pleine de communique toute l’intensité émotionnelle. La voix enregistrée, un rien triviale et projetée souvent très fort, aurait d’ailleurs tendance à rompre le charme si Manoury n’en avait réduit au minimum les interventions. Pour le cycle des Heures II – Midi (« Elle est comme la Lumière – Délice sans artifice – » ), le compositeur fait flamboyer l’espace sonore avec des salves de cloches (instrumentales et synthétiques) aux allures de rituel: mélange des sources acoustique et électronique et grande polyphonie de sonorités irradiantes, « dont le soleil crée un perpétuel midi » chante la voix: une façon « manourienne » de porter l’expression à cet état d’incandescence qu’il admire tant chez Dickinson.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.