Le désert en plein Paris

Concert, La Scène, Musique symphonique

Paris. Cité de la Musique. 18-X-2011. (né en 1936) : The Desert Music ; (1770-1827) : Symphonie n°5 en ut mineur op. 67. (chef de chœur : Bo Holten). , direction :

La Salle des Concerts de la Cité de la Musique était comble pour cette soirée, la dernière du cycle Pulsations. Et pour clore ce cycle, le nous présentait tout d’abord The Desert Music. Steve Reich, pionnier de la musique minimaliste et de la musique de phase (Music for 18 Musicians, Piano Phase) reprend ces concepts dans ce morceau pour grand ensemble. Dans The Desert Music, composé en 1984, il va même plus loin que dans Music for 18 Musicians (une de ses pièces maîtresses, 1976) : il augmente le nombre de musiciens et d’instruments, incluant des cuivres, absents de Music for 18 Musicians, et faisant appel à un véritable choeur, plutôt qu’à quelques voix isolées. L’ensemble dure 46 minutes, et apparaît moins linéaire que Music for 18 Musicians, puisqu’il compte des sections de différents tempi et plus de diversité sonore (puisque plus d’instruments différents). Le morceau est donc aussi moins uniforme que Music for 18 Musicians, et donc légèrement plus descriptif (d’où le titre) et moins abstrait, mais également moins hypnotique.

L’orchestre, volontaire, n’a pas su trouver immédiatement l’équilibre précaire nécessaire à la bonne réalisation du morceau : une attaque violente inattendue du piano, suivie de nuances (de type crescendo/decrescendo et fade out) trop expressives qui n’arrivent pas à nous donner l’impression d’immensité que The Desert Music est censé créer. En effet, dans la musique de Steve Reich, les nuances correspondent à un plus ou moins grand « emplissage sonore » de la salle, plutôt qu’à une “douceur” ou une “force” de la musique. Mais, au bout de quelques minutes, la direction presque dansante de permet à l’orchestre, petit à petit, de réussir le pari de jouer ce morceau avec une aussi grande formation. Et à partir de là, nous est véritablement offert The Desert Music : une grande étendue, composée d’une infinité de touts petits « bouts de son », notes de musiques jouant le rôle des grains de sable. La pulsation, élément indispensable à trouver dans une telle musique, apparaît. Les voix du Choeur de la Radio flamande, dont le timbre brut convenait parfaitement à la musique imperturbable de Steve Reich, étaient excellentes.

En deuxième partie, peut-être de façon surprenante, nous était présentée la Symphonie n°5 de Beethoven. Très célèbre, son thème est repris 267 fois dans le morceau, selon la légende : une qualité censée le rapprocher de Steve Reich. L’idée est amusante, et si les deux oeuvres ne vont pas jusqu’à être miroir l’une de l’autre, la structure de la symphonie nous apparaît plus limpide après l’écoute de The Desert Music, et on retrouve dans les quelques canons présents chez Beethoven l’idée fondatrice de la musique de Reich. La réalisation de l’oeuvre est bonne et la direction passionnée, et les troisième et quatrième mouvements furent les plus réussis. Les cordes, unies à l’extrême, furent remarquables de précision, et l’on peut regretter qu’elle aient parfois été noyées par des cuivres légèrement trop puissants. Néanmoins, les silences, particulièrement chargés d’émotion ici, manquaient : les enchaînements étaient parfois trop rapides, l’enthousiasme des musiciens empêchant l’auditeur de reprendre son souffle et d’apprécier les quelques instants de pause ou de tension, brefs mais essentiels. Mais au final, même si c’est probablement les fortes émotions de la Symphonie qui marquèrent le plus les auditeurs, c’est bien Steve Reich que l’on a quand même retrouvé, tout à la fin, dans les applaudissements asynchrones de l’auditoire, qui avaient un petit air de Clapping Music.

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