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La vague émergente de la création sonore

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris, salle de projection de l’IRCAM. 15 et 20-X-2011. Lionel Bord (né en 1976) : 666 pour clarinette/clarinette basse et violoncelle. Lucas Fagin (né en 1980) : Lanterna magica pour percussion, 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse à 5 cordes. Marc Garcia Vitoria (né en 1985) : Mimesis pour harpe, accordéon/harmonica, percussion, alto, contrebasse et électronique. Tristan Murail (né en 1947) : Couleur de mer pour ensemble. Einar Torfi Einarsson (né en 1980) : Nine tensions. Maurilio Cacciatore (né en 1981) : Concerto pour clavier MIDI, ensemble et électronique (CM). Eun-Hwa Cho (née en 1973) : Jouissance de la différence II pour ensemble (CM). Martin Grütter (né en 1983) : Tiefflug pour ensemble (CM). Anthony Millet, accordéon ; Hidéki Nagano, clavier numérique ; réalisation informatique IRCAM ; solistes de l’Ensemble Intercontemporain, direction : Olivier Hagen et Alejo Pérez

A l’initiative commune de l’IRCAM et de l’, les concerts Tremplin permettent à la jeune génération de compositeurs de faire entendre leurs travaux, sélectionnés en amont par un comité de lecture ou concrétisant l’aboutissement du Cursus II de l’IRCAM. Les compositeurs bénéficient à ce titre d’ateliers de travail préliminaire avec les instrumentistes pour leur permettre de tester et finaliser leur écriture au contact des interprètes.

Huit compositeurs avaient été retenus, toutes nationalités confondues, pour ces deux concerts investissant l’Espace de projection, lors de la première soirée, et la Grande salle du Centre Pompidou quelques jours plus tard.

Si l’œuvre du zurichois Stefan Keller, Übersteiger, était retirée du premier programme en raison d’un musicien malade, les trois pièces entendues révélaient des personnalités très intéressantes; celle, atypique, du français Lionel Bord, bassoniste co-soliste de l’Orchestre de Paris, qui assume avec brio sa double activité d’instrumentiste et de compositeur. 666 fait référence au chiffre symbolique de la Bête dans l’Apocalypse de Saint Jean: « J’ai laissé cette Bête qui m’habite – qui nous habite – s’exprimer librement », confie-t-il dans la notice du programme. L’écriture risquée et effusive, incluant une cadence échevelée du piano, s’inscrit dans un geste radical d’une grande force de conviction. Lanterna magica de l’argentin met à l’œuvre l’imaginaire sonore du compositeur et le raffinement d’une écriture pour le quintette à cordes auquel la percussion apporte une aura de résonance. Conçue dans les studios de l’IRCAM avec l’outil de référence Max/MSP, MimeSys (incluant l’accordéon) du valencien Marc Garcia Vitoria exploite cet outil d’analyse sonore et d’orchestration assisté par l’ordinateur pour jouer très finement sur l’hybridation des couleurs instrumentales et les effets de spatialisation, à la faveur d’une écriture inventive et d’une grande souplesse. Très investie et d’une précision exemplaire, la direction d’Oliver Hagen – tout juste 25 ans – lui confère une plasticité et une mobilité singulières.

La deuxième soirée, plus éclectique et nettement plus dense – superbement conduite par le chef argentin – débutait par Couleur de mer, l’oeuvre « tremplin » du tout jeune , 22 ans à peine; c’est sa première pièce a avoir été jouée dans un « vrai » concert nous dit-il. Relevant encore de la technique dodécaphonique, l’oeuvre accuse le malaise entre la contrainte d’un système qu’il s’imposait et les orientations musicales et poétiques qu’il tente ici de faire émerger.

D’origine islandaise, se forme au collège de musique de Reykjavik avant de se perfectionner à Amsterdam. Les neuf miniatures aussi courtes que fulgurantes de Nine Tensions semblent éclairer les nombreuses facettes d’un même matériau qu’il scrute avec obstination, générant une sorte de frénésie sonore captant l’écoute.

Invitant sur le devant de la scène le pianiste , le Concerto pour clavier MIDI, ensemble et électronique de déçoit en revanche les attentes: sur le plan de l’écriture d’abord, qui n’opère pas véritablement l’intégration des sonorités de synthèse avec l’ensemble instrumental; sur le traitement du clavier lui-même dont le rendu sonore sembla bien en-deçà du potentiel d’un tel instrument.

Si la coréenne Eun-Hwa Cho, dans Jouissance de la différence II, conçoit son écriture dans les infimes variations d’un matériau toujours finement articulé, le bavarois Martin Grütter, formé comme elle par à Berlin, frappe plus fort et plus net dans Tiefflug; avec la prédominance des vents auxquels s’agrègent la contrebasse, le piano, la harpe et les percussions, l’œuvre s’en réfère au jazz-rock, imposant son rythme, son propre temps et l’excès du son allant jusqu’à la saturation.

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