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Le concours Wieniawski pour violon à Poznań

Concours, La Scène, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Poznań. Grand hall de l’Université Adam Mickiewicz. 9 – 22 octobre 2011. Jury : Ida Haendel (présidente honoraire), Maxim Vengerov (président), Zakhar Bron, Bartosz Bryła, Edward Grach, Erich Gruenberg, Koichiro Harada, Dong-Suk Kang, Leonid Kerbel, Piotr Milewski, Bartek Niziol, Yuri Simonov, Vera Tsu et Pavel Vernikov

  • Pologne
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    Quelques mots sur

    Débutons par rappeler qui fut , à qui est dédié ce concours. Né en 1835 à Lublin dans une famille juive assimilée, il fut l’un des plus grands virtuoses de violon de son époque et compositeur romantique éminent. Enfant prodige, il commença ses études dans la classe de Lambert Massart au Conservatoire de Paris dès l’âge de huit ans, alors que la limite inférieure d’âge était de 12 ans et la nationalité française obligatoire (Massart lui-même, d’origine belge, et Franz Liszt n’y ont pas été acceptés en tant qu’élèves). Mais cette fois-ci le jury fut subjugué par le petit garçon et ils lui ont demandé d’apprendre par cœur un des concertos pour violon de Rodolphe Kreutzer pendant deux semaines sans prendre l’instrument à la main. Wieniawski le fit en surprenant tous les enseignants. Il termine ses études au bout de cinq ans avant de se lancer dans une carrière de virtuose et de compositeur. Adulé de son vivant, il joue devant les têtes couronnées d’Europe et donne plus de 200 récitals avec Anton Rubinstein lors d’une tournée en Amérique du Nord entre 1872 et 1873. Il a également enseigné aux conservatoires de Saint-Pétersbourg et Bruxelles (dont Eugène Ysaÿe parmi ses élèves). Wieniawski est mort en 1880 à Moscou d’une maladie cardiaque.

    Courte histoire du concours

    Le Concours Henryk Wieniawski est membre fondateur de la Fédération Mondiale des Concours Internationaux de Musique dont résidence est à Genève et est un des plus anciens concours en Europe. La première édition du Concours Wieniawski eut lieu en 1935 à Varsovie sur l’initiative d’Adam Wieniawski, neveu de Henryk Wieniawski, pour le centenaire de la naissance du compositeur. Depuis 1952 les concours ont eu lieu dans la ville de Poznań, capitale de la Grande Pologne. Parmi les plus grands finalistes, citons Ginette Neveu, David Oïstrakh, , Henri Temianka, Joseph Hassid, Bronisław Gimpel, Grażyna Bacewicz, Igor Oïstrakh, Yulian Sitkovetsky, Wanda Wiłkomirska, Krzysztof Jakowicz, Kaja Danczowska, et Bartek Niziol.

    Programme du XIVe Concours Wieniawski

    D’abord, il nous faut consacrer quelques mots aux présélections pendant lesquelles avait auditionné de septembre 2010 à avril 2011 111 candidats dans neuf villes du monde : Bergame, Londres, Moscou, Québec, Yokohama, Séoul, Bakou, Bruxelles et Poznań. Vengerov voulait éviter les risques liés au jugement à partir des disques DVD qui ne restituent pas l’image complète du jeu des jeunes artistes et avait l’intention de parler avec chaque candidat en tête-à-tête, de lui donner des remarques et des instructions.

    Le concours est constitué de quatre épreuves. La première d’entre elles comprend quatre œuvres pour violon seul : Jean-Sébastien Bach, Niccolò Paganini, Henryk Wieniawski et une composition au choix. Nous avons entendu 46 participants (27 femmes et 19 hommes) âgés de 17 à 31 ans, pour une moyenne d’âge de 23 ans. Les œuvres le plus souvent jouées ont été : Étude-Caprice op. 10 n° 7 dite La Cadenza de Wieniawski (18 fois), la Sonate en ré mineur pour violon seul op. 27 n° 3 dite Ballade d’Ysaÿe (à 15 reprises) et la Chaconne en ré mineur de Bach (aussi à 15 reprises).

    La deuxième épreuve impose une interprétation d’une sonate pour violon et piano (au choix), ainsi que les œuvres de Karol Szymanowski et Wieniawski. Cette fois-ci les concurrents optaient pour les deux sonates de Sergueï Prokofiev et la sonate de Maurice Ravel. En ce qui concerne les compositions du patron du concours, on préférait le très difficile Thème original varié en la majeur op. 15 et Fantaisie brillante sur « Faust » opéra de Charles Gounod op. 20 plutôt que les deux polonaises, Légende et Scherzo-Tarantelle.

    La troisième épreuve consiste à exécuter un des trois concertos pour violon sélectionnés de Mozart (en sol majeur K. 216, en ré majeur K. 218 et en la majeur K. 219) ou la Sinfonia concertante pour violon, alto et orchestre en mi bémol majeur K. 364 avec l’Orchestre de Chambre de la radio Polonaise sous la direction d’Agnieszka Duczmal.

    La finale du concours comprend un des deux concertos pour violon de Wieniawski (au choix) et un autre concerto pour violon choisi à partir de la liste ayant été proposée par les organisateurs du concours ; cette fois-ci les participants interprétaient les concertos avec l’Orchestre philharmonique de Poznań sous la baguette de Marek Pijarowski. En ce qui est des choix des finalistes, on fut témoin d’une symétrie parfaite : trois d’entre eux choisirent le Concerto en fa dièse mineur op. 14 de Wieniawski pendant que les autres son Concerto en ré mineur op. 22. À part cela, nous entendîmes deux fois trois pièces : le Concerto en ré majeur op. 35 de Piotr Ilitch Tchaïkovski, le Concerto en ré mineur op. 47 de Jean Sibelius et le Concerto en la mineur op. 77 de Dmitri Chostakovitch.

    L’excellente distance les autres

    Le Concours Wieniawski fut gagné par une femme pour la troisième fois consécutive (en 2001 par Elena Baeva et en 2006 par Agata Szymczewska). ne fit pas que gagner le premier grand prix du concours, mais aussi la plupart de prix spéciaux. Ses interprétations furent fraîches et émotionnelles. D’un côté, la violoniste trouva une simplicité dans les partitions brillantes, de l’autre côté une profondeur et la froideur dans Prokofiev et Sibelius. Presque toujours parfaitement précise, elle sut dialoguer avec le pianiste et les orchestres. Ajoutons qu’elle a 27 ans et qu’elle joue le deuxième violon dans le Quatuor Stradivari de Suisse. Même si elle a le stradivarius « King George » chez elle, elle vint à Poznań avec le guadagnini « ex Bückeburg » de 1773.

    Un autre instrument précieux à avoir sonné durant le concours : le stradivarius « Rode » de 1722 sur lequel joue Erzhan Kulibaev. Le violoniste ne reçut que la dictinction, mais s’il avait mieux joué dans la deuxième épreuve (le coussin de son instrument s’est mis en panne), il aurait peut-être eu le deuxième grand prix. Il est à souligner qu’Erzhan Kulibaev et Aylen Pritchin nous fascinaient par un large éventail d’idées interprétatives. Pritchin était par exemple le seul à se joindre dans les parties tutti et à avoir présenté sa propre cadence dans le concerto de Mozart.

    En retournant aux instruments, les fabuleux violons d’Yoon et de Kulibaev ne furent pas les seuls à avoir été emmenés au concours. Il suffit de mentionner le Polonais Mateusz Smól qui jouait du Guarnerius del Gesù de 1734 ayant appartenu à Ginette Neveu lors du premier Concours Wieniawski. Ceux sur lesquels jouaient les Japonais Miki Kobayashi et Arata Yumi n’étaient pas moins bons : un Francesco Ruggieri et un Niccolò Amati de 1650 (le plus ancien de tous les violons de ce concours). À part tous ces instruments, on put entendre encore deux stradivarius, un Nicolò Gagliano de 1762 et beaucoup d’autres, aussi français, par exemple quelques-uns ayant été construits par Jean-Baptiste Vuillaume. Donc… un concours d’instruments et de leur sonorité ? Bien sûr que non ! Mais n’oublions pas qu’un bon instrument fait meilleure impression, à condition que l’on sache le maitriser !

    La participation au concours permet aux jeunes violonistes de s’assurer s’ils sont capables de faire face au grand programme et au stresse ou non. Ce concours fut aussi nécessaire pour les spectateurs, les critiques et les mélomanes pour qu’ils fassent la connaissance de jeunes gens talentueux et prometteurs. À part des six lauréats, nous étions impressionnés par le jeu des Polonaises Aleksandra Kuls et Celina Kotz, ainsi que par les exécutions de la Coréenne du Sud Ji-Yoon Lee, de l’Américaine Emma Steele et de l’Azéri Omarli Kamran. Est-ce qu’on entendra parler d’eux dans l’avenir ? Nous croyons que oui. Peut-être dans cinq ans, lors de la prochaine édition du concours ? C’est possible. Ils sont tous et toutes encore très jeunes.

    Grand retour de à la fin du concours

    À la clôture du concours, le vingt-trois octobre, Maxim Vengerov interpréta le Concerto pour violon en ré majeur op. 61 de Beethoven avec l’Orchestre philharmonique de Poznań sous la baguette de Marek Pijarowski. En bis il joua la Méditation de l’opéra Thaïs de Jules Massenet en co-dirigeant dans quelques passages les cordes (pendant que Pijarowski conduisait tout orchestre). C’était le grand retour de Vengerov sur scène dans le rôle du soliste. Comment a-t-il changé pendant plus de quatre ans de pause ? Il nous semble que le Vengerov Anno Domini 2011 ne fait pas tellement attention à l’aspect technique que jadis (il a une technique formidable quand-même), mais qu’il est plus imprégné de spiritualité. L’artiste éblouit le public non seulement avec une exécution fantastique, mais aussi avec le son extrêmement beau de son violon : sophistiqué, raffiné et transparent comme du cristal.

    Les lauréats 2011 :

    1er grand prix, médaille d’or et 30 000 € : Soyoung Yoon (Corée du Sud)

    2ème grand prix, médaille d’argent et 20 000 € : Miki Kobayashi (Japon)

    3ème grand prix, médaille de bronze et 12 000 € : Stefan Tarara (Allemagne)

    Trois distinctions égales et titres de lauréats du concours (5 000 € pour chacun) : Erzhan Kulibaev (Kazakhstan), Arata Yumi (Japon) et Aylen Pritchin (Russie)

    Prix spéciaux :

    –        Prix du jury des critiques (3 000 €) : Aleksandra Kuls (Pologne)

    –        Prix du jury des jeunes (5 000 €) : Erzhan Kulibaev (Kazakhstan)

    –        Prix de Maxim Vengerov (douze master classes avec lui) : Maria Włoszczowska (Pologne)

    Crédit photographique : RR studio

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