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66e Concours de Genève

Concours, La Scène, Spectacles divers

Genève. Grand Théâtre. 22-XI-2011. Concours de Genève, Chant. Jury : Teresa Berganza (Présidente), Serge Dorny (Opéra de Lyon), Tobias Richter (Grand Théâtre de Genève), Eiko Hiramatsu (soprano), Philippe Huttenlocher (baryton), Donald Simonson (ténor), Eva Wagner-Pasquier (Festival de Bayreuth), Edith Wiens (Julliard School). Ania Vegry (Pologne), Sarah Pagin (Suisse), Antoinette Dennefeld (France), Eugene Chan (USA), Ivanna Lesyk-Sadivska (Ukraine). Orchestre de la Suisse Romande. Direction musicale : Jonathan Darlington

  • Suisse
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    Alors que deux jours auparavant, le jury du concours de quatuors décernait deux premiers prix ex-aequo aux Français du Quatuor Hermès et aux Allemands du Armida Quartett, celui du concours de chant ne couronnait d’ex-aequo qu’un troisième prix. Donc pour le chant, pas de premier ni de deuxième prix. Et c’est très bien ainsi au vu des prestations très moyennes des candidats en présence. Même si entre l’un ou l’autre des lauréats (?), on pouvait discuter sur l’opportunité de couronner celui-ci à la place de celui-là, le jury a jugé avec discernement. Il était effectivement difficile d’en être autrement puisque les vrais artistes que l’on a entendus lors des précédentes épreuves avaient été éliminés avant la finale. Comme dans « Le maillon faible » !

    Certes, chaque concours accouche de son questionnement sur la raison qui pousse un jury à ne pas donner la préférence à certains artistes. Cette année, le Concours de Genève n’a pas failli à la règle. Sans revenir sur des éliminations très discutables des premiers tours (Mme Aundi Marie Moore), beaucoup se sont interrogés sur l’absence de la mezzo-soprano suédoise Solgerd Isalv parmi les finalistes. Au milieu de la grisaille des concurrents sélectionnés, la présence, l’expressivité, les couleurs vocales, la manière de raconter, la théâtralité de Solgerd Isalv en faisait une concurrente toute désignée à la finale. Et qui sait si, avec son talent et ses immenses capacités, elle n’aurait pas raflé la couronne ?

    On se souvient que lors du Concours de Genève de 2007, avec un jury déjà sous la présidence de Teresa Berganza, la jeune soprano russe n’obtenait pas d’autre prix que celui du public. Cela ne l’empêche pas de faire une brillante carrière sur des scènes que Genève aujourd’hui envie. C’est tout le mal qu’on souhaite à Mme Solgerd Isalv.

    « Jamais Maria Callas n’aurait passé ces éliminatoires » entendait-on dans les coulisses de ce concours. Avec un programme éliminatoire terriblement exigeant (un air d’oratorio, deux airs d’opéra de deux époques différentes, une mélodie française, un lied allemand et une mélodie dans une autre langue, sans compter la figure imposée d’un air unique d’un compositeur contemporain au stade des demi-finales), difficile, pour un jeune chanteur de convaincre de son excellence dans tous ces domaines. Par conséquent, il est probable que le jury privilégie celui ou celle qui se défend le mieux dans chacune de ces disciplines. Ainsi, en place d’avoir des personnalités piquantes, intéressantes, on s’achemine vers des chanteurs assurant chaque matière sans qu’ils ne brillent particulièrement dans aucune d’entre elles. Comme un menu où tout serait mangeable mais dont on ne se souviendrait d’aucun plat en particulier. C’est ainsi qu’on s’ennuie à l’opéra !

    Pour revenir à la soirée des finalistes, et malgré les panneaux de gerberas orangés décorant la scène du Grand Théâtre, le soleil n’est pas à la fête. C’est le spleen vocal qui domine la scène. On attend l’étincelle, le moment de grâce, l’émotion fugitive. Mais rien de cela ne nous sera offert. Ainsi, à ouvrir les feux, la soprano polonaise Ania Vegry, quelque peu trahie par le trac, chante avec retenue le Et incamatus est de la Messe en Ut de Mozart. En seconde partie, elle se libérera sans atteindre la transcendance dans un Grossmächtige Prinzessin d’Ariadne aus Naxos de Strauss. De son côté, la soprano Sarah Pagin débute avec un certain manque de puissance vocale dans un Morgen des Vier Letzte Lieder de Strauss très sensible. Après l’entracte, elle chantera de belle manière O luce di quest’anima de Linda di Chamounix de Donizetti. La mezzo Antoinette Dennefeld donne vie à l’air Asie du Shéhérazade de Ravel puis s’engage courageusement mais sans brillance dans un Nacqui all’affano de La Cenerentola de Rossini. Le baryton américain Eugene Chan se perd alors dans un Scheiden und Meinen du lieder « des Knaben wunderhorn » dont l’articulation de la langue allemande est engloutie par la puissance de son instrument vocal. Son Eri tu du Ballo in Maschera de Verdi n’améliorera pas l’impression qu’il a laissé transparaître en première partie. Dans son September des Vier Letzte Lieder de Strauss, la soprano Ivanna Lesyk-Sadivska manque manifestement de graves. En seconde partie, elle chantera My man’s gone now de Porgy and Bess de Gerschwin où elle se trouvera vocalement plus à l’aise, cet air se chantant principalement vers le haut du spectre de soprano. En définitive, le meilleur interprète de la soirée est dans la fosse avec l’Orchestre de la Suisse Romande sous la direction sensible de Jonathan Darlington.

    On doute que le public genevois se console du Prix du Cercle du Grand Théâtre, soit un rôle sur sa scène, attribué l’ukrainienne Ivanna Lesyk-Sadivska, la soprano la moins convaincante de la soirée. L’opportunité aurait été pour le moins bonne en tendant cette perche à Sarah Pagin, la seule interprète suisse à s’être hissée jusqu’en finale. Mais, n’est pas chauvin qui veut !

    Palmarès Quatuors 2011

    Premier prix ex-aequo Armida Quartet (Allemagne)
    Premier prix ex-aequo Quatuor Hermes (France)
    Deuxième prix non attribué
    Troisième prix Quatuor Girard (France)

    Palmarès Chant 2011-11-22

    Premier prix non attribué
    Deuxième prix non attribué
    Troisième prix ex-aequo Antoinette Dennefeld (France)
    Troisième prix ex-aequo Ania Vegry (Pologne)

    Crédit photographique : Solgerd Isalv © Drazen K

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