Une Cendrillon à demi-convaincante

Danse , La Scène

Paris. 25-XI-2011. Opéra Bastille. : Cendrillon. Ballet en trois actes d’après le conte de Charles Perrault. Musique : Serguei Prokofiev. Adaptation, chorégraphie et mise en scène : . Décors : Petrika Ionesco. Costumes : Hanae Mori. Lumières : Guido Levi. Avec : , Cendrillon ; , l’Acteur-vedette ; , , Les Sœurs ; Stéphane Phavorin, La Marâtre ; , Le Producteur ; , Le Professeur de danse ; Pierre Rétif, Le Père. , Direction musicale : .

« Il était une fois un gentilhomme qui épousa en secondes noces une femme, la plus hautaine et la plus fière qu’on eût jamais vue. Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses. Le mari avait, de son côté, une jeune fille d’une douceur et d’une bonté sans exemple… »

On s’abstiendra de raconter la suite de l’intrigue, tant le conte de Charles Perrault a marqué l’imaginaire collectif et donné lieu à de nombreuses adaptations.

décida d’apporter sa pierre à l’édifice et c’est ainsi que sa Cendrillon fut créée au Palais Garnier le 25 octobre 1986. Hymne d’amour au cinéma hollywoodien, le ballet réactualise le conte de Perrault au XXe siècle : Cendrillon se rêve star de cinéma et sa bonne fée prend la forme d’un grand  producteur des années trente.

Si Noureev avait clairement pour intention de se démarquer de l’aspect féérique un peu mièvre traditionnellement associé au conte, sa relecture a mal supporté l’outrage des ans et paraît aujourd’hui aussi sucrée que son modèle.

En dépit d’indéniables qualités techniques et artistiques, ne parvient pas à nous convaincre totalement dans le rôle de Cendrillon. Trop femme, trop hiératique, elle n’est guère crédible dans la peau de cette jeune ingénue qui rêve de paillettes et de célébrité. Ni assez téméraire, ni assez fantaisiste, campe une héroïne beaucoup trop fataliste. Un rendez-vous manqué pour la danseuse étoile.

apporte une bonne dose de testostérone et d’humour à un rôle qui aurait pu facilement devenir anecdotique. Il exploite intelligemment la dérision et le côté caricatural attachés à son personnage. Naturel et bien dans ses baskets, il fait souffler un vent de modernité au cœur de cette production surannée.

et interprètent les deux chipies avec un sens de la caricature jubilatoire. Leur pantomime soignée, ainsi que la disgrâce délibérée de leur danse, sont une réelle réussite. Bravo à elles pour ce très difficile exercice de style. Quant à Stéphane Phavorin, il est irrésistiblement drôle – et effrayant – en travesti dans le rôle de la marâtre. Le trio concourt grandement à la réussite de la production. Le public ne s’y est pas trompé lors des saluts.

Cigare à la bouche, campe un producteur aussi véreux qu’irrésistible, avec tout l’humour et le panache qu’on lui connaît. Quant à , il excelle dans le rôle du Professeur de danse.

Le corps de ballet, en excellente forme, nous offre de beaux moments de danse. Les ensembles sont d’une belle architecture, on déplorera seulement quelques loupés côté garçons lors des pas de valse. On n’oubliera pas de mentionner la très belle performance de Sara Kora Dayanova, proprement éblouissante dans l’Hiver.

L’éclairage que Noureev apporte au conte de Perrault, sans être dépourvu de saveur, pèche cependant par une outrance – chorégraphique et esthétique – qui frôle parfois le mauvais goût. Ce ballet néoclassique met en avant une gestuelle moderne assez éloignée de la facture classique. Si certaines scènes ont conservé un esthétisme indéniable, telle la Valse mauve, d’autres laissent une impression  de cacophonie artistique. Et que dire de certains costumes qui frisent aujourd’hui le ridicule ? Les danseurs qui interprètent les Heures écopent ainsi d’académiques mouchetés aux couleurs criardes, par-dessus lesquels trônent fièrement des culottes de couleur bleu. Excentrisme ou sens de l’absurde ? On peut légitimement se poser la question.

Si le conte original de Perrault tient en quelques pages, l’adaptation de Noureev souffre parfois d’hypertrophie. La production aurait gagné à être délestée de quelques longueurs et redites.

Les décors, extrêmement sombres, mériteraient également d’être réactualisés.

L’audace qui a peut-être prévalu lors de la création du ballet ne transparaît plus aujourd’hui. Le ballet véhicule des valeurs qui ont mal vieilli. Le kitsch y est promu par Noureev comme valeur esthétique à part entière. Ce qui peut être  plaisant à voir… ou pas.

Crédit photographique : Sébastien Mathé / Opéra national de Paris

Imprimer
Mots-clefs de cet article

Les commentaires sont fermés.

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.