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Joyaux de Balanchine au Mariinsky: une certaine modernité

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Gabriel Fauré (1845-1924) : extraits de Pelléas et Mélisande et Shylock ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Capriccio pour piano et orchestre ; Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893) : extraits de la Symphonie n°3 en ré majeur « Polonaise » op. 29 (mouvements 2, 3, 4 et 5). Chorégraphie : George Balanchine. Costumes et décors : Karinska. Lumières : Perry silvey. Avec Zhanna Ayupova, Yana Selina, Anton Korsakov (Emeraudes), Irina Golub, Andrian Fadeyev, Sofia Gumerova (Rubis), Ulyana Lopatkina, Igor Zelensky (Diamants) et le Corps de Ballet du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg. Orchestre du Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, Direction musicale : Tugan Sokhiev. Réalisation : Brian Large. 1 DVD Mariinsky MAR0514. Code barres : 822231851424. NTSC 16/9, son Dolby digital stéréo/Surround 5.0. Enregistré au Théâtre Mariinsky les 4, 5 et 7 avril 2006. Menu et bonus en anglais. Zones : 0. Durée : 92 minutes

 

Le Théâtre du Mariinsky édite en DVD Joyaux (Jewels) de Balanchine. La particularité de cet enregistrement réside en une prise de vue assez originale mais pas forcément heureuse, pour du ballet. Utilisant fréquemment des travellings avant, l’impression est souvent donnée d’être carrément sur la scène : le spectateur devient voyeur, non pas tant de l’effort physique que de la connexion entre les danseurs. Or, la danse doit bénéficier d’un espace où l’imaginaire se développe ; ici, il ne s’agit que d’affadir une image en pensant que la grossir en ferait voir tous les détails. De plus, une focale assez courte distord tristement l’image et donne un arrondi assez peu agréable. De même, les contre-plongées élargissent démesurément le corps des danseurs, et les vues en plongée les tassent, et l’on n’évoque pas les plans d’ensemble qui perdent en visibilité et en netteté. Ce n’est pas pour rien que l’on a l’habitude de les filmer de face et de manière assez éloignée : n’est pas réalisateur de danse qui veut.

Toutefois, l’objet principal du DVD est bien un corps de ballet très « balanchinien » dans la constitution physique des danseurs : hyperlaxité, lignes cassées et bras au-dessus de la ligne, le vocabulaire du chorégraphe est désormais dans la génétique de l’apprentissage de la danse dans la troupe pétersbourgeoise. Mais se dégage une certaine excentricité vis-à-vis de ce langage encore qui paraît à certaines danseuses encore très exotique. Une fait presque figure de relique tant elle paraît « normale », de corps mais aussi de naturel et d’évidence française dans Émeraudes. On y admire également Anton Korsakov, nerveux et brillant, mais le tout n’est pas assez pudique pour évoquer la réserve suscitée par la musique de Fauré.

Irian Golub, dans Rubis, use de ses facilités gymniques pour évoluer assez fémininement, sans avoir ce côté mutin et piquant qu’appelle le Capriccio de Stravinsky. Sofia Gumerova est un choix plus étrange pour incarner la grande soliste de cette pièce : elle est très correcte mais sans particularités (encore ?).

Enfin, nous avons déjà eu l’occasion d’encenser Ulyana Loptkina, et dans Diamants, aux côtés d’un toujours très en forme, elle cristallise son talent dans l’évolution de son art comme un instantané dont on sait qu’il ne va que s’améliorer encore. C’est important d’avoir cette captation pour en garder la trace dans le futur, mais la technologie moderne donne preuve, s’il en fallait encore, que seul ce qui se vit en direct, dans la salle, à un instant unique, autorise l’éclosion de toute la rêverie prodiguée par l’art.

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