Maria Padilla de Donizetti avec Nelly Miricioiu, rendez-vous manqué

À emporter, CD, Opéra

(1797-1848) : Maria Padilla, opéra en trois actes sur un livret de Gaetano Rossi. Avec : Nelly Miriciou, Donna Maria Padilla ; Helena Zubanovich, Donna Ines Padilla ; Jorge Prego, Don Ruiz di Padilla ; David Pershall, Don Pedro ; Andrew Craig Brown, Il Duca Ramiro ; Jennifer Feinstein, Francisca ; Eric Barry, Don Luigi ; Eric Downs, Don Alfonso di Pardo. Chœur de la Radio polonaise de Cracovie (chef de chœur : Artur Sedzielarz). Chœur de l’Opéra et de la Philharmonie de Podlasie (chef de chœur : Violetta Bielicka). Orchestre symphonique de la radio polonaise de Varsovie, direction : Lukasz Borowicz. 3 CD. PRCD 1480-1482. Code-barre : 5907812 244804. Enregistré sur le vif le 13 avril 2011, dans l’auditorium de la Philharmonie de Varsovie. Notice de présentation bilingue (polonais et anglais). Durée : 143’12

 

L’idée de réenregistrer cet opéra peu connu de Donizetti n’était pas mauvaise en soi, l’ouvrage n’ayant pas véritablement été gâté par le disque jusqu’à aujourd’hui. Outre une version assez moyenne de 1980, rééditée récemment chez Opera Rara, ainsi qu’une autre encore plus faible datant de 1973, époque de la redécouverte de l’ouvrage en Angleterre, il existait un rarissime enregistrement de 1990 avec dans le rôle-titre une juvénile Renée Fleming. Cette dernière gravait encore, dans son récital « Bel Canto » de 1999, la grande scène de l’héroïne à l’acte 1 de l’ouvrage.

Cet opéra, quoique de la maturité de Donizetti, n’est cependant pas un des meilleurs du compositeur, même si l’on y trouve quelques remarquables morceaux qui à eux seuls pourraient justifier l’acquisition de ce coffret très élégamment présenté. Le dramatisme de certaines scènes, notamment les fins d’acte, rappellent le sens du théâtre très sûr du compositeur de Lucia di Lammermoor. On appréciera également les efforts de Donizetti pour rompre avec quelques traditions solidement ancrées : c’est ainsi le père de l’héroïne, Don Ruiz di Padilla, qui perd la raison et non sa fille ; Don Ruiz est un ténor alors que l’amant de Maria, Don Pedro, est un baryton, etc.

Le problème est surtout que cet opéra est affligé d’un livret extrêmement faible, qui ne permet à aucun moment, contrairement aux grands chefs d’œuvre des années précédentes (Lucia, Anna Bolena, Maria Stuarda, Lucrezia Borgia), d’accéder à la vérité intérieure des personnages. Le grand finale du troisième acte, au cours duquel Maria vient réclamer ses droits d’épouse auprès d’un amant-mari sur le point d’en épouser une autre, est à ce titre un monument d’incrédibilité et d’invraisemblance dramatique.

Sans doute des interprètes dignes de ce nom auraient-ils pu donner quelque relief à une telle entreprise. Malheureusement, il n’en est rien, la plupart des solistes étant très en-deçà de leur partition. En Ines Padilla, Helena Zubanovich fait ainsi valoir une voix indisciplinée, en dépit de quelques jolis aigus. Le ténor Jorge Prego, dans le rôle du père de Maria, se voit trop souvent à court de souffle, d’aigus et de timbre. Le baryton David Pershall, en Don Pedro, est un peu mieux chantant mais sa voix par trop légère ne convient pas musicalement à ce rôle de grand baryton donizettien. Dans les rôles moins importants, les autres chanteurs ne sont pas véritablement meilleurs, mais ils font un peu moins de dégâts.

Reste le cas de Nelly Miricioiu, cette soprano adorée de nos voisins d’Outre-Manche. Il y a dix ans, sa Maria eût sans doute été passionnante par son art de la coloration, par sa technique vocale, son sens inné du texte et son dramatisme de bon aloi, dans la grande tradition d’un Leila Gencer. Hélas, les moyens vocaux ne suivent plus, et trop fréquents sont les moments où l’on frôle la catastrophe. Si l’on perçoit encore certaines intentions louables, qui sans doute raviront les inconditionnels de la diva roumaine, cela ne suffit pas à sauver la prestation de cette valeureuse cantatrice du naufrage général.

À la tête de l’Orchestre symphonique de la radio polonaise de Varsovie, Lukasz Borowicz, délivre une lecture routinière, gâchée par un chœur brouillon et parfois à la limite de la justesse. Un rendez-vous manqué, assurément !

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