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Présences Oscar Strasnoy, la continuation des amours

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Théâtre du Châtelet. 22-I-2012. Oscar Strasnoy (né en 1971) : Heine ; Robert Schumann (1810-1856) : Dichterliebe op. 48. Christoph Pregardien, ténor ; Mareike Schellenberger, mezzo-soprano ; Michael Wendeberg, piano

Le Festival Présences de cette année célèbre , et son goût caractéristique pour la paraphrase créatrice des grandes œuvres du répertoire, ce qu’il appelle joliment la non-fiction music. Heine n’entre pas tout à fait dans cette catégorie, car il s’agit d’une œuvre originale, conçue pour faire pendant aux Amours du poète. Dans le recueil de l’Intermezzo lyrique, le compositeur a choisi dix poèmes parmi ceux que Schumann n’a pas retenus pour son cycle. Certains ont d’ailleurs déjà connu des mises en musique fameuses, comme Die Lotosblume par Schumann (dans son cycle des Myrtes) et Auf Flügeln des Gesanges par Mendelssohn, ou récentes, comme « Es stehen unbeweglich » par Olivier Greif. Le plus étonnant est qu’ entrelarde le cycle de Schumann avec ses propres lieder. Le risque est évidemment grand de vouloir ajouter à une œuvre aussi achevée, d’autant plus que les relations entre les pièces insérées et le cycle originel ne semblent pas toujours éclairantes : ce n’est souvent qu’une correspondance thématique entre les poèmes, sans respect de l’ordre du recueil de Heine, que Schumann avait maintenu. Guère d’allusion musicale, sauf quand « Ich grolle nicht » s’enchaîne habilement à « Ja du bist elend und ich grolle nicht ». Néanmoins, le résultat demeure intéressant, essentiellement par le côté surprenant du dispositif. Les deux chanteurs interviennent en effet à tour de rôle, et transforment même en duos les derniers lieder de Schumann, les plus développés. D’autre part, le style d’Oscar Stranoy dans ces mélodies est d’une belle clarté. Si l’accompagnement est parfois déconstruit, la ligne vocale demeure fermement conduite, et le sens du texte est remarquablement mis en valeur.

Le concept n’eût pu être mieux défendu que par les artistes qui l’ont créé à Metz en 2010. On connaît l’art suprême de Christoph Pregardien, l’un des grands chanteurs de lieder de ces vingt dernières années. se montre elle aussi excellente, même si la voix et la diction sont moins précises. les accompagne avec sûreté, mais on peut trouver son jeu affecté, et le préférer dans le discours raréfié d’Oscar Strasnoy. En bis, deux poèmes du même recueil de Heine, que Schumann a composés à part, « Mein Wagen rollet langsam » et « Es leuchtet meine Liebe », avant de terminer par une de ses plus belles mélodies, un véritable duo pour le coup, In der Nacht.

Crédit photographique : Christoph Pregardien © Marco Borggreve

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