tous les dossiers(1)

Hommage à Elizabeth Connell (1946-2012)

Aller + loin, Chanteurs, Portraits

ResMusica rend hommage à la soprano sud-africaine Elizabeth Connell (Port Elizabeth, 22 octobre 1946 – Londres, 18 février 2012), très célèbre sur les rives du lac Léman car fidèle du Grand Théâtre de Genève.

Notre dossier : Art lyrique

 

« Quand je vous aurai chanté mes chansons, je ne chanterai plus ! »

En novembre dernier, la soprano sud-africaine donnait un récital à Hastings en Angleterre. La voix toujours claire, les aigus présents, le vibrato toujours admirablement contrôlé, à 65 ans, elle se payait le culot de chanter les airs de Lady Macbeth de Verdi avec une fougue et une présence vocale qui ne laissait en rien supposer que quelques mois plus tard, la voix d’ allait s’éteindre à jamais.

Encore pleine de projets, elle devait créer le rôle d’Ortrud dans une nouvelle production de Lohengrin à l’Opéra de Toulon, ainsi qu’une Turandot à Melbourne.

faisait partie de ces chanteurs qui investissaient leurs personnages avec la volonté d’être toujours dans la performance. L’idée qu’à chaque instant, elle chantait pour la première ou la dernière fois sur une scène. Avec une générosité artistique qui faisaient le bonheur du public.

Sous la direction d’Hugues Gall, le Grand Théâtre de Genève l’a accueillie à plusieurs reprises. D’abord en mars 1982 où, sous la direction de Jeffrey Tate et aux côtés de Siegfried Jerusalem (Idoménée), d’Anne Howells (Idamante), de Valérie Masterson (Illia), Elizabeth Connell incarnait une Electre terrifiante. Les spectateurs genevois se souviennent de son impressionnant air final « D’Oreste, d’Aiace » chanté du haut du décor. Un succès qui allait se confirmer en octobre de l’année suivante quand la soprano retournait sur la scène genevoise pour offrir une magnifique Norma aux côtés de  l’Adalgisa d’Alexandra Milltscheva.

Les portes du théâtre genevois allaient à nouveau s’ouvrir pour Elizabeth Connell en avril 1986 pour un Tannhaüser mémorable. Avec un René Kollo (Tannhaüser) dans une étonnante belle forme (alternant des hauts stratosphériques et enthousiasmants avec d’imprévisibles bas catastrophiques, chaque engagement d’alors était une prise de risque pour les théâtres !), la soprano sud-africaine a signé une Elizabeth d’une rare sensibilité aux côtés d’une Stefania Toczyska, Vénus belle à mourir !

Trois ans plus tard, en mai 1989, Elizabeth Connell revenait au Grand Théâtre de Genève, toute auréolée de ses succès internationaux, pour la plus belle réalisation du Fidelio de Beethoven jamais vue à Genève. Mis en scène par Johannes Schaaf (ah ! l’impressionnant silence de ces prisonniers tenant leurs pantalons sans ceinture, et ce parterre de roses rouges du tableau final), Jeffrey Tate portait au pinacle la Leonore d’Elizabeth Connell. Avec à ses côtés, le Don Fernando de Wolfgang Schöne, le Don Pizzaro de Sigmund Nimsgern, le Rocco d’Hans Tschammer entouraient Thomas Moser (Florestan) et Elizabeth Connell (Leonore) qui formaient le couple idéal de ce « Fidelio » légendaire.

En juin 1992, Genève accueillait à nouveau la soprano dans une production grandiose d’Attila de Verdi. Un majestueux Samuel Ramey dans le rôle-titre avait ravi les applaudissements du public sans pour autant que les genevois ne réserve un triomphe à l’Odabella fougueuse et débordante d’énergie d’Elizabeth Connell.

Mais bien sûr, la carrière d’Elizabeth Connell ne s’est pas bornée à ces six productions d’opéra et aux deux récitals de Genève. Elle avait débuté sa carrière en 1972 –elle n’avait alors que 26 ans- au Festival de Wexford, avant d’être engagée l’année suivante à Sydney pour l’ouverture de son tout nouvel opéra. Londres, Vienne, Berlin, Munich, Hambourg, l’Opéra Bastille à Paris, le Metropolitan Opera de New-York, la Scala de Milan et le San Carlo de Naples ont applaudit ses prestations.

Magnifique, énergique, toujours dans l’engagement total, la soprano sud-africaine ne ménageait pas ses efforts pour donner corps à ses personnages. Convaincu que sa carrière était sur scène, elle ne fréquentait pas assidûment les studios d’enregistrements. Sa discographie officielle reste donc des plus minces. En dehors d’une intégrale de Guglielmo Tell  de Rossini dirigée par Riccardo Chailly (Decca) où elle ne chante qu’un rôle secondaire et des  Gezeichneten  de Schreker dirigés par Lothar Zagrosek (Decca), on ne peut encore trouver qu’un seul enregistrement intégral d’opéra de la chanteuse sud-africaine. Réalisé lors des représentations de l’Opéra de Rome en décembre 1988, le  Poliuto  de Donizetti (Nuova Era) montre une Elizabeth Connell en pleine possession de ses moyens. Reprenant une œuvre qui avait fait l’un des plus grands succès de Maria Callas, Elizabeth Connell se lance crânement derrière le chant de son illustre prédécesseur. Les duos qu’elle chante avec la complicité d’un superbe Renato Bruson n’ont rien à envier à ceux que Maria Callas et Ettore Bastianini chantaient en 1960.

Peu médiatisée par le disque, Elizabeth Connell s’est éteinte dans la presque totale ignorance d’un talent lyrique comme il est rare d’en rencontrer. Heureusement pas pour ceux qui ont eu la chance de l’applaudir sur les scènes restera l’image d’une grande artiste lyrique portant son art à ce à quoi il est destiné : à l’émotion.

Crédit photographique : Clive Barda

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.