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Stef Tuinstra transcende l’œuvre pour clavier de Georg Böhm

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Georg Böhm (1661-1733) : L’œuvre pour clavier. Stef Tuinstra à l’orgue Arp Schnitger de l’église Saint-Jacques à Hambourg (Allemagne), à l’orgue Hinsz de l’église Sainte-Marie de Zanderweer (Hollande), et clavecin Christian Zell (1728). 1 Livre disque de 3 CDs DOC 1102. Code barre 8717953005526. Enregistré en Juin et Juillet 2011. Livret de 223 pages quadrilingue français/allemand/anglais/hollandais. Durée totale 76’29’’+ 76’06’’+ 73’08

 

Avec un peu de retard pour fêter les 350 ans de la naissance de , il nous arrive ici une somme de travail inouïe et inédite. En effet ce gros livre-disque, petite encyclopédie Böhm, nous propose pour la première fois en discographie l’essentiel de ce que composa cet auteur pour l’orgue et le clavecin. Seules quelques suites pour le clavecin manquent à l’appel, mais ne remettent pas en cause l’entreprise. Mais c’est l’approche qui est nouvelle, et surtout pour les œuvres d’orgue.

Depuis plus de soixante ans maintenant, la connaissance des maitres anciens n’a cessé de s’enrichir au travers de la redécouverte des styles d’interprétation, des restaurations d’instruments anciens, qui ont permis de retrouver les intonations d’origine que l’on croyait perdues à jamais. Pourtant, il restait des éléments à découvrir, à approfondir encore, afin de reconstituer patiemment au fil du temps ce subtil puzzle de la musique ancienne pour orgue. Tout cela progresse, et cette parution illustre parfaitement l’état de l’avancement des connaissances à ce jour.

est un compositeur majeur dans cette Allemagne XVII° siècle finissant, organiste à Hambourg puis à Lüneburg, au moment où le jeune Johann Sebastian Bach vécut dans cette ville, et s’abreuva du savoir de ce maître exceptionnel. Par diverses fréquentations musicales, Böhm fit sien le style français, quasiment opposé au style italien, avec, entre autres, des ouvertures en rythmes pointés, un système d’ornementation particulier, que le jeune Bach adoptera définitivement pour son œuvre à venir.

Ce que nous entendons dans ces trois longs disques, enrichis par un livret fourmillant de renseignements, est profondément passionnant, notamment sur la manière d’aborder ces textes musicaux. nous explique qu’à l’époque, la plupart de la musique d’orgue était improvisée, et que lorsque les organistes jouaient de la musique écrite, ils introduisaient naturellement une part d’improvisation, au travers de figures rajoutées, de réalisation d’un continuo non écrit sur la partition, d’harmonisations dans une mélodie de choral, de rajout d’une partie de pédale, et d’une registration très orchestrale : Tout cela est une révélation ! La musique prend ainsi un nouveau visage, s’enrichit encore, se pare, revit enfin sous nos yeux et nos oreilles émerveillés. Le choix des deux orgues, et en particulier celui de Saint-Jacques de Hambourg, est idéal. Lui-même paroissien de cette église, Böhm a entendu cet orgue et l’a joué, dans toute sa puissance, avec ses quatre claviers, ses soixante jeux, et ses deux jeux de pédale de 32 pieds. C’est l’un des grands chefs d’œuvre de Schnitger, miraculeusement conservé jusqu’à nos jours.

Jürgen Ahrend l’a restauré et reconstitué voici quelques années de manière parfaite, laissant entrevoir ce que ces illustres maitres du passé ont pu entendre ici. Cet orgue demeure le plus important orgue baroque d’Allemagne puisque près de 60 jeux datent d’avant 1700.

Le programme musical se partage entre pièces libres de style prélude et fugue, et de chorals, souvent présentés en suite de variations. Le clavecin s’enrichit de très belles suites dont une ici, choisie pour son style français très marqué. Le choix du fameux clavecin Christian Zell de Hambourg est judicieux, de même que l’orgue de Zanderweer, certes plus modeste, très timbré, qui illustre bien ce qu’était un orgue d’église de campagne, avec ses propres possibilités, en contraste avec celui d’une grande ville comme Hambourg.

Le jeu de est nourri de rhétorique baroque, et nous tient en haleine à chaque instant, ce qui est un tour de force pour un récital de près de quatre heures. Les registrations sont elles aussi très nouvelles, s’inspirant directement des sonorités de l’orchestre baroque : les jeux d’anche y occupent une place de choix. Il est intéressant de remarquer qu’à chaque époque, l’orgue a voulu imiter l’orchestre. Nous serions tentés de dire : Schnitger et Cavaillé-Coll : même combat ! Leurs orgues se ressemblent beaucoup à y regarder de plus près, (4 claviers, des 32 pieds…), même s’il furent au service d’une musique différente, à deux siècles d’intervalle.

Le style de Georg Böhm, original au possible, apporte une pierre angulaire dans ce répertoire contemporain de Buxtehude ou de Pachelbel, préfigurant Bach beaucoup plus que ces derniers. Certaines œuvres comme le fameux choral orné sur « Vater Unser » sont parmi les plus belles pièces d’orgue jamais composées, largement du niveau des grands chorals de Leipzig. Ce coffret représente donc un must en la matière, que l’on ne saurait ignorer si l’on veut vraiment entrer dans l’univers de cet auteur, et même si par le passé, quelques versions ont fait date : Jean-Charles Ablitzer (Harmonic Records), ou plus récemment Bernard Foccroulle (Ricercar).
Böhm, musicien génial, méritait cet hommage abouti.

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