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Bartek Niziol joue Ysaÿe : raffinement et poésie

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Eugène Ysaÿe (1858-1931) : Sonates pour violon seul op.27. Bartek Niziol (violon). 1 CD Magnus Ventus. Référence MVCD 001. Code barre 5908243 310014. Enregistré dans l’auditoire A. Mickiwicz de l’Université de Poznań en août 2008. Notice trilingue (allemand, anglais, polonais). Durée : 68’48

 

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Elégance. Tel est le maître mot de cet enregistrement des Sonates pour violon seul d’. Et si l’on apprécie particulièrement le rhapsodique Kremer (Mobile), Korcia « l’improvisateur » inspiré (Lyrinx), le précis et rigoureux Zimmermann (EMI) ou la dernière grande réussite en date, celle de (Warner), la version de Bartek Niziol les concurrence singulièrement. Pas de poudre aux yeux ni d’effets de manche, le jeu du Polonais vise à l’essentiel : la musique. Car si elles sont chacune dédiées à un grand violoniste ami du Liégeois (dans l’ordre : Joseph Szigeti, Jacques Thibaut, Georges Enesco, Fritz Kreisler, Matthieu Crickboom et Manuel Quiroga), ces sonates possèdent une valeur artistique qui va bien au-delà de celle de la plupart des pièces (plus ludiques) des autres grands virtuoses-compositeurs nés au XIXe siècle –Paganini, Joachim, Bériot, Wienawski et même Vieuxtemps).

Bien évidemment, les chausse-trapes ne manquent pas (Ysaÿe va jusqu’à imposer des accords de 5 sons à un instrument qui ne comporte que 4 cordes –ceux-là nécessitent un aller-retour rapide de l’archet sur au moins deux cordes) mais Niziol enjambe les pièges sans jamais chercher la démonstration de force. Tout semble couler de source sous son archet habile qui paraît parfois calligraphier les phrases, même les plus complexes sur le plan mélodique et/ou harmonique. Dès les premières mesures de la Sonate n°1, la manière dont il fait vibrer son Guarneri Del Gesú (1727) aux aigus très purs nous emmène vers un monde de raffinement violonistico-musical plein de poésie (écoutez la Ballade, dédiée à Enesco), de dégradés de couleurs et de délicatesse. Cette vision claire et enlevée a décidément (presque) tout pour plaire.

Certes, si l’on eut entre autres aimé qu’il souligne un peu plus le thème du Dies Irae grégorien utilisé par Ysaÿe dans sa deuxième sonate et si L’Aurore, premier mouvement lento assai de la cinquième n’est pas la plus passionnante de la discographie, Niziol ne manque ni de souffle ni d’imagination créative. Par dessus tout, il assure au cycle une cohérence rarement aussi marquée. Un travail d’orfèvre, de gentleman aussi, que l’on préférera de loin à la récente gravure musclée de Tai Murray chez Harmonia Mundi. Le Polonais nous fait décoller, lui… Grande distinction !

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