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Siegfried réjouissant et théâtral

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 6-VII-2012. Richard Wagner (1813-1883) : Siegfried, opéra en trois actes sur un livret du compositeur, deuxième journée de L’Anneau du Nibelung. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; Costumes : Andrea Schraad ; Chorégraphie : Zenta Haerter. Avec : Lance Ryan (Siegfried) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke (Mime) ; Alan Held (Der Wanderer) ; Wolfgang Koch (Alberich) ; Rafał Siwek (Fafner) ; Jill Grove (Erda) ; Catherine Naglestad (Brünnhilde) ; Anna Virovlansky (Oiseau de la forêt). Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière ; direction musicale : Kent Nagano

Siegfried est souvent, du moins pour le metteur en scène, le plus payant des opéras du Ring, ne serait-ce que par l’humour qui irrigue une bonne partie du livret et de la partition. , fidèle à son parti-pris décidément narratif, recourt pour en livrer sa propre version encore plus nettement que dans les volets précédents à sa machinerie humaine, constituée de plusieurs dizaines de figurants, au détriment de la machinerie du théâtre. Un des plus beaux moments est celui où Mime raconte à Siegfried l’arrivée, l’accouchement et le décès de sa mère Sieglinde : deux figurants rejouent la scène en arrière-plan, à la façon de ces tableaux médiévaux qui font figurer dans le même paysage plusieurs épisodes d’une même histoire, tandis que d’autres figurants, recroquevillés au sol, tiennent des branches figurant la forêt : cette forêt humaine, poussée sur les cendres des générations passées, est l’une des plus belles inventions visuelles du cycle. Toute la scène de la forge est animée de la même façon, y compris pour faire jaillir des étincelles sous forme de petits papiers brillants : ce jeu avec l’illusion théâtrale est constant et réjouissant, mais il sait aussi émouvoir.

Kriegenburg sait cependant ne pas trop en faire, et beaucoup de scènes sont exemptes de telles interventions pour se concentrer sur le jeu des acteurs, où on reconnaît le savoir-faire d’un des plus grands metteurs en scène de théâtre en Allemagne : la rencontre entre Siegfried et Brünnhilde par exemple, animée par un simple drap rouge, est un simple tête à tête, où les figurants ne sont plus que spectateurs muets et immobiles.

Musicalement, ce Siegfried est d’abord l’occasion de rompre la malédiction qui semblait peser depuis le début du cycle non seulement sur l’anneau, mais aussi sur la distribution féminine. Cela concerne Anna Virovlansky, Oiseau aussi virevoltant scéniquement que vocalement ; mais cela concerne aussi et surtout, par bonheur, la Brünnhilde de ce second volet, , dont la voix intrépide est suffisamment lumineuse et suffisamment clairement articulée pour être l’apparition radieuse qui sort Siegfried de son enfermement narcissique.

Les hommes, pourtant, n’en perdent pas pour autant leurs qualités. On aurait aimé conserver ici le Fafner du premier épisode, , dont la voix plus ductile permettait beaucoup plus de nuances que celle de Rafał Siwek. De même, Wotan a perdu de sa superbe après et Thomas J. Mayer : sait s’imposer, mais sa voix est terne, sa diction monotone et privée d’humour, si bien que son ultime scène, avec une Erda à nouveau trop pâle, n’est pas le sommet émotionnel qu’elle devrait être.

Heureusement, tous les autres rôles masculins sont tenus avec tout le brio attendu. Le timbre de n’est pas des plus agréables, et on ne peut manquer de noter que, comme pour beaucoup de ses prédécesseurs, le 3e acte est un combat pour lui, mais la vaillance est là, l’engagement scénique aussi, et son énergie emporte à juste titre l’adhésion du public. Le duo des Nibelungen, lui, est absolument irrésistible. est un de ces chanteurs qui permettent d’affirmer que l’âge d’or du chant wagnérien, c’est maintenant. Il a la voix idéale, par son timbre, par sa projection naturelle, des méchants wagnériens ; il a surtout l’intelligence musicale, scénique, textuelle, qu’on attend d’un chanteur d’aujourd’hui, et on se réjouit que l’Opéra de Munich ait dérogé à la règle de ce cycle où chaque personnage est chanté par un chanteur différent à chaque journée. , qu’on a pu entendre longtemps à Paris dans un grand nombre de petits rôles, puis plus récemment justement en Mime, est au même niveau, avec une capacité à renouveler la caricature habituelle du personnage qui est sans doute en partie l’œuvre de son metteur en scène, mais qu’il met admirablement en œuvre.

L’orchestre et son chef, eux, laissent cette fois un sentiment un peu plus mitigé. Certes, le souci des chanteurs et le sens du théâtre qui l’accompagne sont toujours là et donnent à l’ensemble une vie théâtrale qui est certainement plus dans l’esprit de Wagner que les grandes fresques symphoniques, mais cela passe par des approximations et des banalités sonores qu’on n’aurait pas attendu sous la baguette de – on ne sait pas très bien ce qu’on a entendu dans les dernières mesures du premier acte…

Crédit photographique : © Wilfried Hösl

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