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Le piano intemporel de Nicolas Bacri par Éliane Reyes

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Nicolas Bacri (né en 1961) : Prélude et fugue op. 91 ; Sonate n°2 op. 105 ; Diletto classico op. 100 n°1, 2 et 3 ; Deux Esquisses lyriques op. 103 ; Petit prélude ; L’Enfance de l’Art op. 69 n°1 ; Petites variations sur un thème dodécaphonique op. 69 n°3 (premiers enregistrements mondiaux). Éliane Reyes, piano. 1 CD Naxos 8.572530, code barre : 7 47313 25307 4. Enregistré à Tihange (Belgique) en mai-juin 2010. Très bonne notice, concise, de Gérald Hugon en français, traduite en anglais. Durée : 63’42

 

, depuis quelques semaines Madame -Bacri à la ville, a une connaissance intime de l’univers musical de , et on pourrait ajouter « évidemment » ; mais si elle parcourt avec infiniment de subtilité et de style les œuvres de son mari, c’est surtout qu’elle partage une réelle affinité avec cette musique qui se veut intemporelle mais surtout pas desséchée, s’étendant du baroque au dodécaphonique, de Bach à Chostakovitch.

Cet album qui retrace près de trente-cinq ans de composition de Bacri, depuis les nocturnes de l’Enfance de l’Art écrits en 1976-1979 jusqu’à la version définitive de la Sonate n°2 (2007, révisée en 2008-2010), est étonnamment proche, dans les émotions qu’il suscite, des 24 Intermezzi d’Alexandre Tansman (Naxos, Clef d’or ResMusica 2011) que la pianiste avait enregistrés précédemment.  Comme pour Tansman, on entre dans cette musique facilement, car elle évoque des images musicales familières, tout un héritage pluri-centenaire. Du coup, on en ressort avec autant de facilité, sans nécessairement d’impression très marquante. Car, à ce stade de la première écoute, il ne s’est encore rien passé. La musique n’a pas fait son effet, ni par son interprétation ni par son écriture. Il faut y revenir, la réécouter. Et puis y revenir encore. Comme la musique de Tansman, elle ne prend pas à la gorge, elle s’offre à ceux qui vont prendre le temps de s’arrêter pour elle. La musique de agace ou peut-être pire indiffère ceux qui ne comprennent pas son souci de lisibilité, son obsession de l’intemporalité.

L’essentiel est ailleurs, dans son talent à se dévoiler progressivement, dans la patience nécessaire pour laisser cette musique prendre son emprise sur vous progressivement. Il n’y a pas d’efforts à faire pour se laisser gagner par elle, il faut juste – et ce n’est pas rien – arrêter de compter les minutes, arrêter d’attendre l’effet qu’elle va vous faire, simplement laisser venir les choses. Ce qui fait son apparente et relative faiblesse devient sa force au fil des écoutes. Tour à tour hiératique (Prélude et fugue), dramatique (Sonate n°2), légère (Diletto Classico, Sonatina classica), nostalgique (Deux esquisses lyriques, L’Enfance de l’Art), intellectuelle (Petites variations sur un thème dodécaphonique), toujours humaine, elle nous sort de notre époque stressée et de son actualité violente. Elle nous rappelle que cet art-là, décanté mais sans austérité, est aussi de notre époque. En fin de compte, c’est elle qui nous porte ; elle nous fait du bien. Sans ostentation, c’est une musique forte, restituée par une musicienne qui l’incarne de tout son être.

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