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La Femme sans ombre Salzbourg 2011, sans l’ombre de son intrigue originelle

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Richard Strauss (1864-1949) : Die Frau ohne Schatten (La Femme sans ombre), opéra en trois actes sur un livret de Hugo von Hofmannsthal. Mise en scène : Christof Loy ; Décors : Johannes Leiacker ; Lumières : Stefan Bolliger. Costumes : Ursula Renzenbrink ; Chorégraphie : Thomas Wilhelm. Avec : Anne Schwanewilms, L’impératrice ; Stephen Gould, L’empereur ; Michaela Schuster, La nourrice ; Wolfgang Koch, Barak ; Evelyn Herlitzius, La femme de Barak ; Markus Brück, Steven Humes, Andreas Conrad, Les frères de Barak ; Thomas Johannes Mayer, Le messager des esprits ; Rachel Frenken, La voix du faucon ; Peter Sonn, L’apparition du jeune homme; Maria Radner, Une voix d’en haut ; Christina Landshamer, Lenneke Ruiten, Martina Mikelić ; Les serviteurs ; Salzburger Festspiele Kinderchor (chef de chœur : Wolfgang Götz), Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor (chef de chœur : Thomas Lang) ; Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Christian Thielemann. 2 DVD Opus Arte. Références : OA 1072 D, code barre : 8 0947801072 2. Enregistré le 29 juillet 2011 au Groβes Festspielehaus de Salzburg. Image : NTSC 16:9. Son : DTS 5.1, PCM Stéréo. Zone 0. Notice trilingue (anglais-allemand-français). Durée : 220’

 

On ne sait pas comment présenter au lecteur le spectacle proposé ici par Opus Arte et enregistré lors du festival de Salzburg 2011, car on aimerait bien dire qu’on peut y voir La Femme sans ombre du duo Strauss Hofmannsthal, mais même en se forçant on n’y arrivera pas car on n’y voit rien d’autre qu’une troupe de chanteurs réunis dans les années 50 dans ce qui, à l’évidence, est la Sofiensaal de Vienne, pour enregistrer l’ouvrage avec moult micro, techniciens, cabine d’enregistrement, petit personnel au petits soins envers les artistes, etc. Point trace donc de Dieux et d’humains, d’Impératrice et de teinturière, et pas l’ombre d’un soupçon de romantisme pour ce que Strauss lui-même qualifiait de « dernier opéra romantique allemand ». Combien de temps a t-il fallut au metteur en scène pour trouver comment ne pas monter La Femme sans ombre tout en faisant payer fort cher les spectateurs du Festival de Salzburg pour ne pas voir La Femme sans ombre ? Etait-il à ce pont en panne d’imagination face à l’authentique histoire ? A-t-il voulu faire une expérience conceptuelle ? Car finalement quand on se déplace à l’opéra ou au théâtre, c’est pour y voir des artistes incarnant des personnages, mais le metteur en scène a choisi le concept des artistes incarnant des artistes incarnant des personnages. On ne peut s’empêcher de penser que si Strauss et Hofmannsthal avaient voulu écrire une telle histoire ils l’auraient fait clairement. Néanmoins c’est bien là le seul, et bien mince, ressort de cette mise en scène qui fait tout reposer sur l’ambigüité de l’artiste avec son personnage, à quel moment le premier se fond dans le second pour redevenir lui-même ensuite, sujet en soit intéressant quoiqu’un peu subtil. Mais aller jusqu’à utiliser les plus de trois heures d’un texte qui raconte tout autre chose comme support de ce concept nous semble relever de la schizophrénie galopante, d’autant que cette méthode pourrait s’appliquer à n’importe quel autre opéra, probablement avec le même désolant résultat. Les spectateurs de cette représentation semblaient du même avis si on en croit les franches huées qui accueillirent l’arrivée de l’équipe scénographique venue saluer après la représentation.

Ce qui contrastait avec les acclamations reçues par les chanteurs et surtout par le chef et son orchestre qui furent incontestablement les grands triomphateurs de cette soirée. Car si les 220 minutes de la représentation ne sont pas tombées en miettes c’est bien grâce à la superbe prestation des Wiener Philharmoniker emmenés par un inspiré, attentif, dynamique, qu’on le doit avant tout. Enfin nous entendons dans la fosse ce que Strauss signifiait par « opéra romantique », avec ces couleurs orchestrales spécifiques, une caractérisation des différents personnages tellement bien décrits par cette superbe musique, un flux musical vivant et palpitant portant fidèlement l’action et ses intrigues. Ouf, quelqu’un s’était préoccupé de servir Strauss et ça faisait toute la différence. En plus la distribution était fort talentueuse, peut-être dominée par les femmes toujours formidablement servies par le compositeur. , et donnèrent le meilleur d’elle-même. La première avec cette classe légèrement distanciée allant assez bien à l’Impératrice que d’émouvantes nuances vocale rendaient très humaines. La seconde jouant sur les capacités de changement de timbres et sur la force voire même la hargne de son émission pour composer une Nourrice diabolique. La dernière emportant aisément l’adhésion par l’engagement dramatique qui lui est coutumier, soutenu ce soir par un instrument vocal qui ne la lâcha quasiment pas malgré sa générosité. Chez les hommes, on saluera la belle performance de dont la voix nuancée et joliment timbrée alla comme un gant à Barak alors que composa un Empereur un peu tout d’un bloc mais de belle santé vocale.

Il faut donc clairement prendre cette nouvelle version, qui a l’avantage d’être complète (d’où sa longueur), pour ses qualités avant tout musicale, comme une version de concert, ce qu’elle est à peu près visuellement tout du long pour le devenir d’ailleurs explicitement à la fin. A écouter les yeux fermés.

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