Celibidache, Furtwängler et le Philharmonique de Berlin

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Celibidache et Furtwängler – Le Philharmonique de Berlin dans la tourmente de l’après-guerre. Klaus Lang. Bucher Chastel, 444 pages. 23€. N° ISBN : 978-2-283-02559-8. Dépôt légal : septembre 2012

 

C’est en se basant sur la correspondance qu’échangèrent au sortir de la seconde guerre mondiale et , que Klaus Lang raconte comment l’, renaissant de ses cendres, fut confié au jeune chef roumain pour finalement lui échapper progressivement et devenir, après la mort de son chef historique, et pour plus de trois décennies, l’orchestre de Karajan.

Dans sa précédente édition Klaus Lang avait eu l’autorisation de publier les lettres de Furtwängler mais pas celle de Celibidache. Ce manque est désormais réparé, et on dispose maintenant d’une version complète et documentée des échanges entre les deux chefs. Ils sont néanmoins complétés par divers résultats d’entretiens que l’auteur a pu avoir avec certains des témoins directs de ces événements, au premier rang desquels figure Elizabeth Furtwängler, l’épouse, aujourd’hui plus que centenaire, de l’illustre chef allemand.

L’intérêt d’un tel ouvrage est évident car il dévoile une petite part d’histoire en même temps qu’il apporte un éclairage tout à fait pertinent sur la personnalité des principaux protagonistes. On y voit très bien comment l’entente cordiale et exemplaire qui régnait entre les deux hommes au début du mandat de Celibidache s’est progressivement détériorée, et comment ce dernier s’est finalement « grillé » tout seul dans la perspective de succéder à Furtwängler, à la fois par son comportement et ses relations humaines vis à vis de l’orchestre, de la ville de Berlin, voire des Allemands en général, et par ses ambitions et exigences, trop éloignées des souhaits et de la tradition de l’orchestre. Cet aspect de la personnalité du chef roumain lui jouera de nouveau des tours comme le rappelle ici Klaus Lang. Ainsi lorsqu’il s’agira d’organiser les festivités du centenaire de l’orchestre en 1982, on voit comment les exigences du chef l’en ont finalement exclu. D’ailleurs plus tard, lorsqu’il revint au pupitre du Philharmonique en 1992, une collaboration suivie était originellement envisagée, mais ce fameux concert avec la symphonie n°7 de Bruckner resta sans suite, le chef n’ayant pu s’empêcher de retomber dans ses travers vis à vis de l’orchestre.

Néanmoins on perçoit clairement que les intentions de Celibidache vis à vis de Furtwängler furent toujours loyales et que jamais il ne se positionna comme un rival. Son admiration pour le chef allemand resta indéfectible, même après qu’il ait du quitter Berlin. Parvenu vers le milieu de l’ouvrage on comprend qui sera le vrai rival de Celibidache pour le trône berlinois, celui que, dans leur correspondance, les deux chefs nomment Monsieur Ka. ou K. et qui, même s’il était peu présent au pupitre du Philharmonique pendant cette période, finira par s’imposer comme une évidence. D’ailleurs, comme le rappelle ici Klaus Lang, lorsqu’on demanda à Furtwängler s’il pensait que Karajan allait lui succéder, il finit par répondre qu’il en était persuadé, « parce qu’il y arrivera » ajouta-t-il, comprenant que l’Autrichien ferait exactement ce qu’il fallait pour atteindre son but, alors que le Roumain, qui le voulait sans doute autant et qui avait au départ les meilleures cartes en main, s’y prit à tout à l’envers.

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