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Mixed Europa à Dijon

La Scène, Spectacles divers

Dijon, Auditorium, 14-XI-2012. Fin du monde chez Gogo, Histoires d’un cabaret de Prague, spectacle imaginé et mis en scène par Frederika Smetana et Michal Lažnovský. Avec des textes de Jaroslav Hašek, Franz Kafka, Karel Polaček, Josef Roth, Johannes Urzidil, Franz Werfel, etc., traduits par Catherine Servant et Frederika Smetana. Décor : Jean-Pierre Benzekri. Lumières : Frédéric Sori. Comédiens : Bruno La Brasca, Alexandr Komlosi, Markéta Potužaková, Frederika Smetana. Musiciens : Bertille Puissat, chant ; Přemysl Rut, chant et piano ; Vit Nermut, violon : Zdeněk Frolik, clarinette et accordéon, Jiři Neužil, piano et claviers.

TCHOUOU… Un brave soldat Chveïk siffle le départ d’un train fantôme en gare de Prague, une conteuse sort d’une trappe dans la pénombre pour évoquer le Golem, un chanteur dégingandé envoie une rengaine gouailleuse en tchèque avec un accompagnement dans le style klezmer…  En bref, nous voici dans la Prague de la fin du règne de François Joseph, dans ce monde en pleine ébullition artistique, monde rendu possible par l’interpénétration de tant de cultures.

C’est dans le décor stylisé d’une vielle gare désaffectée que s’enchainent sans faiblir une série de séquences souvent ironiques, parfois poétiques, et toujours teintées d’une nostalgie évidente, mal cachée par l’aspect trépidant de ce spectacle dans le spectacle. Le cabaret «  figuré » offre une vision kaléidoscopique plutôt que synthétique de la vie dans la cité du centre de l’Europe : on y chante en tchèque mais aussi en allemand (ce qui était la réalité d’alors), on y danse sur des rengaines qui parcouraient alors le vieux continent, on discute âprement de la vie entre marchands de confession juive. Tout ce monde bigarré semble alors tout à fait à l’aise dans cette mixité tellement admise, que l’on ne se pose pas la question du pourquoi et du comment ; c’est comme cela, voilà tout : chacun apporte son vécu à l’autre et l’enrichit d’autant. Heureuse époque ?

Les textes empruntés à une abondante littérature d’Europe centrale évoquent aussi les différentes couches sociales que l’on croise dans les rues : la chanteuse de cabaret aussi bien que le chanteur des rues qui distille un air repris par les Comedian Harmonists, le philosophe qui disserte sur la fuite du temps, les amoureux surpris dans leurs baisers, les soldats qui évoquent les résultats collatéraux des séjours en Hongrie, et encore bien d’autres scènes de la vie quotidienne. Tout cela donne l’impression d’un monde disparu, dans lequel on se préoccupait plus du confort sans histoire de la vie que d’un communautarisme et d’un nationalisme destructeurs : ceci était le monde de nos grands-parents, qu’en avons-nous fait ?

On dit qu’il y a un humour juif : on dit aussi qu’il y a un humour tchèque… Et si c’était le même ? Lorsque deux marchands ambulants épluchent ensemble leurs carottes en discutant de religion, lorsque l’un demande à l’autre : « Et si la puissance de Dieu est tellement grande, est-ce qu’elle peut se détruire elle-même ? »… Et quand un marchand juif se demande pourquoi on lui pose la question de son appartenance religieuse ? Le fil conducteur du spectacle semble bien être cette faculté d’autodérision nécessaire au recul vis-à-vis des événements.

Quand on apprend que cette belle leçon d’humanité nous est donnée par une dizaine d’artistes venus de tous les coins d’Europe, une chanteuse catalane, un comédien sicilien, une narratrice franco-tchèque, etc., on est tenté de se dire qu’il faut vite retrouver le chemin perdu.

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