B comme Betsy Jolas

À emporter, CD

(né en 1926): Quatre duos pour alto et piano: L’Ardente, L’interdite, La toute-vive, La Grande Irenée; Pièce pour, piano solo; Quoth the raven, version piano et alto; Pièce pour Saint Germain, pour piano; Ruht wohl, pour piano et alto; Episode sixième, pour alto; B for Sonata, pour piano. , piano; , alto. CD Hortus 099; code barre 4 487720099991; enregistré du 15 au 18 avril 2012 à l’espace Maurice Fleuret du CNSMD de Paris; texte français/anglais; 66’50

 

« Cette pianiste, cet altiste, mes chers interprètes. Oui, ce mot dit bien la part essentielle qu’ils prennent à la mise en musique de mon vécu ». Ces paroles chaleureuses sont de à l’adresse de et , partenaires privilégiés de ce nouvel album monographique de la compositrice. Parcourant près de 40 années de création (1973-2011), il réunit sept pièces dont cinq d’entre elles n’avaient jamais encore été gravées. Si la partition la plus ancienne de cet enregistrement, B for Sonata, inaugure le catalogue pour piano de Betsy Jolas en 1973, l’alto, déjà soliste dans Point d’aube en 1969, restera toujours le mieux aimé d’entre toutes les cordes.

Les Quatre duos, qui regardent, pour les titres seulement, vers Couperin, projettent un théâtre de sons où le tracé incisif du piano et la courbe féline de l’alto dans L’Ardente facétieuse – admirablement « jouée » par les deux « personnages » – contrastent avec les textures plus sombres de L’interdite. Les énergies convergent dans La toute vive tandis qu’alto et piano tressent leurs lignes suggestives, un rien parodiques et toujours stylisées, dans La grande Irenée. Autre duo, cette fois dans un tout autre registre, Quoth the raven (1993) est un hommage funèbre dont le radicalisme du geste, presque brutal pour le piano, et la fragilité de la ligne d’alto trouée de silence disent sans pathos l’expression douloureuse. Ruht wohl (2011) inspiré par le choeur final de la « Saint Jean » est une pièce toute récente dédiée à nos deux interprètes qui l’ont créée à Aix en Provence. L’incursion dans l’univers microtonal et le temps très étiré de la ligne d’alto, sur les assises toujours fermes du piano, semblent creuser l’émotion de cette méditation « renouant avec l’émouvant souvenir de ma découverte de cet immense chef d’oeuvre » précise la compositrice.

Pierre d’angle du répertoire de l’alto contemporain, Episode sixième pour alto solo (1984) appartient à une série de neuf pièces solistes empruntant toutes le même titre. Betsy Jolas y déploie un art de la ligne, sensible et aventureuse, discontinue mais fermement articulée; l’archet magistral de Laurent Camatte en épouse la souplesse et le profil facétieux au fil d’un discours profondément habité.

Sous les doigts de Géraldine Dutroncy, Pièce pour (1997), poétique et fantasque, tisse autour de trois notes (sol, la, si), liées aux initiales du destinataire inconnu, un faisceau de figures nerveuses et souples relevant de l’écriture sérielle, dans un espace de résonance toujours mouvant où le timbre et les fluctuations du temps sont mis au service de l’expression. Peu de virtuosité digitale, du moins au début, dans Pièce pour Saint Germain (1981) qui est une commande du Ministère pour le concours de musique contemporaine fondé par Yvonne Lefébure; s’affirme davantage une recherche obstinée de résonance et de puissance dans un espace coloré par la richesse des constellations harmoniques: une écriture qui nourrit déjà B for Sonata (B en guise de sonate), la pièce maitresse et la plus ancienne de cet album dans laquelle Betsy Jolas prend possession de l’instrument dans sa totalité résonnante et percussive: une musique éruptive et jaillissante qui s’inscrit dans un espace harmonique toujours contrôlé et un temps flexible merveilleusement assumé par le jeu tout en facettes de Géraldine Dutroncy: «Le terme sonate, souligne la compositrice, s’entend ici au sens où il a été employé par bien des compositeurs aujourd’hui, comme désignant une certaine rigueur de conception et de style » : une exigence dont relève toute la musique de Betsy Jolas.

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