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Pierre Dutrieu en concert avec Court-Circuit

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Auditorium Marcel Landowski du CRR de Paris. 17-I-2013. Steve Reich (né en 1936): New York conterpoint pour clarinette et électronique; Alban Berg (1885-1935): 4 pièces opus 5 pour clarinette et piano; Pierre Dutrieu (né en 1963): Whirlwind flow pour flûte, clarinette et piano; Pierre Boulez (né en 1925): Dialogue de l’ombre double pour clarinette et électronique. Solistes de l’ensemble Court-Circuit: Jérémie Fèvre, flûte; Jean-Marc Cottet, piano; Pierre Dutrieu, clarinette. Sébastien Naves, réalisation en informatique musicale.

Sous la houlette de son directeur artistique , Court-Circuit initie cette année une nouvelle série de concerts donnant carte blanche aux solistes de l’ensemble. Sur scène donc, invitant deux de ses partenaires privilégiés, le clarinettiste et compositeur avait concocté un programme très judicieusement articulé pour mettre en lumière différentes facettes du répertoire de son instrument.

Il débutait tout en énergie avec New York conterpoint de ; dans cette pièce de 1985, le compositeur minimaliste américain confronte la clarinette soliste à un support électroacoustique réalisé par dix clarinettes faisant tourner un même pattern mélodique selon des canons divers. Le soliste devient la onzième ligne de cet entrelacs savant, soumis à la même pulsation et au lent processus de déphasage toujours au centre du travail compositionnel de Reich. Ludique autant qu’éprouvante pour l’interprète à qui n’accorde aucun répit, cette pièce introductive en trois volets laissait apprécier la sonorité lumineuse et l’endurance du jeu de mis ici sous haute tension.

Minimalistes, les 4 pièces op.5 pour clarinette et piano d’ le sont aussi mais pas au sens des « répétitifs » américains. Ces quatre miniatures au bord du silence sont conçues par Berg en 1913 alors qu’il travaille encore avec Schoenberg à qui il dédie sa partition. « Tout un drame dans un soupir » pourrait-on dire ici, à l’instar du maître viennois, tant le compositeur fait circuler la veine dramatique en un microcosme d’une grande tension expressive. Avec la complicité de Jean-Marc Cottet, Pierre Dutrieu, hyper concentré, conférait à ces trajectoires sinueuses une aura presque hallucinatoire.

Jérémie Fèvre rejoignait les deux partenaires pour donner Whirlwind flow, une superbe pièce de Pierre Dutrieu (on aurait aimé en savoir un peu plus dans les notes de programme!) regardant vers l’écriture spectrale. Le compositeur élabore une trajectoire risquée autant qu’assumée qui s’origine dans le souffle des flûte et clarinette. Les trois parties instrumentales très sollicitées forgent alors des textures mouvantes et colorées qui se transforment à mesure jusqu’à la résonance ultime d’un son complexe qui jaillit des cordes du piano.

Le concert se refermait avec Le dialogue de l’ombre double de et la duplicité de Sébastien Naves aux manettes de la console de diffusion puisque cette oeuvre mixte inclut une véritable écriture de l’espace. Les sons électroniques tournaient en effet dans l’air du soir et la clarinette volubile de Pierre Dutrieu les relayait avec maestria. Privée de ses effets lumière qui participent de la dimension théâtrale que veut lui donner le compositeur (les interventions de la clarinette double projetées à travers les six haut-parleurs engendrent normalement l’obscurité), la partition, telle que se l’approprie Pierre Dutrieu, n’en conservait pas moins son pouvoir de fascination.

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