Yasuko Uyama Bouvard joue Haydn chez les Esterhàzy

À emporter, CD

(1732-1809) : Sonate en mi bémol majeur Hob. XVI – 49 ; Sonate en ut majeur Hob. XVI – 48 ; Variations en fa mineur Hob. XVII – 6 ; Quatre pièces pour horloge à flûte avec 23 ou 24 sons ; Quatre pièces pour horloge à flûte avec 16 ou 17 sons. Yasuko Uyama Bouvard, pianoforte Christopher Clarke, Cluny 2003, copie d’après Anton Walter, Vienne (c.1785) et orgue Delaunay (1683)/Micot (1783), restauration Gerhard Grenzing (1983) de Saint-Pierre des Chartreux à Toulouse. 1 CD Hortus 098. Code barre 3487720009808. Enregistré en 2012. Livret bilingue français/anglais. durée totale 57’04 ».

 

Les dernières sonates pour clavier de sont la quintessence même de son art. On y ressent tout ce que Beethoven doit à ce grand maitre qui fut son professeur, tout comme celui de Mozart. Roi de la symphonie classique, Haydn apparait au sommet de son art, dans ces œuvres plus intimes, comme déjà retiré du monde. Même impression dans ses grandes variations en fa mineur, où l’émotion est à son comble.

Yasuko Uyama Bouvard est professeur de clavecin et de pianoforte au conservatoire de Toulouse, et titulaire de l’orgue classique français de l’église Saint-Pierre des Chartreux dans cette même ville. Elle nous fait partager ici sa grande expérience, et son savoir en ces domaines. Le choix d’un magnifique pianoforte copie d’un instrument de 1785, s’avère l’instrument idéal pour l’interprétation raffinée et inspirée de cette artiste, captée à la perfection par les soins de Pierre Roques, orfèvre en la matière.

Un autre moment dans la vie de Haydn, au service du Comte Esterhàzy, est la fréquentation des horloges à flûtes (floetenuhren). Connus dès l’époque des fils de Bach (Karl-Philip-Emmanuel composa quelques pièces), ces automates connurent un grand succès jusqu’à Mozart et Beethoven qui écrivirent eux aussi quelques œuvres. De quoi s’agit-il ? Un instrument à vent doté de petits tuyaux en bois sonnant en 4 pieds, de tessiture réduite, doté d’un mécanisme d’horloge mettant en mouvement un cylindre, suivant le principe des boites à musique. La présence d’un cadran indiquant l’heure était facultative. Joseph Haydn s’intéressa à cet étrange phénomène grâce à son élève et ami Primitivus Niemecz, bibliothécaire des Esterhàzy, et qui en construisit plusieurs. Haydn écrit de véritables petits bijoux, très courts, de l’ordre d’une minute, mais qui, en réduction évoquent les accents de ses symphonies, sonates ou quatuors.

Pour l’occasion Yasuko Bouvard les interprète sur l’orgue dont elle est la titulaire, aux Chartreux de Toulouse. Il y a là une savante alchimie entre le jeu qui reste vivant et humain, et l’automatisme du mécanisme de l’horloge. On entend même quelques bruits évocateurs, grincements de rouages … pour l’ambiance ! Le choix des jeux apporte encore un plus dans la ressemblance et la reconstitution de ces miniatures, mais sans aucune restriction : les flûtes, bien sûr, mais aussi le grand jeu avec ses anches, et même le pédalier. La prise de son très proche achève la réussite du tableau : l’instrument orgue apporte ici sa qualité première, l’illusion !

Ce disque original nous permet d’approcher un autre Haydn, étonnant, parfois imprévisible. Deux antipodes de sa musique nous sont proposés, du pianoforte au floetenuhr, sorte de coucou suisse amélioré. Une nouvelle fois l’éditeur Hortus nous offre de passionnants chemins de traverse.

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