Robert Carsen revisite la Petite Renarde Rusée à Strasbourg

La Scène, Opéra

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 8-II-2013. (1854-1928) : Příhody Lišky Bystroušky (La Petite Renarde Rusée), opéra en trois actes sur un livret du compositeur, d’après Rudolf Těsnohlídek. Mise en scène : et Maria Lamont. Décors et costumes : Gideon Davey. Lumières : et Peter Van Praet. Chorégraphie : . Dramaturgie : Ian Burton. Avec : , la Renarde ; , le Renard ; , le Garde-Chasse ; Corinne Romijn, la Femme du Garde-Chasse / le Hibou ; Gijs Van der Linden, l’Instituteur ; Enric Martinez-Castignani, le Curé / le Blaireau ; , Harašta ; John Pumphrey, Pásek l’Aubergiste ; Sophie Angebault, Madame Pásková / le Pivert ; Aline Martin, Lapák le Chien ; Anaïs Mahikian, le Coq / le Geai ; Nathalie Gaudefroy, Chocholka la Poule. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (direction : Michel Capperon) ; Maîtrise de l’Opéra national du Rhin (Chef de chœur : Philippe Utard) ; ; direction : .

L’Opéra national du Rhin poursuit son cycle Janáček mis en scène par et dirigé par avec la Petite Renarde Rusée. Le metteur en scène canadien avait déjà abordé cette œuvre pour l’Opéra des Flandres en 2001 mais, la production ayant été détruite, c’est une nouvelle vision qu’il nous en propose, reprenant certains éléments et en modifiant de nombreux autres.

La Nature est l’élément central du dispositif scénique conçu par Gideon Davey, comme elle l’est dans l’opéra de Janáček, une Nature de théâtre, stylisée, un moutonnement de collines et de vallons sans arbre qui occupe tout l’espace et s’inscrit dans les murs de béton brut du plateau et où se déroule le cycle immuable des saisons : tapis des feuilles mortes de l’automne aux premier et deuxième actes, linge blanc de la neige hivernale au troisième, qui va s’engloutir dans le sol – superbe image – pour révéler le vert printanier d’une prairie. L’adjonction rapide de quelques éléments signifiants (une barrière, une niche, un étendoir à linge pour la maison du garde-chasse, la descente d’un rideau avec porte et fenêtre pour l’auberge) assure une appréciable fluidité dans la succession des multiples et courtes scènes qui constituent l’opéra. Plus réaliste que métaphorique, la direction d’acteurs au cordeau de Robert Carsen présente une impressionnante galerie de personnages aux tempéraments variés (quoique tous, humains comme animaux, tenaillés par leurs pulsions sexuelles) et aux comportements soigneusement caractérisés avec naturel, avec l’aide des costumes inventifs de Gideon Davey et des chorégraphies acrobatiques de . Deux menus regrets cependant quant à cette mise en scène non dénuée d’humour, comme toujours magistralement dominée et formidablement théâtrale : que l’ahurissante ménagerie conçue par Janáček ait été réduite en supprimant grenouille, moustique sauterelle et autre libellule et en en redistribuant les répliques et, surtout, que la parti pris de vraisemblance bloque quelque peu l’imaginaire et le rêve, voire la poésie. Ainsi, la scène finale donne un sentiment de boucle qui se referme, nous ramenant au début de l’opéra, sans parvenir à suggérer combien le regard que porte le garde-chasse sur la nature a évolué avec sa rencontre avec la petite renarde.

La distribution se conforme avec aisance et crédibilité aux indications scéniques. reprend sa merveilleuse Renarde, séduisante et juvénile, vive et enjouée, lui apportant véracité et la lumière de ses aigus. Autre grande titulaire du rôle, redonne son Renard passionné, vibrant et fervent mais à l’aigu parfois plafonnant. compose un parfait Garde-Chasse sonore, viril et profondément humain. Tous seraient d’ailleurs à louer pour leur implication et leur vraisemblance scénique, avec mention spéciale pour l’Instituteur comiquement geignard de Gijs Van der Linden et le Braconnier Harašta brillant et éloquent de .

Mais le principal acteur de la Petite Renarde Rusée est indéniablement l’orchestre, auquel Janáček a réservé une partition extraordinairement subtile et difficile. L’ s’en sort avec les honneurs, assura     nt sans faillir les complexes polyrythmies et les moirures des colorations instrumentales qui confinent ici à la « Klangfarbenmelodie ». Mais, bien que cela soit moins gênant ici que pour Kát’a Kabanová, il lui manque encore la plénitude et la sensualité sonore pour assurer totalement l’envolée orchestrale finale. Comme à son habitude dans Janáček, la direction de Friedemann Layer est parfaite de précision, de concision et de variété des atmosphères.

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