Resmusica_728x90mm - Cello players

Le triomphe de Haendel par René Jacobs

Concerts, La Scène

Paris. Salle Pleyel. 12-II-2013. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Il trionfo del Tempo e del Disinganno HWV 46a. Sunhae Im, Belleza ; Julia Lezhneva, Piacere ; Christophe Dumaux, Disinganno ; Jeremy Ovenden, Tempo ; Freiburger Barockorchester, direction : René Jacobs.

On doit à Marc Minkowski la redécouverte du premier oratorio (profane) de Haendel, Il trionfo del Tempo e del Disinganno (Le triomphe du Temps et de la Désillusion) qu’il enregistre en 1988 chez Erato. Composé en 1707 lors de son séjour à Rome, cet ouvrage de jeunesse (Haendel n’a alors que vingt-deux ans !) est basé sur un livret du cardinal (et célèbre mécène des arts) Benedetto Pamphili. L’oratorio connaîtra deux autres versions en 1737 puis en 1757 et servira par ailleurs de matériau pour des opéras du compositeur saxon (Agrippina, Rinaldo…).

proposait au public parisien cet oratorio relativement rare et modeste par l’effectif demandé (un orchestre de chambre, cordes et bois, quatre solistes vocaux), comme une sorte de prolongement de la Rappresentatione di Anima e di Corpo de Cavalieri présentée en 2012 à la Cité de la Musique, les deux œuvres ayant en commun le dialogue de figures allégoriques, et une réflexion théologico-philosophique à la tonalité moralisatrice. La Beauté, d’abord séduite par le Plaisir, en est finalement détournée par le Temps et la Désillusion. Constituée de nombreux arias sous la forme da capo et de quelques ensembles (dont un quatuor « Voglio Tempo per risolvere », dans la deuxième partie), l’œuvre comporte également des passages instrumentaux qui s’apparentent au concerto grosso ou au concerto pour orgue. Une écriture brillante, virtuose, inventive, qui n’exclut pas les moments mélancoliques tels l’aria de la Désillusion « Crede l’uom ch’egli riposi », l’aria du Plaisir « Lascia la spina » ou l’aria finale de la Beauté « Tu del Ciel ministro eletto ».

Malgré quelques approximations dans l’ouverture, le fait bonne impression sous la direction inspirée de , ce dernier apportant, dans des tempos plutôt enlevés, beaucoup de relief et de nuances à ce répertoire qui lui sied particulièrement bien. Il accompagne par ailleurs avec attention ses quatre chanteurs qui auraient néanmoins gagnés à être tous placés devant l’orchestre, quitte à perdre un peu de la signifcation du semblant de mise en espace. Si les deux hommes assurent une prestation d’honorable qualité, c’est le duo (La Beauté) (Le Plaisir) qui suscitait la curiosité. Petite voix, agile certes, une aisance scénique certaine, la soprano coréenne ne séduit malheureusement guère par manque de personnalité vocale. On est par contre conquis par (qu’on a découverte en France en 2010 lorsqu’elle remportait le premier prix du concours Paris Opera International Competition), ici confondante de facilité, avec ce timbre facilement reconnaissable, une prise de risque dans la manière d’ornementer, qui ne laisse pas indifférent. Un petit bémol néanmoins : la soprano russe manque encore d’un sens plus naturel dans l’expression, la théâtralité, qualités qu’elle acquerra à n’en pas douter avec le temps.

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.