L’Opéra Comique renoue avec Ciboulette

La Scène, Opéra

Paris, Opéra-Comique. 16-II-2013. (1874-1947) : Ciboulette, opérette en trois actes, sur un livret de Robert de Flers et de Francis de Croisset. Mise en scène : . Décors : Bernard Fau et Citronelle Dufay. Lumières : Joël Fabing. Costumes : David Belugou. Avec : , Ciboulette ; , Le Directeur de l’Opéra ; Michel Fau, La Comtesse de Castiglione ; , Antonin ; Ronan Debois, Roger ; , Duparquet ; , Zénobie ; Olivier Déjean, Le lieutenant ; Safir Behloul, Grisard / Un laquais ; Jean-Claude Sarragosse, Grenu ; , Mme Grenu ; François Rougier, Le patron / Le maire ; Patrick Kabongo Mubenga, Victor ; Bernadette Lafont, Mme Pingret ; Cécile Achille, Françoise. (chef de chœur : Christophe Grapperon), Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon, direction : .

Si l’on voulait absolument bougonner, on pourrait dire que Ciboulette est un œuvre charmante, mais un peu vaine dans sa tentative de ressusciter l’esprit d’Offenbach pour endiguer l’invasion du music-hall. L’humour bon enfant du livret a moins bien vieilli que celui de Sacha Guitry dans O mon bel inconnu, présenté il y a deux ans par l’Opéra Comique. Mais tout cela importe peu face au succès total de cette reprise, précédée par une ovation à Géori Boué, qui fit une apparition sur la scène où elle chanta Ciboulette, il y a soixante ans.

Et puis il faut reconnaître que si la partition de est toujours séduisante, elle n’est jamais facile. La faculté du compositeur à colorer ses opérettes de mélancolie leur donne même une saveur particulière. Dans l’adaptation des dialogues et dans la scénographie, a bien pris en compte le rôle essentiel de la nostalgie pour le Second Empire, mais il l’a rendu plus familière au spectateur en la transférant vers la Belle Époque : la grisaille des décors et des uniformes évoquent l’industrialisation et, pourquoi pas, la Première Guerre mondiale en germe. Mais heureusement, l’ironie reste partout présente, notamment dans l’effet de théâtre dans le théâtre mis en place au dernier acte, qui se passe non plus dans le salon d’Olivier Métra, le « Roi de la valse » de l’époque, mais dans un opéra dont est le directeur.

L’œuvre ne pourrait fonctionner sans une héroïne convaincante. Il suffit de dire que est épatante à tous égards. Chanteur lui aussi très accompli, se tire bien du rôle délicat d’Antonin, le jeune premier un peu bêta. En Duparquet, est peut-être un peu trop chanteur d’opéra, mais c’est un excellent acteur. Parmi les seconds rôles, Jean-Claude Sarragosse, et Bernadette Lafont (en poissarde extralucide !) sont puissamment comiques, même si la palme revient au metteur en scène lui-même, qui s’offre une de ses stupéfiantes apparitions en diva « emphatique » : il interprète « Mon rêve était d’avoir », écrit par Reynaldo Hahn pour La dame aux camélias d’Abel Gance et Yvonne Printemps.

Les autres solistes, issus de l’Académie de l’Opéra Comique, s’avèrent efficaces et bien préparés, et c’est un plaisir d’entendre un chœur de la qualité d’ dans un répertoire souvent maltraité de ce point de vue. Enfin, l’accompagnement offert par l’Orchestre symphonique de l’Opéra de Toulon ne peut que satisfaire. , qui a révisé l’orchestration traditionnelle, semble à son aise dans ce genre, veillant aux équilibres et aux rebonds. L’entrée de Ciboulette et le duo du « Beau voyage » auraient pu respirer davantage, mais la délicatesse des duos et des interludes est bien rendue. La réussite indéniable de cette production fait plaisir pour un compositeur souvent regardé avec condescendance.

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