Clivage musical à Pleyel

Concert, La Scène

Paris. Salle Pleyel. 22-II-2013. (1908-2012) : Two Controversies and a Conversation ; (1882-1971) : Mouvements pour piano et orchestre ; (1881-1945) : Suite de danses ; (1854-1928) : Sinfonietta. : piano. : percussions. , direction : .

 

Le programme du concert de ce soir, structuré de façon fort habituelle en deux parties, clivait de fait deux types d’oeuvres, entre lesquelles un certain nombre de spectateurs avaient visiblement fait leur choix, puisqu’aux rangs clairsemés de la première partie succédait une salle relativement comble pour la seconde.

Il est vrai que le début du concert était pour le moins aride. La première oeuvre proposée, Two Controversies and a Conservation d’, donnée en création française, est un concerto de taille fort modeste pour piano et percussions – en fait le prolongement d’une oeuvre antérieure, Conversations, à laquelle le compositeur a joint deux introductions, les fameuses Controversies. Le principe de l’oeuvre est intéressant : qui niera en effet que le concerto est une forme de dialogue ? Le rendu proposé s’avère cependant décevant ; l’orchestre joue la plupart du temps un vague fond sonore, sorte de tapis sur lequel évoluent les deux solistes. Ces solistes, par ailleurs dédicataires de l’oeuvre, sont traités de façon fort inégale ; si le percussionniste tire son épingle du jeu, et assure le spectacle avec ses allers-retours périlleux sur le plateau, entre marimba, xylophone, blocs chinois et toms, il faut bien avouer que le grand talent et la finesse du toucher de sont ici employés pour jouer de loin en loin quelques accords et fioritures sans logique apparente. L’oeuvre laissait donc une impression fort mitigée, ce qui n’allait pas s’arranger avec le Stravinsky suivant.

Les Mouvements pour piano et orchestre sonnent en effet indéniablement comme du Stravinsky, qu’on reconnait par quelques traits d’orchestration, mais c’est un Stravinsky de la dernière période, passé au filtre de l’esthétique de Webern : épure, fascination pour la sonorité – tout est là. Pas désagréable pour autant, l’oeuvre ne laisse pas beaucoup de prise à l’auditeur pour s’y retrouver, et il faut bien avouer que l’engagement des interprètes, et Pierre-Laurent Aimard en premier lieu, s’avère quelque peu vain.

À ce stade du concert, une question nous taraudait : juxtaposer ces deux oeuvres était-il la meilleure idée pour les faire passer au public ? Contraintes de plateau mises à part, il eut sans doute été préférable de ménager l’auditeur en les espaçant avec une des deux oeuvres suivantes.

La Suite de danses de ou la Sinfonietta de sont en effet des oeuvres qui réussissent le tour de force de concilier modernité (une modernité certes moins radicale) et lisibilité. La première, typique de son auteur, alterne heurts rythmiques et lyrisme mélodique. De l’interprétation proposée, très réussie jusque dans certains détails que nous ne connaissions pas, se démarquaient les prestations du bassoniste et du clarinettiste du Philharmonique – justement salués par l’audience à la suite du chef.

La Sinfonietta de Janáček enfin concluait la soirée. Moins aisée d’audition, c’est une oeuvre qui réserve quelques passages très inspirés, dont l’inénarrable fanfare introductive. S’ensuivent trois mouvements plus obscurs, qui cheminent de l’obscurité à la lumière, avant que le final ne couronne l’oeuvre d’une conclusion exaltante. Frissons garantis !

Malgré ces deux dernières pièces, que tout le monde a visiblement fort appréciées, le ressenti global de la soirée s’avérait mitigé, avec comme un arrière-goût de rendez-vous manqué – pas tant avec l’orchestre, chaleureusement salué, qu’avec une certaine musique. Si certaines oeuvres trouvent naturellement leur place au concert, les interprètes ont encore fort à faire pour en imposer d’autres.

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