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Paolo Vignaroli en concert au Centre culturel italien

La Scène, Musique de chambre et récital

Centre culturel italien. 11-IV-2013. Ivan Fedele (né en 1953) : Dedica et Donax pour flûte seule ; Salvatore Sciarrino (né en 1947) : All’aure in una lontananza pour flûte solo ; Oscar Bianchi (né en 1975) : Gr… pour flûte basse ; Giovanni Verrando (né en 1963) : First Born Unicorn, remind me what we’re fighting for pour flûte solo. Paolo Vignaroli, flûtes.

Reçu par le Centre culturel italien, dont la position stratégique (sur une petite place face à l’église Saint-Séverin) en confère le charme tout particulier, le flûtiste pérugin donnait un récital en solo, mais à plusieurs flûtes, s’attaquant au répertoire pléthorique et infiniment riche des XXème et XXIème siècles. Si les classiques l’ont boudée au profit des cordes, si les romantiques lui ont préféré la clarinette, les compositeurs du siècle dernier aiment la flûte, sa sensualité et son aura virtuose, tout comme l’avant-garde des années 50 qui en élargit les possibilités et transcende les capacités sonores: la Sonatine de Boulez, la Sequenza de Berio, le Merle noir de Messiaen sont autant de chefs d’oeuvre et de pierres angulaires pour les flûtistes d’aujourd’hui.

Mais aime s’aventurer encore plus avant, dans des partitions à l’encre à peine sèche, dont il nous présentait en français, et avec une aisance magistrale, les enjeux et les singularités.

 

Né à Perugia, Paolo Vignaroli débute ses études au Conservatoire de Sienne puis à la Hochschule de Lugano avant de se fixer en France en 2007; il termine alors un cycle de perfectionnement au CRR de Boulogne et fait la rencontre déterminante de Mario Caroli, grande personnalité de la flûte contemporaine. Il fonde, alors, avec des partenaires issus de tous les coins du monde, l’ensemble Soundinitiative, une phalange qui a le vent en poupe, portée par des projets innovants et des concepts originaux de concert.

 

Paolo Vignaroli avait mis au programme de la soirée quatre compositeurs italiens – Institut oblige – offrant un panel d’oeuvres couvrant les vingt dernières années de la création musicale.

D’, bien connu en France – il  enseigne la composition à Strasbourg jusqu’en 2009 – Dedica est une pièce assez courte et très virtuose qui aiguise l’écoute en ce début de concert. Ecrite en 2000, la partition exploite la flexibilité de l’instrument à travers une trajectoire virtuose qui sollicite l’énergie et la réactivité de l’interprète: des qualités qui fondent le jeu de Paolo Vignaroli dont la sonorité toujours très contrôlée est d’une grande finesse.

En 2010, Il est le créateur de Gr… pour flûte basse du milanais dont le récent opéra Thank’s to my eyes a triomphé sur la scène française. Le titre très suggestif préfigure l’écriture un rien subversive que le compositeur conçoit pour la flûte basse: sonorités bruitées et granuleuses, sollicitation du souffle et de la voix de l’interprète qui réalise là une véritable performance dont l’enjeu théâtral est manifeste. Paolo Vignaroli vient de graver son interprétation dans la Grammont sélection n°4 du label suisse.

Très judicieusement placée au centre du programme, All’aure in una lontananza (1979) du compositeur sarde est une superbe pièce à la marge du silence dont les sons subliminaux, obtenus à fleur de lèvres par notre interprète, laissent entendre le doux « scintillement » des clefs sur le métal de la flûte. Aux antipodes de l’esthétique de Bianchi mais théâtral lui-aussi, Sciarrino perturbe cette zone silencieuse et suspensive par de brefs éclairs qui strient violemment l’espace.

Extrait de l’album monographique paru très récemment chez Aeon (cf notre chronique Resmusica), First Born Unicorn, remind me what we’re fighting for – titre connu des fans de Red Hot Chili Pepper – du milanais , était jouée ce soir sans amplification, Paolo Vignaroli détaillant avec beaucoup d’efficacité sonore tous les modes de jeu sollicités (morphing par l’intervention de la voix, Tongue-ram, filtrage…) pour modeler de façon très plastique le matériau sonore.

Le soliste terminait en apothéose avec une deuxième pièce du maître Fedele, Donax, (1992) qui signifie, en grec, roseau: une pièce d’envergure très impressionnante en trois parties, exigeant un investissement mental autant que physique tant la pièce réclame d’énergie et de contrôle du son. Les sonorités y sont souvent percussives et hybridées par le souffle de l’interprète. Fedele conçoit un parcours à rebours, de la flûte contemporaine, hautement virtuose, aux archétypes de la flûte de roseaux. Notre flûtiste y déploie une palette de sonorités inouïes, sans accuser la moindre fatigue au terme d’un programme exigeant qui témoignait des potentialités infinies de son instrument, le plus vieux du monde.

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