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The poetics of Vacuum de Vincent Laubeuf

À emporter, CD

Vincent Laubeuf (né en 1974): The poetics of vacuum: Douce et monotone; Noumène #1; Noumènes #2; Paysage-ville; Sur la place; Fine Amor: oeuvres sur support. CD co-édité par OBS 043 (Russie) et OTO 003 (Japon). 2012.

 

Discret autant que prolifique, , actuel directeur de la Compagnie Musicale Motus, sort son second album monographique réunissant six pièces électroacoustiques sous la forme d’un livre-CD d’une conception graphique très originale.

On pénètre d’emblée dans l’univers sensible et attachant du compositeur avec Douce et Monotone (2007), une pièce dans laquelle mixe sons naturels (chants d’oiseaux, bribes de conversation) et sons de studio pour recomposer un paysage singulier où les deux mondes interfèrent subtilement. Le même processus opère dans Paysage-ville (2005) mettant à l’oeuvre de manière plus contrastée ces allers-retours entre nature (la rumeur ambiante d’un quartier de Paris) et artifice (sons en boucle, montage, articulation…) pour mieux « dénaturer » et recomposer. Plus étrange, dans Sur la place (2004), cet accordéon façon arte povera qui fait office de rengaine/refrain aux côtés de « couplets » plus luxuriants. Noumène #1 et Noumène #2 sont des pièces jumelles (mais séparées dans l’enregistrement) dans le sens où des sons communs y circulent mais dans un contexte sensiblement différent, plus onirique dans la seconde. Vincent Laubeuf travaille sur l’hétérogénéité des matériaux (orage, joute de cornemuses, mer, percussions/résonance, volées de cloches, voix…) qu’il juxtapose, superpose, dans un ensemble foisonnant assez rare chez le compositeur: plus que le sens de la forme, c’est la jouissance du son et de l’écoute qui gouverne ici.

De plus grande envergure et certainement la pièce la plus accomplie de cet album, Fine amor (2010) fait partie d’un projet collectif sur Don Quichotte, Temporada Utopica. Si l’on y entend des extraits du Don Quichotte de Cervantes, en espagnol et en français, le titre de la pièce fait référence à l’amour courtois des troubadours (Can vei la lauzeta mover de Bernard de Ventadour) et trouvères (extrait de Tristan et Iseut). Les intervention des voix (François Bauer et Térésa Lopez Cruz) formant une texture fragile semblent ici articuler la grande forme. On y retrouve la fibre poétique de Calme et monotone mise au service d’un texte auquel le matériau sonore, souvent répétitif, confère son temps et son espace. Maître de la forme et de la poétique sonore, Vincent Laubeuf s’y révèle également très fin « orchestrateur ».

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