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Montréal Nouvelles Musiques à l’heure de Tel-Aviv

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Montréal, Chapelle historique du Bon-Pasteur. 30-IV-2013. Ayal Adler (né en 1968), Quintette pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano ; Ofer Pelz (né en 1978) : Convergence pour flûte alto et électronique ; Chinese Whispers pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano ; Maxime McKinley (né en 1979) : Les pavements de San Marco, pour violon et piano pour flûte clarinette, violon, violoncelle et piano ; Philippe Leroux (né en 1959) : Continuo(ns), pour flûte, clarinette, violon, violoncelle et piano. Ensemble Meitar : Roy Amotz, flûte ; Jonathan Hadas, clarinette ; Moshe Aharonov, violon ; Jonathan Gotlibovitch, violoncelle ; Amit Dolberg, piano ; Guy Feder, direction.

Avec la Société de Musique Contemporaine du Québec et de son festival international Montréal Nouvelles Musiques, avec le Nouvel Ensemble Moderne, la Chapelle historique du Bon-Pasteur contribue au dynamisme de la création musicale montréalaise. C’est dans cette salle intimiste à l’acoustique flatteuse que  se produisait l’excellent ensemble israélien Meitar, créé en 2004 pour promouvoir à la musique contemporaine.

C’est donc entre Montréal et Israël que se situait ce concert. , compositeur résident de l’ de 2007 à 2012, a ainsi été formé à Jérusalem et à l’Université McGill. Son Quintet (2012) constitua peut-être le seul bémol de la soirée : les textures épaisses, dissonantes, et regroupées dans le grave rendaient en effet toute la première partie un peu confuse et pénible à suivre.

Plus accessible, le reste du programme n’en était pas moins intéressant. Les Pavements de San Marco (2012) de , compositeur québécois actuellement en résidence à la Chapelle du Bon Pasteur, nous invitaient ainsi de manière convaincante à suivre de l’oreille quelques brefs motifs musicaux parfaitement identifiables, comme on balaye d’un œil hypnotisé les récurrences géométriques d’une mosaïque.

Concevoir une musique comme un développement organique d’événements immédiatement intelligibles par l’auditeur : tel pourrait être le projet de dans Continuo(ns). Créée en 1994 à Paris par l’Ensemble Court-Circuit, cette œuvre importante se construit moins sur des motifs mélodiques et rythmiques que sur des gestes instrumentaux  que la performance en concert rend particulièrement spectaculaires. Qu’il s’agisse de sons entretenus et progressivement modifiés, d’explosions, et de glissandi, Continuo(ns) adapte à la musique acoustique des procédés caractéristiques de la musique électronique. Le mérite principal de la pièce réside surtout dans la qualité de cette adaptation : toutes originales et parfaitement instrumentées, les différentes phases de Continuo(ns) se succèdent  sans aucun moment de faiblesse.

Deux œuvres d’, un jeune et talentueux compositeur israélien formé à Jérusalem, à Paris, et à Montréal, complétaient le programme. Convergence et Chinese Whispers s’inscrivent dans le sillage de (ce dernier enseigne la composition à Montréal depuis 2009) en ce que la musique s’y construit au moyen de gestes sonores obtenus à partir d’instruments traditionnels.

Dans Convergence (2010), la flûte alto dialogue avec son écho modifié en direct par un dispositif électronique ; elle nous révèle également qu’un instrument de musique est capable de produire une foule de sons au-delà des notes de la gamme auxquelles on la cantonne habituellement. Mais au-delà de toute considération technique, Convergence  nous plonge dans un univers envoûtant qui évoque une forêt luxuriante peuplée d’animaux mystérieux.

Chinese Whispers (2013) peut être considéré comme un prolongement de Convergence. Commande de l’, la pièce s’ouvre avec un passage percussif auquel se mélangent le souffle des instruments à vent et les soupirs des cordes. Après un long glissando collectif (où l’on retrouve, comme chez Philippe Leroux, une inspiration « électronique » appliquée à la musique acoustique), la pièce finit par exhaler son dernier souffle à travers les instruments à vents. C’est dans ce genre de moments que résident l’originalité d’ : ce qui n’est habituellement qu’un effet sonore devient chez lui matière à musique.

Encore faut-il pour cela des instrumentistes capables de servir ce dessein. À cet égard, l’ensemble Meitar a parfaitement rempli son rôle (d’un bout à l’autre du concert d’ailleurs). On ne peut que le louer pour sa programmation audacieuse, et surtout pour sa capacité à exorciser le caractère parfois guindé et trop sérieux des soirées de musique contemporaine.

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