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Graines d’Etoiles : l’école où les rêves deviennent parfois réalité

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Graines d’Etoiles : une série documentaire de Françoise Marie. DVD ARTE EDITIONS. Date de sortie : 02-IV-2013. 2 DVD. Durée : 3 H (6 x 26 min). Langues : Français, Anglais. Sous-titres : Français pour sourds et malentendants. Son : Dolby Digital Stéréo. Couleur. Ecran : 16/9. PAL – All Zone. Code barre : 3 453270 084 107. Prix de vente : 24,95 euros

 

Les Clefs d'Or 2013

Fondée par Louis XIV voici plus de trois siècles, « l’Ecole de Danse de l’Opéra national de Paris a pour mission principale l’enseignement professionnel de la danse académique classique » (article 1er du règlement). Mais surtout, l’école a vocation à former des danseurs pour le ballet de l’Opéra, des artistes qui correspondent aux critères techniques et esthétiques de ce dernier. avoue d’ailleurs qu’« il est facile d’enseigner ici, car il n’y a pas besoin de chercher quel style enseigner aux élèves : c’est celui du ballet de l’Opéra. »

Le 27 décembre 1985, Jack Lang, alors ministre de la Culture, posait la première pierre de l’Ecole de Danse nouvelle génération située à Nanterre. Le bâtiment lumineux et fonctionnel conçu par Christian de Porzamparc a accueilli pendant un an les caméras de télévision. Une première dans cet univers feutré et sous haute protection. De cette aventure est né le documentaire Graines d’Etoiles réalisé par Françoise Marie. Cette chronique en six épisodes, diffusée sur ARTE au mois d’avril, est aujourd’hui disponible dans un très joli coffret DVD.

Avant d’entrer plus avant dans les rouages de ce captivant documentaire, on rappellera l’exceptionnel travail accompli par , qui a longtemps incarné l’Ecole de Danse et qui est restée trente-deux ans à la tête de l’institution : « Il faut dix ans pour faire un danseur, un an pour le tuer et le danger règne à chaque pas assure la relève avec détermination et énergie depuis 2004.

Les apprentis danseurs répondent aux questions de la réalisatrice tout au long du reportage. Certes, la langue de bois semble être parfois de rigueur, mais comment reprocher cette prudence langagière à des enfants en situation concurrentielle, qui savent que le moindre mot, mal interprété, pourrait ternir leur image aux yeux de la direction, ou manifester un manque de motivation ?

La caméra laisse la part belle aux élèves étrangers venus se former au raffinement de l’école française. Un mouvement pourtant peu représentatif de la composition très « cocorico » du ballet de l’Opéra.

On hausse également un sourcil perplexe devant les gros plans montrant les enfants se délectant d’éclairs au chocolat ou de tartines de Nutella. Suivant le médecin du sport rattaché à l’école, « il est très rare qu’on ait affaire à de vraies anorexies mentales au sein de l’école ». Dont acte.

On savait déjà que la formation des danseurs classiques exigeait une rigueur implacable. L’Ecole de Danse est une affirmation du respect de la discipline, à une époque où le principe d’autorité est pointé du doigt. La mission du corps enseignant est d’autant plus délicate qu’il ne s’agit pas seulement d’apprendre des pas et une technique aux élèves, mais aussi de les aider à trouver leur personnalité artistique. Certains ont ce don inné, ce charisme, ce « petit plus », d’autres l’acquièrent au fil des ans.

Si la matinée est réservée aux enseignements scolaires, l’après-midi est consacré à la danse, avec trois heures de cours journaliers. On notera que c’est peu, comparé à d’autres écoles.

Ici, on apprend aux corps à se transformer en princes, en princesses, en sylphides, en cygnes ou en faunes. On apprend à gommer tout ce qui soumet les corps à l’apesanteur. Et toujours avec le sourire s’il-vous-plaît. Car « le but, dans la danse, est de ne jamais montrer l’effort », explique à ses élèves. Il faut apprendre aux nouvelles générations des gestes sophistiqués d’un autre temps. Ces gestes – et c’est cela le plus difficile – les enfants doivent les restituer avec naturel. Heureusement, les enfants sont comme des éponges et absorbent tout avec facilité.

La progression des études de danse se fait au long d’un cursus allant de la sixième à la première division. La variété des enseignements dispensés a vocation à préparer les élèves à aborder des styles et des vocabulaires très différents tout au long de leur carrière. Un examen annuel décide du passage dans la classe supérieure, du redoublement ou du renvoi. Tel un couperet qui menace leur existence chaque année, le renvoi reste la grande peur des élèves : « Il faudrait réorganiser notre vie », glisse un élève. Mais pour Elisabeth Platel, « il y a des enfants qui sont faits pour l’Opéra et d’autres pour d’autres compagnies. »

Le corps enseignant est issu du même socle : le ballet de l’Opéra de Paris, et comprend nombre de danseurs étoiles à la retraite. Le but ? Bâtir un enseignement fondé sur la transmission. Cette notion de continuité transparaît également au travers de traditions qui caractérisent l’école française : un enseignement exclusivement verbal, l’usage de la révérence ou encore le défilé du ballet, symbole de ce système très hiérarchisé.

L’école est une bulle, un cocon, au sein duquel les élèves sont quelque peu tenus à l’écart de la réalité. Un certain sentiment d’enfermement, ainsi qu’un manque d’ouverture au monde extérieur, font que les élèves se sentent différents de l’autre jeunesse, celle qui ne danse pas : « Nous, c’est les autres qu’on ne comprend pas très bien », confesse un élève de première division. Cette singularité, l’artiste la conservera toute sa vie.

Malgré les années passées ensemble, malgré les fous rires nocturnes à l’internat et les chagrins partagés, les enfants sont conscients dès leur plus jeune âge qu’ils se trouvent en situation de concurrence et qu’au final, « ce sera chacun pour soi » : « Ce qui est difficile, c’est qu’on est tous ensemble, mais en même temps, on est concurrents. » « La jalousie, il faut apprendre à vivre avec : on passe tout le temps devant les gens et on nous passe tout le temps devant. » Et lorsqu’un élève remplaçant devient titulaire suite à la blessure d’un autre enfant, le nouvel élu reste lucide : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres. »

La captation des cours d’adage se révèle particulièrement instructive : n’oublions pas que filles et garçons ont des cours séparés et ne se retrouvent que pour les cours d’adage et de danse de caractère. La clef de la réussite d’un adage réside dans une bonne empathie entre les partenaires. Un exercice pas évident du tout au début. Mais au fil du temps, légères comme des plumes et portées à bout de bras par leur partenaire, les filles se sentent « désirables ».

Si les adolescentes baignent dans un univers délicieusement suranné, elles ont néanmoins conscience que la figure de la femme-Sylphide, si chère à Théophile Gautier, « est dépassée et que sur scène, aujourd’hui, on a besoin de femmes fortes et autoritaires ! »

A la fin de la première division a lieu l’épreuve du feu, le concours d’entrée dans le corps de ballet de l’Opéra. Malheureusement, l’entrée à l’Ecole de Danse ne rime pas automatiquement, huit ans plus tard, avec la réussite au concours. D’autant plus qu’il y a peu d’élus : un à quatre postes sont ouverts chaque année, suivant les départs à la retraite des danseurs. Certains élèves intégreront le ballet de l’Opéra – une poignée d’entre eux deviendra peut-être étoile un jour –, certains rejoindront d’autres compagnies et quelques-uns raccrocheront définitivement leurs chaussons.

On évoquera également la qualité du documentaire bonus, Pour entrer dans la meilleure Ecole du monde. Ce reportage de 20 minutes dissèque le processus de recrutement qui permettra à une poignée de surdoués de rejoindre l’Ecole de Danse. Chaque année, deux cent cinquante à trois cents enfants se présentent au concours d’entrée, avec une majorité de filles. Les candidatures sont spontanées, car contrairement à d’autres institutions étrangères, l’école ne fait pas de prospection.

Le poids et la place des parents dans la vocation de l’enfant peuvent parfois être prépondérants. L’école représente en effet un extraordinaire moyen de valorisation sociale pour les familles. Une fois admis au sein de l’institution, les parents voient en leurs enfants de petits prodiges : « En fait, c’est nous qui dansons », avoue une mère tout sourire le jour de la rentrée. Malaise.

Les critères de taille et de poids sont draconiens : « On prépare des enfants pour le ballet de l’Opéra, il faut donc une certaine homogénéité, d’où les critères physiques drastiques », explique Elisabeth Platel. Si avoue que « c’est l’humain qui nous intéresse », cherche avant tout chez les aspirants danseurs « un chant intérieur ». Le jury n’a pas droit à l’erreur : l’admission d’un élève est en effet un pari sur l’avenir. Une sélection impitoyable mais probante : l’an passé, seuls deux élèves n’ont pas été admis définitivement à l’issue des six mois de stage d’observation. L’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris : l’école où les rêves deviennent parfois réalité.

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