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Strasbourg : Mise en scène sans passion pour Les Pêcheurs de Perles

La Scène, Opéra

Strasbourg. Opéra national du Rhin. 17-V-2013. Georges Bizet (1838-1875) : Les Pêcheurs de Perles, opéra en trois actes sur un livret d’Eugène Cormon et Michel Carré. Mise en scène : Vincent Boussard. Décors : Vincent Lemaire. Costumes : Christian Lacroix. Lumières : Guido Levi. Dramaturgie et vidéo : Barbara Weigel. Avec : Annick Massis, Leïla ; Sébastien Guèze, Nadir ; Etienne Dupuis, Zurga ; Jean Teitgen, Nourabad. Chœurs de l’Opéra national du Rhin (Chef de chœur : Michel Capperon), Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Patrick Davin.

Troisième ouvrage lyrique terminé par , Les Pêcheurs de Perles n’a bien sûr pas connu le succès planétaire de Carmen. Pourtant, en dépit d’un livret « exotique » assez fade et approfondissant bien peu la psychologie des caractères, l’œuvre mérite notamment l’intérêt pour son invention mélodique et la richesse de son instrumentation. C’est donc avec une bienveillance teintée de gourmandise qu’on attendait cette nouvelle production de l’Opéra national du Rhin.

Pressentant dans l’intense lyrisme de la musique de Bizet que celui-ci s’y est impliqué personnellement et y a mis des allusions autobiographiques, le metteur en scène fait de Zurga un double passablement agité et torturé du compositeur, observant l’évolution de ses créatures et y intervenant. Son piano de travail, entouré des loges et galeries d’un théâtre du XIXème siècle (décors de Vincent Lemaire) et du chœur de ses spectateurs, constitue l’unique espace de jeu. L’exotisme du livret, qui situe l’action sur l’île de Ceylan, n’est qu’évoqué dans le costume de maharadjah de Nourabad ou dans les turbans et voiles qu’arborent les choristes au second et troisième actes.

Quelques images réussies (le voile de Leïla qui recouvre toute la scène, les ciels tourmentés des vidéos de Barbara Weigel, l’eau qui envahit le plateau), les drapés savants des costumes de Christian Lacroix ou les éclairages et reflets aquatiques élaborés de Guido Levi n’y pourront rien ; ce parti pris initial ajouté à une direction d’acteurs très statique, qui isole les personnages dans leur solitude, rend les ressorts de l’intrigue incompréhensibles et inhibe toute passion et toute véracité des sentiments. Ce sont des marionnettes ou des archétypes qui s’agitent sous nos yeux. Hélas, s’est fourvoyé dans sa relecture radicale et ne renouvelle pas la réussite de son Hamlet.

Difficile pour les chanteurs de traduire leurs affects dans un tel contexte. y parvient pourtant, et de superbe manière, par des moyens purement vocaux ; colorature précises et timbrées, trilles perlés, suraigus flottants et filés, variété des couleurs, intensité de l’accent, musicalité constante, rien ne lui manque pour dessiner un portrait complet et mémorable de Leïla. On était plus dubitatif quant à l’adéquation vocale de pour sa prise de rôle en Nadir. Et de fait, la Romance « Je crois entendre encore » dépourvue de voix mixte et de rêverie, aux aigus de poitrine ou en falsetto, lui convient mal. Mais à partir du duo avec Leîla, la sincérité de l’engagement – à défaut de la puissance –, le souci des nuances – pas toujours couronné de succès, la voix ayant tendance à détimbrer dans les pianissimos –, la jeunesse du chanteur finissent par rendre ce Nadir sympathique et crédible. Bien que fort malmené par la mise en scène, obligé de se rouler dans l’eau ou de se contorsionner sur son piano, le québécois Etienne Dupuis fait forte impression en Zurga à l’émission franche et nette et à la diction exemplaire, formidable de puissance et d’engagement scénique. complète la distribution avec son Nourabad au timbre riche et d’une constante noblesse.

Ardent défenseur de la musique française du XIXème siècle, démontre à nouveau toute son affinité avec ce répertoire, assurant une lisibilité parfaite des étagements sonores et révélant les subtilités de l’orchestration de Bizet. En dépit de cordes bien peu sensuelles, l’ tient sa partie avec honneur et concentration, à défaut de brillant. Le Chœur de l’Opéra national du Rhin fait, quant à lui, une nouvelle démonstration de ses capacités de plénitude dans les tutti comme de précision dans les polyphonies.

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