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Hommage à Henri Dutilleux (1916-2013)

« Qu’est-ce que la mode ? C’est ce qui se démode. Tout est là ».

Le corps marqué par le poids des ans mais l’esprit toujours vif, paraissait inusable, à l’instar de son œuvre. Détaché des querelles néo-classiques versus structuralistes, il a laissé une œuvre rare, unique, exempte de tout dogme et inscrite dans une tradition particulièrement française de l’art de l’orchestration. A force d’exigence envers lui-même, il n’a suscité que de l’admiration, et au bout du compte nul ne lui connait d’ennemis.

Issu d’un milieu ouvert à l’art (un ancêtre peintre, Constant Dutilleux, proche de Delacroix, un autre compositeur, Julien Koszul, ami de Gabriel Fauré), gravit rapidement les échelons du Conservatoire de Paris et gagne en 1938 le Grand Prix de Rome de composition. Ce n’est toutefois que 10 années plus tard qu’il signe l’oeuvre qu’il considère comme son « opus 1 », la Sonate pour piano (dédiée à son épouse Geneviève Joy) niant toutes les autres écrites précédemment.

Imperméable aux querelles esthétiques, Dutilleux n’était pas moins ouvert aux musiques de son temps, y compris le jazz et la chanson française. Dans la lignée de Stravinsky, Ravel et Bartók, il délaisse le langage tonal pour en garder les fonctions de polarité, attraction, répulsion, dissonance et consonance. De l’art du contrepoint il en retient un goût pour le jeu mathématique, nombre de ses œuvres étant écrites de forme symétrique ou en palindromes musicaux. Une musique qu’on peut aussi qualifier d’hypermnésique : citations et références sont clairement revendiquées. Pourtant, jamais de plagiat, jamais de parodie, jamais « dans le style de ». Quand Dutilleux va « de Janequin à Jehan Alain » il ne pastiche ni l’un ni l’autre. Son unique concerto pour violon L’Arbre des songes rappelle immédiatement le Concerto à la mémoire d’un ange d’Alban Berg sans jamais en citer la moindre note.

Respecté, révéré, il a su largement cultiver la rareté de ses créations. Ces 20 dernières années, chaque œuvre en première mondiale de Dutilleux était un événement exceptionnel, lui assurant ainsi de nombreuses reprises et au moins une version discographique.

Dans un entretien donné à ResMusica en 2009, il avait exprimé son regret de n’avoir pas composé d’opéra, faute d’avoir trouvé un sujet qui lui plaisait. Et de la guerre entre musique tonale et atonale, il reprenait le mot de Cocteau « Qu’est-ce que la mode ? C’est ce qui se démode». Et concluait : « Tout est là ».

Malgré une reconnaissance internationale très rapide, les honneurs ont tardé à venir. La République le hisse au grade de Grand Croix de la Légion d’honneur à l’âge de 88 ans. Le Prix Ernst von Siemens (le « Nobel » de la musique) lui est remis à l’age de 89 ans. Le MIDEM classique le récompense pour l’ensemble de son œuvre à l’age de 91 ans. Le prix à payer de l’indépendance, et surtout de quelqu’un qui toute sa vie n’a pas cherché les honneurs ; mais juste à être honorable.

Notre sélection d’articles de disques

– Le dernier disque monographique consacré à Henri Dutilleux de son vivant, par Esa-Pekka Salonen et le Philharmonique de Radio-France, avec la création mondiale du cycle Correspondances, 1 CD Deutsche Grammophon
– Création du cycle Le Temps l’Horloge par sa dédicataire Renée Fleming, Seiji Ozawa et l’Orchestre national de France, 1 CD Decca
Tout un monde lointain par Marc Coppey, Pascal Rophé et l’Orchestre Philharmonique de Liège, 1 CD Aeon – Clef ResMusica
– Pages de jeunesse de Dutilleux par les solistes de l’Orchestre de Paris, 1 CD Indesens – Clef Resmusica
– Quatuor Ainsi la nuit par les Rosamonde, 1 CD Pierre Verany – Clef ResMusica. Egalement par les Arditti, 1 CD Wigmore Hall Live
– Sonate pour piano par Monique de la Bruchellerie, 1 CD INA Mémoire Vive – Clef ResMusica

Notre sélection d’articles de concerts

Gergiev et le  Concertgebouw interprètent Métaboles en présence du compositeur en 2012  salle Pleyel.
Le ballet Le Loup (1953) avec une chorégraphie de Roland Petit est remonté à Garnier en 2010.
Henri Dutilleux très entouré en 2010 au Festival d’Auvers-sur-Oise, avec la création d’une d’une révision de Citations
– Un exemple caractéristique de la modestie d’Henri Dutilleux et de sa générosité vis-à-vis de ses pairs : « Carte blance à Henri Dutilleux », à la salle Pleyel en 2007.
Les 90 ans de Dutilleux à Radio-France, en 2006

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