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50 ans d’Ars Nova: un anniversaire très agité

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Vitry-sur-Seine. Théâtre Jean-Vilar. Festival Extension. 22-V-2013. David Hudry (né en 1978): Payasages augmentés pour ensemble instrumental et électronique; Bernard Cavanna (né en 1951): A l’agité du bocal, pour orchestre et trois ténors sur le texte éponyme de Louis-Ferdinand Céline. Géraldine Keller, chant; Paul-Alexandre Dubois, Christian Crapez, Euken Ostolaza, ténors; Pascal Contet, accordéon; Mickaël Cozien, Quentin Viannais, cornemuses; Pierre Charial, orgue de barbarie; Mihaï Trestian, cymbalum; Ensemble Ars Nova; direction Philippe Nahon.

S’il fait partie des vétérans parmi les ensembles français consacrés à la création musicale – il fête cette année ses 50 ans d’existence! – l’Ensemble Ars Nova n’en poursuit pas moins, et avec une vitalité et un rayonnement exemplaires, ses objectifs premiers: servir la création sonore tout azimut, partir à la découverte des jeunes talents et aller à la rencontre du public par le biais de nombreuses actions de médiation. Fondé en 1963 par Marius Constant – compositeur, chef d’orchestre et pédagogue hors norme – Ars Nova est confié en 1987 à la direction de qui, depuis ses 28 ans, travaillait aux côtés du Maître en tant que chef assistant.

Cette saison anniversaire maintient le cap sur la création avec une commande qui crée l’événement de cette édition festive; elle a été passée à , un compositeur avec qui Ars Nova a tissé des liens d’amitié profonds, en créant notamment sa Messe un jour ordinaire qu’il a gravé en 1998.

Créé en mars dernier au TAP, théâtre auditorium de Poitiers, où l’ensemble est en résidence en tant qu’Artiste invité, A l’agité du bocal était redonné au Théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur Scène, sous la direction de son chef et dans le cadre du Festival Extension.

La soirée commençait dès 18h30 avec un apéritif-concert dans le hall d’accueil très résonnant. On y faisait notamment circuler des valises pleines de bruits bizarres contribuant à une rumeur ambiante assez soutenue.

Le concert dans l’auditorium commençait par Paysages augmentés, une création mondiale de . Cette commande de la Muse en Circuit prenait pour thème le « paysage sonore » que le compositeur définit comme « la gamme infinie des sons au milieu desquels nous vivons quotidiennement ». Le titre « Paysages augmentés » fait référence aux « instruments augmentés », à savoir toute ingénierie technologique capable de relayer et de transformer les sonorités instrumentales. Ces outils sont mis à l’oeuvre dans cette pièce mixte convoquant une clarinette basse, un trombone, un alto et la percussion. Le climat plutôt sombre et violent fait écho au poème d’Emile Verhaeren, Les usines, extrait du recueil Les villes tentaculaires. C’est le combat de l’homme et de la machine que répercutent les impacts instrumentaux durcis sous l’effet de l’électronique. Les mots prélevés du poème sont « traités » dans le même esprit de tension/distorsion au cours de la performance vocale très spectaculaire de .

Avec son humour habituel, prenait le micro en début de seconde partie pour présenter au public sa création. A l’agité du bocal est baptisé oratorio bouffe par le compositeur qui dit porter ce projet d’envergure depuis 10 ans! Il met en musique le texte éponyme de Céline réagissant violemment au propos de Sartre, alias Jean-Baptiste, qui l’accuse d’avoir été payé par les Nazis pour soutenir les thèses socialistes. Cavanna convoque à cet effet trois ténors et un ensemble instrumental de 18 musiciens comptant un orgue de barbarie, deux cornemuses et un cymbalum, gage d’un savoureux mix populaire/savant.

La musique est à voir autant qu’à entendre dans cette « danse bachique »: avec les interventions périodiques de Patrice Petit-Didier se levant pour faire sonner son cor de chasse tel un Siegfried sur le rocher du Walhalla. L’agité du bocal a d’ailleurs son Leitmotiv/refrain donné par l’orgue de barbarie de Pierre Charial tandis que les deux cornemuses, dominant la situation, viennent par intermittence submerger l’ensemble instrumental. Mais cette vitalité presque surjouée ne laisse d’inquiéter chez Cavanna et les mots de Céline (« […] ténor des étrons, faux tétard, tu vas bouffer la Mandragore») que se partagent les trois ténors – , et , très forts en gueule – font tache dans ce « grand mélange » mi-festif mi-grinçant, mâtiné de marche militaire et autre écho guerrier. Après Karlkoop Konzert, A l’agité du bocal renoue avec « la comédie sociale et réaliste » dont Cavanna se fait le héraut, avec cette manière bien à lui, inimitable, d’être grave tout en restant léger.

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