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La Chaise-Dieu : Une Passion de jeunesse avec l’ensemble Pygmalion

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

La Chaise-Dieu. Abbatiale Saint-Robert. 30-VIII-2013. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Jean BWV 245. Sabine Devieilhe, soprano ; Terry Wey, alto ; Daniel Behle, ténor ; Thomas Hobbs, ténor ; Christian Immler, basse ; Konstantin Wolff, basse. Ensemble Pygmalion, direction : Raphaël Pichon.

Raphaël Pichon © Jean-Noël DémardBelle fidélité réciproque entre le Festival de La Chaise-Dieu et l’ puisque, pour la cinquième fois depuis 2007, et ses troupes sont venus proposer la Passion selon Saint Jean de Bach.

Après avoir fait découvrir à nombre de festivaliers les messes brèves, enregistrées sous le label Alpha, Pygmalion a pris le risque de donner ce « tube » de la musique sacrée. Risque du déjà trop entendu, de la comparaison avec les nombreuses versions entendues au disque et au concert ? « La spécificité de ces grands chef d’œuvres du répertoire, c’est qu’ils sont universels. Il n’y a aucune lassitude possible avec une œuvre comme celle-là. C’est possible avec beaucoup d’autres mais pas avec la Passion selon Saint Jean ! » répond le jeune chef.

Précédé d’une brève pièce d’orgue, voici le premier chœur qui met en situation l’œuvre. Chacun tient son rôle et son discours : les instruments de l’orchestre et chacun des pupitres du chœur dans un bel équilibre. Les mains de parlent aux musiciens…

est un évangéliste expressif et dialogue justement avec les autres solistes.

Le chœur O grosse liebe « Ô grand Amour. Ô Amour sans limite » est chanté d’une manière priante mais allante.

est un Jésus un peu dur et a choisi d’être un peu révolté : « Ne dois-je pas boire la coupe… »

L’aria Von den Stricken meiner Sünden qui suit montre un manquant de puissance et couvert par le (très) joli duo de hautbois, dans ce grand volume de Saint Robert.

« Je te suis, moi aussi, avec des pas joyeux » est parfaitement illustré par . Son timbre est clair, joyeux et presque… coquin !

Le reniement de Pierre est l’occasion d’apprécier la sensibilité, les pleurs amers et la contrition exprimés par le ténor et le chœur. Remarquable.

À ce moment de la Passion, Raphaël Pichon a choisi d’intercaler le motet a capella Ô Traurikeit, ô Herzelleid, « quelle douleur saisit mon cœur » pour rappeler la tradition de ces motets qui encadraient le sermon lors de l’office luthérien du Vendredi Saint. Excellent choix et interprétation d’abord déchirante puis, enfin, sereine.

La jeunesse du chœur est en adéquation avec le Christus, der uns selig macht porté par la direction expressive de Raphaël Pichon.

Au fil de l’œuvre, l’évangéliste de s’impose.

Bien sûr, les solistes sont là mais le chœur déroule sa superbe mais aussi sa sensibilité que ce soit dans Ach großer König, groß zu allen Zeiten, « Ah puissant Roi, grand pour l’éternité » ou dans le Kreuzige, kreuzige ; là, il enfonce les clous ! Les voix sont belles avec une note particulière pour les sopranos aux belles nuances, toujours en parfait équilibre avec les autres pupitres.

Après la mort de Jésus, un temps de réflexion, de méditation sur ce qui vient de se passer avec le motet Ecce quomodo moritur a capella. L’interprétation est magnifique. Les basses construisent une base musicale solide et belle. Un ajout très intéressant.

Le Ruht wohl est ferme, bien senti : « je ne pleure plus… ». Classique.

Le chœur final Ach Herr, lass dein lieb Engelein est donné comme une imploration sans pleurnicheries : « Après quoi, réveille-moi de la mort, que mes yeux puissent te voir en toute joie, ô Fils de Dieu » et est porteur d’espérance.

L’une des options musicales de Raphaël Pichon a été de mettre en valeur le continuo : l’orgue, le clavecin, le théorbe, la viole de gambe, la contrebasse, des éléments pour mettre en lumière certains personnages ou certains tableaux. Ceci afin d’aider à la compréhension et à mettre en lumière les grandes étapes de cette Passion.

Un plus a été apporté par le festival à ce concert avec le sur-titrage. Il permet aux spectateurs d’être au plus près de l’œuvre, d’en comprendre tous les aspects et de sentir pleinement la cohérence texte/musique.

Avec le nouveau et jeune directeur du Festival de La Chaise-Dieu, Julien Caron, nul doute que nous verrons dans les éditions futures, d’autres jeunes musiciens, bourrés de talents. La musique classique a besoin de ces jeunes pour ouvrir d’autres horizons musicaux et pour, aussi, rajeunir un public de fidèles mélomanes. C’est, aussi, à ce prix que chacune et chacun ira de découvertes en découvertes de tous les arts en… musique.

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