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Mathieu Romano, chef de choeur

Artistes, Chefs de choeur, Entretiens

Flûtiste de formation, créateur de l’ensemble vocal Aedes, fraîchement diplômé en direction d’orchestre, Mathieu Romano et son ensemble seront prochainement à l’affiche du Festival d’Ile-de-France et présents sur la scène du TCE pour La Vestale de Spontini. Rencontre avec un jeune chef de choeur qui a su se faire une place dans le monde musical.

 

Mathieu Romano« Faire du Britten ou du Poulenc est plus compliqué que de faire de la musique contemporaine »

ResMusica : L’ a été créé en 2005, professionnalisé en 2008, donc à une période où les fonds pour la culture se réduisent dans un paysage professionnel bien rempli, avec Les Elements, Arsys-Bourgogne, Accentus, Sequenza 9.3, Musicatreize, etc. Comment relever un tel défi ?
 : A vrai dire je n’y avais pas réfléchis au départ, mon ambition était de créer un ensemble vocal. Évidemment je connaissais déjà ces chœurs présents en France, mais mes modèles sont plus européens, comme le chœur Eric Ericsson, le RIAS Kammerchor, The Sixteen ou le chœur de la Radio lettonne. Aedes est d’abord une envie musicale. On entre après dans la réalité économique.

RM : Justement comment se fait-on une place ? Comment se démarquer ?
MR : Aedes s’est au début focalisé sur le début du XXe siècle, avec Poulenc ou Britten, entre autres. J’avais un son en tête pour moi pas assez présent en France, une envie d’un travail musical pas encore fait.

RM : Quel est ce son pas assez présent ?
MR : Un son nordique, très harmonique, très brillant, très homogène, mais qui peut manquer de chair, qu’on trouve dans nombre de chœurs scandinaves. Et un son dans lequel on sent l’engagement corporel, plus lyrique, typique du RIAS Kammerchor. Mon but est de prendre ces deux sonorités et de les mixer : un chant lyrique et un travail sur les harmoniques et la structure du son. C’est peut-être très utopique, mais c’est le résultat vers lequel je veux aller.

RM : A propos de répertoire, vous avez commencé avec Poulenc, on va prochainement vous retrouver dans du Spontini et pour le Festival d’Ile-de-France dans Brahms. Quelle est votre ligne artistique ?
MR : Au départ on s’est consacré au répertoire a cappella de la première moitié du XXe siècle pour créer le son. Faire du Britten ou du Poulenc est plus compliqué que de faire de la musique contemporaine. Une fois les bases acquises, il est plus facile d’aborder le répertoire antérieur. Aujourd’hui on a trois pôles principaux : défendre la musique a cappella depuis la fin de la Renaissance, promouvoir la musique contemporaine, se mettre au service d’un festival, d’un opéra ou d’un orchestre.

RM : Les chanteurs d’Aedes sont-ils fidèles ?
MR : Oui, très fidèles. A la base Aedes est un ensemble de 17 chanteurs. J’essaie d’avoir au maximum les mêmes, qui sont là le plus souvent possible. Quand je dois étoffer l’effectif, je fais appel à des supplémentaires.

RM : Comment homogénéiser un ensemble fait de solistes ?
MR : Un certain nombre des chanteurs d’Aedes ont une expérience de chœur, d’autres ont été formés à ça en ayant été dans une maîtrise ou au Jeune Chœur de Paris. Mais créer l’homogénéité prend du temps.

RM : Vous avez travaillé le son au départ avec du Poulenc. C’est une musique complexe au niveau de l’intonation. Qu’est-ce qui, dans l’œuvre a cappella de ce compositeur, est favorable à un travail choral plus que dans les pièces a cappella de Schumann ou Mendelssohn, plus simples au niveau solfégique ?
MR : D’abord c’est un répertoire qui me passionne, et avec lequel il est aisé de « faire » un son. Schumann peut être effectivement plus facile, mais pas avec un petit effectif. Ce répertoire début XXe est prévu pour un effectif de 12 à 20 chanteurs et incite à l’écoute collective pour l’intonation.

RM : Le programme du concert à venir dans le cadre du festival d’Ile-de-France est Schumann, Mendelssohn et Brahms, donc un répertoire romantique. Est-ce une première pour Aedes ?
MR : C’est le premier programme exclusivement romantique, oui. C’est un défi car on ne le fera qu’à 20 chanteurs. Mais au bout de 8 ans d’existence et de ce travail sur les harmoniques qui permet de multiplier la puissance sonore, on peut se lancer.

RM : Qu’est-ce qu’exactement ce travail sur les harmoniques ?
MR : Un chanteur émet un son de base, dit « son fondamental », duquel se dégage une série d’harmoniques, le tout avec un « formant », la voyelle avec laquelle est émise le son « fondamental ». Les harmoniques développées sur un « o » ou un « a » ne sont pas les mêmes et cela influe sur la justesse. Les chanteurs écoutent non seulement le son « fondamental » mais aussi les harmoniques, pour que la justesse soit totale. Cela développe un son brillant et puissant sans qu’il soit besoin de chanter fort. On travaille beaucoup là-dessus, cela prend du temps, en faisant intervenir des extérieurs, comme Daïnouri Choque, spécialiste du chant harmonique.

RM : Vous venez de finir un cursus en direction d’orchestre au CNSM. Comptez-vous vous orienter dans cette voie ?
MR : La direction de chœur est mon projet et ce que j’aime faire. La direction d’orchestre est une voie parallèle, de façon à réunir les deux pour des productions lyriques par exemple.

RM : Et à l’avenir ?
MR : Un disque à paraître autour des œuvres de Philippe Hersant écrites lors de sa résidence à Clairvaux, un projet d’enregistrement des œuvres sacrées de Poulenc, deux productions lyriques, L’Italianna in Algieri au TCE et Carmen au Théâtre impérial de Compiègne, en collaboration avec des chœurs amateurs de la région.

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