Requiem de Berlioz, le dernier concert de Colin Davis et du LSO

À emporter, CD

(1803-1869) : Grande Messe des morts (Requiem), op.5. Barry Banks, ténor. , , , , direction : . 2 SACD LSO Live LSO0729. Code barre : 8-22231-17292-5. Enregistré les 25 et 26 juin 2012 à la Cathédrale Saint-Paul de Londres. Notice de présentation en anglais, allemand et français. Texte chanté traduit en anglais. Durée : 94’04

 

Les Clefs d'Or 2013

Requiem de Berlioz  par Colin Davis 2012La Grande Messe des morts était l’œuvre chérie de , celle qui lui a toujours porté chance, dont il disait qu’il l’aurait sauvée d’entre toutes si on lui avait demandé de n’en garder qu’une. Il faut croire que le destin magnanime  - Berlioz était agnostique – continue à protéger cette pièce car le dernier enregistrement de Colin Davis à la tête des forces de « son » orchestre londonien en la cathédrale Saint-Paul de Londres est une magnifique réussite qui parachève de manière extrêmement émouvante la carrière de ce berliozien exemplaire.

La discographie de ce Requiem ne manque pas de temps forts, depuis le premier enregistrement par Jean Fournet et le Grand Orchestre de Radio-Paris (organe de propagande pendant l’Occupation nazie) en l’église Saint-Eustache en 1943 (Designo) en poursuivant par les enregistrements de Beecham avec le Royal Philharmonic Orchestra (BBC Legends), Münch et l’orchestre de la radio bavaroise (DG), Hermann Scherchen avec l’orchestre de l’opéra en 1958 (Tahra) et Leonard Bernstein avec l’orchestre national de France en 1976 (DVD Kultur Films Inc.) – enregistrées toutes deux en l’église Saint-Louis des Invalides (où l’œuvre a été créée en 1837).

lui-même l’a enregistrée trois fois pour le disque, avec le en 1969 au sein de leur célèbre cycle Berlioz (Philips), avec la Staatkaspelle de Dresde en 1994 (Profil Medien – les couleurs moins idiomatiques du chœur germanique font de cet enregistrement une version intéressante mais d’approfondissement) et donc à nouveau avec le London Symphony en 2012. Si Colin Davis ne propose pas les versions les plus expressives et « tripales » au sein de cette sélection, le (augmenté en 2012 du ) s’impose par deux fois par la finesse de sa texture. Cette qualité manifeste en 1969 avait fait de l’enregistrement la référence de l’œuvre.

Cette nouvelle version étonne à la première écoute par l’acoustique fortement réverbérée de la cathédrale Saint-Paul, qui entraîne un ralentissement du tempo. Pas d’alanguissement, mais au contraire une émotion et un engagement particulièrement forts de tout l’orchestre et des choeurs. Il dirige assis et annule désormais la plupart de ses engagements. Si aucun compte-rendu à la sortie des concerts londoniens n’envisage qu’il s’agit pour Colin Davis de son testament discographique, son état de santé est alors très affaibli, et tout le monde sait que ses prestations sont comptées. Il maintiendra ces deux concerts des 25 et 26 juin, qui resteront les derniers à la tête de « son » orchestre londonien, celui avec lequel sa carrière est indissociablement associée.

Colin Davis serait resté dans les annales de l’Histoire de la musique pour son engagement constant à défendre la musique de Berlioz et à la réhabiliter dans son intégrité, en particulier pour Benvenuto Cellini et Les Troyens dont il assurera les premières publications discographiques intégrales et dans des conditions artistiques de classe internationale. Davis mériterait également de rester dans l’Histoire de la musique enregistrée pour avoir su lancer en précurseur en 2000 le label auto-produit à prix économique du LSO Live et démontrer leur pertinence éditoriale alors qu’il n’intéressait plus les majors du disque. Davis avait démontré qu’il était capable de surpasser artistiquement ses propres enregistrements de référence, et qu’il y avait bien encore un marché discographique pour lui et son orchestre. Sa seconde version des Troyens s’était écoulée à 40.000 exemplaires en quelques semaines, assurant un lancement retentissant à son entreprise.

Pour toutes ces raisons, cette Grande Messe des morts à Saint-Paul est bien davantage qu’une belle interprétation d’un chef-d’œuvre de la musique occidentale, dont on peut analyser et comparer les caractéristiques interprétatives. Elle est le témoignage d’un moment où un homme et ses musiciens savent qu’ils communient pour la dernière fois dans l’amour d’une musique qu’ils su ont porté à des sommets, toute une vie durant, et pour le monde entier

Cet enregistrement a été choisi par nos lecteurs pour figurer dans le palmarès des « Clefs d’Or ResMusica 2013 / Le choix des lecteurs ».

Imprimer
Mots-clefs de cet article

Cet article a été mentionné 1 fois sur d'autres sites :

  1. Clefs d’Or ResMusica « Gold Keys » : The Winners 2013 « English « ResMusica

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.