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Mikhaïl Pletnev exceptionnel à Pleyel dans Rachmaninov

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Salle Pleyel. 15-X-2013. Jean Sibelius (1865-1957) : Le retour de Lemminkäinen op. 22 n°4 ; Concerto pour violon op. 47 ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°2 op. 27. Gidon Kremer, violon. Orchestre national de Russie, direction : Mikhaïl Pletnev.

Gidon KremerL’ est une formation dotée d’une grande cohérence, d’une sonorité très personnelle, ce qui en fait incontestablement un outil de choix pour les chefs ! On pourrait s’étaler encore longuement sur ses qualités d’ensemble … il est un pupitre qu’il est néanmoins impossible de ne pas mentionner tout spécialement, celui des cuivres, qui imposent leurs timbres puissants et chaleureux, et en particulier les trois trombones, dont la capacité à capter l’attention des auditeurs alors même que leurs parties étaient ce soir modestes, en dit long.

Côté programme, avait choisi trois oeuvres très classiques, mais exigeantes et éreintantes pour les interprètes – on pense à la symphonie !

Il nous proposait ainsi en ouverture de concert Le retour de Lemminkäinen de Sibelius, une pièce qui peine à faire sens dès la première audition. L’auditeur est en effet emporté par un flux de notes aux cordes, cependant que les bois et les cuivres émergent tour à tour de ce magma pour lancer de courts motifs comme autant de bouteilles à la mer – à nous de les saisir, ou de les laisser dériver. L’ensemble nous laissait quelque peu dubitatif.

Dans le Concerto qui suivait, le pourtant toujours très attendu peinait à trouver le ton poétique et romantique nécessaire. Littéralement rivé sur sa partition, il nous livrait une interprétation très « premier degré », passait allègrement à côté du mystère de la première phrase, jouait les traits suivants parce qu’ils sont notés, quelquefois à l’arraché d’ailleurs, exécutait de façon bien morne l’adagio, pour ne se révéler véritablement que dans le final, (enfin !) emporté par l’élan général. On ne cachera pas notre grande déception à l’issue de l’oeuvre.

Heureusement, la soirée n’était pas terminée, et après la pause, reprenait pleinement la main pour nous livrer une interprétation exceptionnelle de la Deuxième Symphonie de . Pourquoi exceptionnelle ? Parce que cette oeuvre massive, aux textures denses, aux motifs récurrents et toujours finement variés par le compositeur nécessite une lecture qui soit analytique sans pour autant que la veine romantique de ces pages s’en trouve asséchée. Une sorte de grand écart musical admirablement réalisé notamment dans le final, qui combine (on devrait dire intrique) l’ensemble des thèmes de l’oeuvre avant une péroraison monumentale, proportionnée aux dimensions de l’ensemble. Le Scherzo est par ailleurs tellurique à souhait, l’Adagio absolument bouleversant – un grand moment de musique, en somme. Et comme l’orchestre et le chef étaient justement abondamment salués, ils nous offraient en bis la célèbre Vocalise du même Rachmaninov.

Crédit photographique : © Alberts Linarts

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