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L’île des sept sœurs de l’Opéra de poche à Paris

La Scène, Opéra, Opéras

Paris, théâtre Adyar. 18-X-2013. Evan Fein (né en 1984) : The Island of the Ugly Sisters [L’Ile des sept soeurs], opéra sur un livret d’Emily Anderson. Mise en scène : Chloé Latour ; costumes : Barry Spann. Avec : Lucie Mouscadet, Sophronia ; Isabelle Fallot, Alice ; Arnaud Le Du, Luke ; Vincent Billier, Henry. Piano : Florestan Boutin

Opéra de PochePour sa troisième création mondiale l’Opéra de poche, monte l’histoire d’une petite ville du Sud des États Unis, envoûtée par l’apparition de sept femmes plus laides l’une que l’autre. Cette œuvre a été crée à Moulins, puis à Carnac l’été dernier, et à Paris, au théâtre Adyar, le 18 octobre 2013. Sur la scène vide, cinq panneaux noirs. Un orage gronde. Le vent agite les ombres. Les eaux du fleuve montent. Au matin, bien au chaud dans sa cuisine, Tante Alice fait la vaisselle. Oncle Henry raconte la furie de la nuit, les inondations, et les voix qu’il entendait, peut-être en rêve. Mais non. Luke arrive. Il a vu des femmes sur l’île qui est au milieu de la rivière, en face de la maison. Apparues comme des anges sortis de la nuit, laides comme des envoyées du diable, ce sont les sept sœurs. On ne saura rien d’elles, ni leurs noms, ni leur histoire, sinon qu’elles sont laides. Monstrueuses. S’inspirant d’une histoire vraie, , la librettiste, a écrit un conte d’amour et de mort, la sollicitude dans la mort, l’amour comme un rêve où peut s’insinuer même la mort.

Mélodieuse et narrative, la musique d’ raconte et illustre cette histoire improbable, et en fait éclore la poésie. Les chanteurs aussi font partie du poème, ils habitent complètement leurs rôles et leurs voix se sont parfaitement approprié la mélodie. Car cette œuvre semble n’être qu’un seul air sorti de l’orage, comme la lumière sort de la nuit. Les motifs se suivent et se répondent, l’un entraînant l’autre, dans une continuité plaisante et familière. Trompeuse pourtant, plus complexe qu’elle n’en a l’air, puisque les rythmes se superposent sans qu’on s’en aperçoive. Impressionniste, entre folk song et lied, elle fait parfois penser à Debussy, avec des moments si ténus qu’on retient son souffle. « C’est l’harmonie gelée, explique le compositeur, la musique s’étire presque une minute sur un seul accord, comme lorsque la plus jeune des sœurs apparaît, et avec elle un monde pas tout à fait de ce monde ». Le décor de Barry Spann souligne, lui aussi, la duplicité des choses. Chaque panneau noir se retourne, pièce d’un puzzle, le paysage de nos âmes, qui ne se révèle qu’à la fin dans son intégrité mystérieuse. Comme une vie humaine.

Opéra de Poche

Commande de l’Opéra de poche aux deux auteurs américains, L’Île des sept sœurs est un chamber opera à la manière de Britten, un opéra d’une heure, avec quatre personnages et un orchestre réduit ou une transcription pour piano. Après avoir mis sur pied une collaboration fructueuse avec la Chine, à Pékin et Shanghai, Bernard Mouscadet souhaite ancrer sa troupe à New York où l’œuvre sera montée en 2014. Écrite sur mesure pour leurs voix, L’Ile des sept sœurs est un merveilleux écrin pour les chanteurs, que le piano versatile et précis de porte et emporte, comme une barque qui saurait où elle va. « J’aime donner au public des mélodies qu’il puisse emporter avec lui » dit souvent . C’est le cas avec cet opéra qui nous hante encore longtemps, …longtemps après que les poètes ont disparu.

Crédit photographique : © Opéra de poche

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