Le Livre de Notre-Dame, en création mondiale, œcuménique et inspiré

Concert, La Scène

Paris. Cathédrale Notre-Dame. 22-X-2013. Le Livre de Notre-Dame (création mondiale) : (né en 1976) : En clara vox ; Bruno Ducol (né en 1949) : Une aube en clair-obscur ; Jean-Pierre Leguay (né en 1939) : Du fond de l’abîme ; (né en 1972) : Voici le sacre du Royaume ; Caroline Marçot (née en 1974) Alleluia, Lapis revolutus est. Messe brève : Edith Canat de Chizy (née en 1950) : Kyrie ; (né en 1965) : Sanctus ; (né en 1961) : Agnus Dei. (né en 1966) : Tantum ergo Sacramentum. Eric Lebrun (né en 1967) : Aujourd’hui le Créateur des jours ; (né en 1977) : Un grand vent s’est levé. (né en 1962) : De fructu operum ; Michèle Reverdy (né en 1943) : Femme revêtue de soleil. (né en 1982) : Sancta et immaculata ; (né en 1964) : O Notre-Dame du soir. Yves Castagnet, Denis Comtet, orgues de chœur. , choeur d’enfants ; direction :

Maitrise Notre-Dame de Paris - (c) Musique Sacrée à Notre-Dame de Paris

Les célébrations musicales du jubilé des 850 ans de Notre-Dame de Paris qui se sont étendues sur toute l’année (il s’est ouvert avec les Vêpres de la Vierge de Monteverdi en décembre 2012) arrivent bientôt à leur terme, avec en point d’orgue – si l’on ose dire – deux soirées de création musicale,  la création le 22 octobre du Livre de Notre-Dame, composé de douze motets et d’une messe brève écrits par quinze compositeurs français, et le Vêpres de la Vierge de Philippe Hersant le 10 décembre.

L’ambition du Livre de Notre-Dame est d’enrichir le répertoire avec un cycle de pièces pour chœur d’enfants et orgue qui suivent les temps forts de l’année liturgique, et peuvent ainsi être jouées séparément ou comme intégralement. Œcuménique dans son esprit et son objectif, le cycle a été composé par des compositeurs (12 hommes, 3 femmes) nés entre 1939 et 1982, avec le souci de ne pas privilégier telle ou telle chapelle musicale, ou de rentrer dans le débat tonal contre atonal, et les influences grégoriennes ou la consolation alla Franck Martin font également le lien entre les grandes familles de pensée de la chrétienté, catholique, orthodoxe et protestante. La diversité qui en résulte, unifiée par la restriction à un chœur d’enfants et à un ou deux orgues de chœur, donne une impression de richesse, comme si leur succession dans une volonté pacificatrice et d’écoute mutuelle faisait mieux ressortir leurs qualités respectives.

L’ordonnancement des pièces contribue à l’impression d’une œuvre complète, depuis l’introductive En clara vox de qui propose une belle tension avec des interventions du chœur qui se superposent comme des tuiles avant de partir en élancements de flèches mettant bien en valeur l’acoustique de la nef, jusqu’à la conclusion consolante de O Notre-Dame du soir d’ qui trouve le ton qui s’impose, chant de réconciliation entre communautés et avec une belle montée dynamique finale. Il avait été envisagé initialement de conclure l’œuvre par la Messe brève, mais l’Agnus Dei de , certes beau et même touchant dans son final, était trop doux et régulier pour achever le cycle.

Honneur aux dames, si elles représentent le cinquième de l’effectif, leurs contributions constituent toutes des temps forts du Livre. dans Femme revêtue de soleil se sent un peu à l’étroit dans une écriture vocale qui se doit d’être de « difficulté moyenne » alors elle compense par des interventions de l’orgue qui tranchent par leur complexité. Ce qui est perdu en unité est compensé par une vraie richesse d’invention. L’Alleluia, Lapis revolutus est de est animé, joyeux comme il se doit, et sa variété constante de rythmes et de modes de déclamation, le dialogue avec l’orgue, en font une des meilleures surprises du cycle. Sombre au contraire, et lui succédant directement, le Kyrie d’ compte parmi les moments les plus douloureux et inspirés, avec des ondulations plaintives et comme déformées par la distance donnant un sentiment de plainte hors du temps.

Honneur aux organistes également, , le benjamin (né en 1982) et Yves Castagnet déjà mentionné, sont tous en osmose avec leur sujet. Escaich a l’exercice délicat du Sanctus qui se doit d’être une célébration ni creuse ni pompeuse. Il y parvient superbement en développant une énergie circulaire qui semble se développer sur elle-même et finit en rayonnant. Thomas Lacôte est à coté de Caroline Marçot l’autre meilleure surprise du cycle. Sa Sancta et Immaculata propose l’alliance la plus captivante entre chœur, voix soliste et orgue. L’écriture pour l’orgue a de la personnalité dès l’introduction, et l’articulation avec les voix capte l’attention. Avec le matériau musicalement le plus simple, le chœur semble davantage remplir l’espace.

La , fort bien menée par , devrait conserver ce cycle à son répertoire. Il est un beau témoignage que la prolixité et la profusion de notre temps forment un terreau fertile d’inspiration pour les hommes et les femmes de toutes générations et de toutes obédiences, dans leur recherche du transcendant.

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