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Bartók et la modernité hongroise à Orsay

Concerts, Expositions, La Scène

Paris, Auditorium du Musée d’Orsay. 26-XI-2013. Ernö Dohnányi (1877-1960) : Sextuor en do majeur pour piano, cordes et vents op. 37 ; Zoltán Kodály (1882-1967) : Intermezzo ; Béla Bartók (1881-1945) : Contrastes Sz 111 ; Danses populaires roumaines Sz 56 (arrangement pour clarinette, cor, violon, alto, violoncelle et piano). Ensemble Musica Nigella : Nicolas Ducloux, piano ; Pablo Schatzman, violon ; Laurent Camatte, alto ; Annabelle Brey, violoncelle ; François Miquel, clarinette ; Takénori Némoto, cor.

Laurent_Camatte©Jean_RadelL’exposition du Musée d’Orsay consacrée à la peinture hongroise, forcément éclipsée par les nudités masculines, vaut cependant le détour. Elle présente des artistes qui ont côtoyé Bartók et Kodály, principalement des fauves et des cubistes. La série de concerts qui l’accompagne est également intéressante, offrant notamment les six quatuors de Bartók.

Ce concert du midi soulève la question de l’influence du folklore dans la musique postromantique hongroise. L’ donne ainsi, par contraste, le beau Sextuor d’, pièce de 1935 indéniablement passéiste et germanisée. Mais il est juste de remarquer les accents magyars du Finale, et de d’observer combien l’Intermezzo pour trio à cordes du jeune Kodály (1905) demeure lui aussi tributaire de Brahms. La question se pose également aux interprètes : les éléments folkloriques doivent-ils appeler un jeu généralement plus appuyé, des attaques et des inflexions plus rudes ? Ce n’est apparemment pas la conception des musiciens, même dans les œuvres de Bartók. Dans les Danses populaires roumaines, l’arrangement pour clarinette, cor, violon, alto, violoncelle et piano met d’ailleurs l’aspect folklorique au second plan, avec un résultat fort sympathique. Dans les Contrastes, en revanche, on est frappé par la différence entre le jeu plutôt classique du pianiste et du clarinettiste, et l’expressivité très personnelle du violoniste Pablo Schatzman. Sans doute faut-il y voir l’influence de son maître Tibor Varga ?

Tout au long du concert, le jeu de Musica Nigella demeure de grande qualité. Les Contrastes, on l’a dit, peuvent paraître inégalement caractérisés, bien que le propos demeure clair et articulé. Cela dit, le reste du programme est mené avec une conviction manifeste et un bel équilibre sonore. Certes, le corniste (également directeur musical de l’ensemble, et, certainement, auteur de l’arrangement des Danses) doit lutter contre une atmosphère défavorable à la justesse pour marier sa sonorité avec celle de la clarinette ou des cordes. Mais l’élan du Sextuor de Dohnányi, la finesse de l’Intermezzo de Kodály, la joliesse des Danses populaires roumaines montrent que la qualité d’ensemble déjà constatée lors du Voyage d’hiver donné à l’Athénée en 2012, se prête aussi à la musique de chambre.

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