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Le général Rousset ouvre le feu ramiste à Dijon

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Dijon. Auditorium, 14-II-2014. Rameau, le génie de l’orchestre, œuvres pour orchestre de Jean-Philippe Rameau (1683-1764). Extraits de plusieurs opéras et opéras-ballets : Hippolyte et Aricie (1733), Les Indes galantes (1736), Platée (1745) et Castor et Pollux (1754). Ensemble Les Talens lyriques. Direction : Christophe Rousset.

cr_ceric_larrayadieu_0891Sollicité à la dernière minute pour ce concert Rameau qui ouvre la saison, dédiée comme il se doit au musicien dijonnais qu’est , nous fait l’honneur de dévier de sa trajectoire de Paris à Bordeaux, où il va diriger Les Indes galantes.

Une soirée pour découvrir des pages instrumentales connues et moins connues, tirées de ses opéras, pages qui furent en leur temps déjà très appréciées. En effet, si le « tube » qu’est le rondeau des Sauvages tiré des Indes galantes ne sera malicieusement joué qu’en bis, beaucoup d’extraits plus oubliés, comme les ouvertures des opéras ou comme des loures ou autres passepieds, nous rappellent que Rameau fut plus qu’un théoricien, il fut aussi un génial orchestrateur.

sont une phalange reconnue et ce n’est que justice : on apprécie sa cohésion, la précision extrême des « fusées » des cordes aigües, comme dans les Airs pour les Fous gais, tiré de Platée, la mise en valeur de la fugue dans la Ritournelle des Incas, et la virtuosité solide des orages de Platée ; les flûtes sont charmantes dans l’Air pour Borée des Indes galantes et touchantes dans la Sarabande de Castor et Pollux, les piccolos endiablés à souhait dans le Rigaudon des Indes. Le trio d’anches intervient judicieusement dans les chaconnes d’Hippolyte et Aricie et de Castor et Pollux ou dans le passepied de Platée, et les hautbois coassent ironiquement et justement dans le tambourin du même opéra. L’orchestre est donc extrêmement réactif aux indications d’un chef survolté.

est visiblement très engagé dans la cause ramiste. Il milite pour faire connaître la musique de ce grand homme, et se bat sur tous les fronts puisqu’il a écrit une monographie sur ce musicien en 2007, et aussi parce qu’il donne symboliquement à son ensemble le nom du sous-titre des Fêtes d’Hébé. Il a parfaitement raison aussi de préciser, en début de soirée, les visées de , et comment sa conception de la prédominance de l’harmonie sur la mélodie se retrouve dans ses compositions. A l’aide d’exemples, le chef et son orchestre démontrent clairement comment Rameau s’oppose en tous points à Rousseau, qui fut révélé par les académiciens dijonnais. Ainsi on écoute autrement les sauts de septième de l’Ouverture des Indes Galantes ou la très belle coda harmonique de celle de Platée.

Christophe Rousset est-il victime de sa gentillesse ? Sans doute… En effet, cette soirée improvisée est menée tambour battant, et les tempi hyper rapides laissent parfois une impression d’étouffement. On semble atteindre aux limites de la compréhension auditive, pour les parties rapides des ouvertures notamment. Il faut savoir faire respirer la musique, sinon elle finit par laisser s’échapper le public. Que Rameau ait su donner de la nervosité à ses symphonies et à ses danses, Christophe Rousset nous en convainc à coup sûr, car l’énergie qu’il dégage est communicative. Pourtant, il sait aussi faire ressortir la naïve nostalgie des menuets de Platée ou la tendre folie des Fous Tristes

Crédit photographique : Christophe Rousset © Eric Larrayadieu

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