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Flórez à la croisée des chemins

À emporter, CD, Musique de chambre et récital, Opéra

François-Adrien Boieldieu (1775-1834) : « Ah quel plaisir » et « Maintenant observons… Viens, gentille dame », extraits de La Dame blanche ; Georges Bizet (1838-1875) : « Elle est là… À la voix d’un ami fidèle » ; extrait de La Jolie fille de Perth ; Gaetano Donizetti (1797-1848) : « Un ange, une femme inconnue », extrait de La Favorite ; Hector Berlioz (1803-1869) : « O blonde Cérès », extrait des Troyens ; Adolphe Adam (1803-1856) : « Mes amis, écoutez l’histoire », extrait du Postillon de Longjumeau ; Léo Delibes (1836-1891) : « Prendre le dessin d’un bijou… Fantaisie aux divins mensonges », extrait de Lakmé ; Jules Massenet (1842-1912) : « O Nature, pleine de grâce » et « Toute mon âme est là ! Pourquoi me réveiller ô souffle du printemps », extraits de Werther ; Ambroise Thomas (1811-1896) : « Oui je veux par le monde promener librement mon humeur vagabonde », extrait de Mignon ; Jacques Offenbach (1819-1880) : « Au Mont Ida trois déesses », extrait de La Belle Hélène ; Charles Gounod (1818-1893) : « L’amour ! L’amour ! … Ah ! lève-toi, soleil ! », extrait de Roméo et Juliette. Avec : Juan Diego Flórez, ténor. Sergey Artamonov, basse. Choeur du Teatro Comunale de Bologne (chef des chœurs : Paolo Vero). Orchestra del teatro comunale di Bologna, direction : Roberto Abbado. 1 CD Decca 478 5948. Code-barre: 028947 859482. Enregistrement effectué au Teatro Manzoni de Bologne du 3 au 16 juillet 2013. Notice de présentation trilingue (anglais, français et allemand). Durée : 64’15’’.

 

Juan Diego Florez L'amour DeccaLe dernier récital de datant de 2010, la parution de ce CD permettra à certains de faire l’état des lieux sur l’évolution vocale et artistique d’un des chanteurs les plus doués de notre époque. Depuis cette date, plusieurs prises de rôle importantes ont en effet marqué l’univers de ce rossinien accompli – Guillaume Tell à Pesaro en 2013, mais aussi Nadir des Pêcheurs de perles à Las Palmas en 2012 – et l’on est en droit de se demander quel sera dans les temps prochains le parcours musical de ce jeune quadragénaire qui enchante les salles d’opéra depuis bientôt une vingtaine d’années.

Tout d’abord, qu’on se rassure ! L’instrument est impeccablement préservé, et Juan Diego continuera à n’en pas douter à ravir ces fans pour encore deux décennies à venir. L’aigu et le suraigu sont rayonnants, et le timbre a acquis avec les années une rondeur et une couleur barytonales qui enrichissent une des plus belles voix de notre génération. A-t-on jamais entendu un Iopas des Troyens – « O blonde Cérès » à la voix aussi charnue, ou un postillon aussi vitaminé à Longjumeau ? Gérald de La Dame blanche confirme les affinités de Flórez pour ces rôles de demi-caractère, même si les rondeurs et la richesse de son instrument le destinent désormais vers des emplois légèrement plus lourds. Dans les dix minutes extraites de La Favorite, Flórez confirme son expertise et ses affinités avec le répertoire du bel canto, dans lequel il reste aujourd’hui sans égal. Et l’on découvrira à ses côtés l’opulence et la noirceur de la basse russe .

Le programme relativement original de ce CD permet d’entrevoir des pistes pour les prises de rôle à venir. Le juvénile Roméo avec lequel se clôt cet enregistrement permet ainsi d’imaginer également, pourquoi pas, un futur Faust. Et si Gérald de Lakmé, parfaitement phrasé, … de La Jolie fille de Perth ou encore Wilhelm Meister de Mignon ne feront sans doute jamais partie du répertoire du ténor péruvien, Werther, dont deux airs figurent sur ce récital, semble l’attendre au tournant. Les rondeurs vocales de Flórez en feront assurément un protagoniste pour l’opéra de Massenet de loin préférable à celui de son prédécesseur Alfredo Kraus, Werther stylé mais à la voix pas toujours adaptée à l’écriture de ce rôle emblématique entre tous. Le parallèle entre les carrières de Kraus et de Flórez constitue un fil conducteur de l’ensemble de ce CD.

On notera également – et sans doute est-ce là l’effet du programme, bien plus éclectique qu’à l’accoutumée – une variété stylistique qu’on ne trouvait pas toujours dans les précédents récitals. L’extrait de La Belle Hélène d’Offenbach fait ainsi valoir des qualités d’humour et d’ironie dont ne sont pas toujours capables les interprètes étrangers s’attaquant à l’opérette française. Par ailleurs, les progrès effectués dans notre langue laissent entrevoir eux aussi, et avec le plus grand optimisme, les prises de rôle à venir.

L’italianité assumée de et de l’Orchestre du Teatro Comunale de Bologne ne constituait peut-être pas le contexte idéal pour un tel programme, et peut-être un peu de rigueur stylistique aurait-elle permis de « franciser » davantage ces ouvrages du XIXe siècle à l’esthétique aussi spécifique. On n’en appréciera pas moins le chatoiement des couleurs orchestrales, ainsi que le lyrisme de la direction qui rend certaines de ces pages véritablement excitantes. Quoi qu’il en soit, avec un chef et un orchestre plus adaptés à ce répertoire, nul doute que nous nous dirigeons vers de passionnants rendez-vous.

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