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Les 30 ans du Printemps des Arts

printemps monacoCette édition 2014 du Printemps des Arts de Monaco célèbre les 30 ans du festival monégasque.  Articulé sur 5 week-ends, comme toujours répartis entre mars et avril, le Printemps des Arts poursuit ses explorations inusitées sous la houlette de , son imaginatif directeur.

Haydn et Scriabine sont les deux compositeurs transversaux de cette cuvée 2014. Mais comme toujours ne se contente pas de facilités et il cherche à proposer aux publics des raretés ou des découvertes. Ainsi de Haydn, la soirée baroque organisée dans l’écrin prestigieux de l’Opéra Garnier, offrait une sélection des rares Trios avec baryton. De Scriabine, le Printemps des arts donnait à entendre le Poème du Feu-Prométhée tel que le compositeur l’avait envisagé avec des projections de lumière. Mais, le festival c’est aussi des cartes blanches offertes à des jeunes diplômés du CNSM de Paris, sans oublier les petites surprises comme les commandes de pièces instrumentales de 3 minutes à différents compositeurs : au nombre de 13, elles visent à marquer le caractère exceptionnel des 30 ans.  Amateur de transgression entre les genres, Marc Monnet avait convié le poète Charles Pennequin à réciter ses créations en introduction de certains concerts.

Le  sommet de ce week-end résidait dans un grand concert Scriabine programmé au Forum Grimaldi tant l’immensité de l’effectif instrumental requis nécessitait une salle adaptée au défi technique. Fidèle collaborateur du Printemps des Arts, l’ était dirigé par , solide musicien tenant de la grande tradition russe d’interprétation. Sa direction précise et puissamment colorée construisait pierre par pierre l’incroyable colosse orchestral du Poème de l’Extase et de Prométhée/ Le Poème du feu. Le chef gardait un tempo assez ample pour faire ressortir la richesse de l’orchestration et l’éclat des alliages instrumentaux. Malgré le manque de précision acoustique du Forum Grimaldi, la puissance tellurique des fortissimos submergeait le public. Dans le Poème du feu, l’orchestre était rejoint par le pianiste , l’un des fidèles partenaires des explorations du festival. Son jeu rayonnant s’additionnait à la richesse des textures harmoniques de Scriabine. L’expérience du concert se voulait complète avec la projection de couleurs telles que Scriabine les avaient prévues lors de la composition du Poème du feu. La puissance musicale et ces jeux de couleurs, répondant à la beauté des textures, faisaient de cette performance un évènement en soi. Selon une idée, initiée pour cette édition, certaines pièces étaient données deux fois : ce fut le cas du Poème du feu. Cependant le public, assez surpris, déserta en masse après la première exécution. L’initiative n’en reste pas moins essentielle tant la masse orchestrale et l’inventivité du composteur nécessitent une seconde écoute pour en apprécier les détails.

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En matinée, dans le cadre des concerts offerts aux jeunes diplômés du Conservatoire de Paris.   était en charge d’un récital Scriabine. A travers des œuvres aussi exigeantes que les Sonates n°1 et n°7 et une sélection de courtes pièces, le musicien permettait au public de se familiariser avec l’esthétique pianistique de Scriabine. Les auditeurs apprécièrent particulièrement la qualité des touchers, la variété des couleurs et le sens de la construction narrative de ce jeune pianiste français.

L’hommage à Haydn était illustré par plusieurs évènements dont une soirée de quatuors confiée au redoutable quatuor Parker. Vainqueur du concours  de Bordeaux (2005), cette jeune formation a déjà remporté un Grammy Award (2011). Formé au New England Conservatory, l’école étasunienne qui ne cesse de monter, ce quatuor présente un niveau de culture stylistique digne d’éloges. Dans les Quatuors à cordes n°23 et n°66, il fit valoir sa précision et sa cohésion. Certes, le travail d’ensemble mériterait d’être un peu moins volontairement sous contrôle, mais avec la maturation des années, les jeunes artistes du Parker pourraient s’affirmer comme l’un des grands quatuors à cordes de leur époque.

Rolf LislevandHaydn était aussi présent lors d’une « Nuit baroque » toute en contrastes. La première partie, dédiée à des pièces instrumentales espagnoles et italiennes du XVIIe siècle, fut d’un très haut niveau. L’Ensemble Kapsberger mené par le luthiste et théorbiste faisait danser Toccata, Fandango, Zarambeques et Tarantelas. On est ici dans la quintessence du baroque méditerranéen, luxuriant et enchanteur, d’autant plus que les Kapsberger sont superlatifs. La seconde partie offrait un changement de registre radical avec les plus austères et rigoureux Trios avec baryton de Haydn. Certes, l’ensemble L’Amoroso est appliqué, mais le manque d’éclat des œuvres et l’extrême respect musical de l’interprétation rendent ces 5 trios plutôt monotones et longs…

Compositeur lui-même, Marc Monnet se plait à défendre le répertoire contemporain. C’est tout naturellement que le saxophone était à l’honneur avec un récital de la jeune Carmen Lefrançois, autre diplômée du CNSM, accompagnée par le pianiste Nathanaël Gouin, pensionnaire de la Chapelle Musicale  Reine-Elisabeth de Belgique. Cette heure de récital confrontait des pièces  solistes et des duos avec piano de , Alfred Desenclos, , et . Toutes les potentialités musicales du saxophone étaient illustrées par ces partitions.

Deux des 13 créations instrumentales étaient au programme de ce week-end : la Cigarette de et Ardendo de . Il fallait toute la dextérité et l’engagement de la violoniste Constance Ronzatti pour humaniser ces deux micro-pièces.

On ressort donc de ce beau week-end de concert, séduit par les esthétiques, les styles et les rencontres musicales bigarrées qui font la force et l’originalité du Printemps des arts.

Crédit photographique : Affiches et concert Scriabine © Printemps des arts 2014/Alain Hanel ;  © Francesca Pfeffer

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