Musica2

Treizième édition des Rencontres Internationales de Composition de Cergy-Pontoise entre Terre et Ciel

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Rencontres Internationales de Composition de Cergy-Pontoise. Cergy, Théâtre 95, du 1 au 6 IV 2014. Mathias Berthod (né en 1987) : Il y a sur un poème de Max Jacob pour soprano et ensemble ; Franck Bovet (né en 1984) : Nuit Polaire sur un poème de Max Jacob, pour baryton et ensemble ; Daniele Locatelli (né en 1985) : Purgatoire sur un poème de Max Jacob pour baryton et ensemble ; Manon Bautian, soprano ; Laurent Bourdeaux, baryton. Marine Simon et Floriane Fontan, comédiennes.
Xu Yi (né en 1967) : Wu Zetian – Impératrice entre Terre et Ciel (CM), opéra en 3 actes sur un livret de Agnès Marietta; Adelaïde Rouyer, L’Impératrice ; François-Nicolas Geslot, L’Empereur ; Hyun Mi Sim, La Suivante ; Aurélia Perrier, La Première épouse ; Zhaofeng Liao, Taizong. Choeur d’élèves du CRR de Cergy-Pontoise (chef de choeur : Caroline Gaulon). Orchestre studio de Cergy-Pontoise ; Assistante musicale Grame, Mathilde Billaud ; direction : Andrée-Claude Brayer

yi-xuLe concert de clôture de la treizième édition des Rencontres Internationales de Composition, organisées du 1er au 6 avril par le Conservatoire à Rayonnement Régional de Cergy-Pontoise en partenariat avec l’Université de Cergy-Pontoise, mettait au programme les oeuvres des trois jeunes compositeurs retenus par le comité de sélection et la création mondiale (commande d’état) de l’opéra Wu Zetian – Impératrice entre Terre et Ciel de la compositrice d’origine chinoise qui a enseigné la composition au CRR de Cergy-Pontoise de 2001 à 2003.

Les Rencontres Internationales de composition sont une formidable initiative lancée en 2001 par , directrice du CRR de Cergy-Pontoise, qui les porte à bout de bras avec une énergie hors norme. Elle était en effet au pupitre de direction pour l’ensemble du programme, à la tête des musiciens de l’Orchestre Studio du Conservatoire. Au cahier des charges de la commande passée cette année à cinq étudiants venus du monde entier (argentine, Italie, Liban, Belgique et France), l’invitation à mettre en musique les poèmes de Max Jacob, écrivain célébré par le Printemps des poètes 2014 auquel participe l’Université de Cergy-Pontoise. Deux comédiennes de la Classe d’Art dramatique du CRR venaient dire, et fort bien, les poèmes avant chaque exécution. Au palmarès, Il y a, la pièce de Mathias Berthod, étudiant de la classe de composition de Cergy-Pontoise, séduit par son originalité et sa maîtrise formelle. Mathias Berthod remporte également le prix du public. C’est Daniele Locatelli (Italie), sélectionné lui aussi par le comité de lecture pour sa partition Purgatoire, qui obtient la commande (500 euros) du Festival d’Auvers sur Oise ; le troisième lauréat, Frank Bovet (Belgique) pour Nuit Polaire, est primé par l’Université de Cergy-Pontoire et recevra les oeuvres complètes de Max Jacob.

donnait le coup d’envoi de l’opéra de , créé en version de concert, en faisant elle-même résoner le gros gong mis à sa portée. Adaptée pour l’opéra par la librettiste Agnès Marietta, l’histoire, en français, fait revivre, sous la dynastie des Tang (618-907), le fabuleux destin de l’Impératrice Wu Zetian, unique femme à avoir tenu sous ses ordres l’Empire chinois. Introduite à la cour de l’Empereur Taizong en tant que concubine, elle est envoyée au couvent à la mort de ce dernier; mais remarquée par le dauphin, elle est réhabilitée dans le gynécée du faible Gaozong dont elle gagne toutes les faveurs. A sa mort, elle s’empare du pouvoir en ces termes: « Ni mère ni concubine, ni épouse… je me nomme Sainte-mère, Empereur divin ». Elle fondera sa propre dynastie et vivra jusqu’à 84 ans!

Avec cette capacité étonnante à faire dialoguer les deux cultures, occidentale et asiatique, Xu Yi associe la voix chantée des quatre protagonistes avec la voix off et en chinois du vieil empereur Taizong qui, à elle seule et dès le Prologue, cerne un espace de profondeur et de mystère. L’électronique vient périodiquement démultiplier l’espace sonore en amplifiant ou relayant l’écriture instrumentale qui inclut un pupitre de percussions d’une grande efficacité dramaturgique. L’écriture instrumentale, toujours très colorée et suggestive chez Xu Yi, sollicite des modes de jeu très sophistiqués et accorde une importance primordiale au souffle et à l’énergie du son. Xu Yi joue constamment sur l’alternance de la voix parlée et la voix chantée pour modeler le rythme de l’action dramatique. Au côté du ténor /Gaosong, campant superbement un empereur plus amoureux que dirigeant, la mezzo-soprano Adelaïde Rouyer fait valoir une autorité toute à la fois vocale et scénique, un timbre chaleureux et une puissance étonnante. Xu Yi confie à La première épouse/ Aurélie Perrier une brève partie chantée en chinois, avec cette flexibilité de la ligne très authentique, que la soprano exécute en toute virtuosité. La très jeune soprano coréenne Hyun Mi Sim assume avec beaucoup d’aisance le rôle plus épisodique de la Servante. Quant au choeur des jeunes élèves du Conservatoire, préparé par Caroline Gaulon, il conférait une réelle épaisseur à la dramaturgie, notamment dans la dernière scène précédant l’Epilogue.

Souhaitons que cette perle d’Extrême-Orient trouve très rapidement son écrin scénique et sa véritable dimension opératique, à la hauteur de l’Impératrice Wu et de son irrésistible ascension.

Xu Yi © Editions Henry Lemoine

Mots-clefs de cet article

Lire aussi :

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.