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Fabien Gabel, chef d’orchestre

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Directeur musical de l’Orchestre symphonique de Québec (OSQ) et invité régulier des phalanges hexagonales, londoniennes et belges, le chef d’orchestre français Fabien Gabel est l’une des baguettes qui compte. Pour ResMusica, le chef d’orchestre nous présente son travail à Québec et il revient sur son parcours.

 

Fabien Gabel

«  m’a prévenu qu’il fallait être patient »

ResMusica : Vous êtes directeur musical de l’Orchestre symphonique de Québec depuis 2011. Quel bilan établissez- vous de votre travail ? Quels sont vos prochains objectifs pour l’orchestre ? 
 : Faire un bilan après deux ans est encore prématuré. J’ai eu le privilège de prendre en main un orchestre de qualité dont le niveau était déjà excellent. Cependant, depuis deux saisons, nous nous sommes efforcés à varier le répertoire qui, je dois dire, était depuis de nombreuses saisons assez conventionnel. Nous avons également une politique ambitieuse d’artistes invités. Des solistes de renoms tels Emmanuel Ax ou Jennifer Larmore alternent avec de jeunes musiciens formidables comme les pianistes Beatrice Rana ou Bertrand Chamayou, sans oublier de nombreux artistes canadiens qui finalement jouent assez peu chez eux ! Je pense à ma complice la mezzo-soprano Marie-Nicole Lemieux ou le pianiste Marc André Hamelin. Nous travaillons aussi sur des projets éducatifs avec de jeunes élèves car l’éducation musicale en milieu scolaire est assez peu développée voir quasi inexistante. Enfin mon grand rêve, faire jouer l’Orchestre symphonique de Québec en Europe.

RM : Comment construisez-vous vos saisons avec l’OSQ ?
FG : Pour chaque concert nous alternons le répertoire traditionnel à un répertoire peu fréquenté par l’orchestre voir jamais joué. Certaines œuvres de Maurice Ravel n’étaient plus à l’affiche depuis plus de trente ans ! Par ailleurs, Anton Webern a fait son entrée au répertoire de l’OSQ… la saison passée! Nous jouons aussi autant que possible de la musique contemporaine canadienne car il y a une activité créatrice très intéressante.

RM : La crise financière touche durement les institutions musicales aux USA et en Europe. Est-ce qu’au Québec, vous rencontrez des difficultés pour l’élaboration de vos budgets ?
FG : On ne peut pas nier ces difficultés qui nous touchent également. L’orchestre reçoit des subventions (c’est un fait assez rare en Amérique du Nord) mais une grande partie du budget provient également de fonds privés. La philanthropie artistique reste moins développée à Québec qu’à Montréal ou aux Etats-Unis. Ainsi chaque année nous devons  repartir à la recherche de fonds et trouver le bon business model pour palier toutes ces difficultés.

RM : Comment situez-vous l’orchestre (notoriété-visibilité) de l’Orchestre symphonique de Québec au Canada ?
FG : Bien que l’OSQ soit le plus ancien orchestre au Canada, nous avons moins de visibilité que certains orchestres anglophones ou de Montréal. Ceci s’explique par des raisons budgétaires et culturelles. L’orchestre, majoritairement francophone, est plus connu et reconnu au Québec car nous nous produisons peu au-delà des frontières de la Province. Néanmoins plusieurs de nos concerts sont retransmis par Radio Canada dans tout le pays et les nombreux artistes qui se produisent avec nous véhiculent une excellente image de l’orchestre. N’oublions pas que l’OSQ fut le seul orchestre professionnel nord-américain dirigé par Sergiu Celibidache !

RM : Vous êtes trompettiste de formation. Les chefs d’orchestres sont plutôt, à la base, pianistes ou violonistes. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre la baguette ?
FG : Les trompettistes passés à la baguette ne sont finalement pas si rares ! Il y aussi  Georges Prêtre, Gerard Schwarz, Daniel  Harding ou Andris Nelsons… J’ai eu la chance de découvrir l’orchestre très jeune au côté de mon père dans la fosse de l’Opéra de Paris. Les sonorités d’un orchestre m’ont toujours fasciné. Par la suite j’ai joué professionnellement une dizaine d’année sous la direction de nombreux chefs, dont des figures éminentes de la direction d’orchestre comme Pierre Boulez, Seiji Ozawa ou Riccardo Muti… Tout cela a certainement favorisé ce cheminement artistique qui s’est fait très naturellement et très lentement puisque j’ai commencé la direction à 27 ans, un âge plutôt avancé de nos jours ! De plus, devenir chef sans vivre l’orchestre de l’intérieur me semblait inconcevable. Avant de diriger il faut savoir suivre.

RM : En tant qu’ancien trompettiste est-ce que cela a une influence sur votre conception de la sonorité orchestrale ?
FG : On doit  s’adapter et respecter l’identité sonore d’un orchestre, bien qu’une tendance à l’uniformité du son se généralise. J’ai des conceptions sonores en fonction du répertoire que je dirige, mais j’avoue favoriser  la clarté et l’articulation.

RM : Vous dirigez à travers le monde, mais on retrouve aussi au(x) pupitre(s) des orchestres français : Paris, mais aussi Toulouse, Bordeaux et Lille. Est-ce qu’il existe encore une spécificité orchestrale  « française » qui se distinguerait de celle d’autres pays ?
FG : Indéniablement !  La spécificité française demeure toujours, chez les vents par leur articulation et une certaine fantaisie, et des cordes souvent élégantes. Or on constate aujourd’hui une grande facilité à s’adapter à tous les styles, je pense particulièrement aux cordes dont le jeu est plus substantiel dans le répertoire germanique. Aujourd’hui nombreux sont les musiciens qui, sortis du « moule » du Conservatoire, vont parfaire leur art à l’étranger et élargissent leurs connaissances en pratiquant la musique ancienne.

RM : Vous avez étudié à Aspen avec le grand chef d’orchestre américain . Qu’est-ce que ses cours vous ont appris ?
FG : J’étais débutant lors de mon apprentissage auprès de David Zinman. Malgré mon expérience de musicien d’orchestre, passer au pupitre était une toute autre affaire ! Bienveillant à mon égard, David Zinman  recommandait d’être le plus clair et précis possible afin de ne  pas gêner les musiciens avec des gestes superflus.  Il m’a aussi prévenu qu’il fallait être patient…

Crédits photographiques : /Gaetan Bernard

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