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Didier Perret directeur artistique du Festival du Haut-Jura

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Depuis 28 ans se déroule le Festival de musique du Haut-Jura, un festival centré autour de la musique baroque dans la capitale des fabricants de pipe, Saint-Claude, et aux alentours. ResMusica vous propose une rencontre avec son infatigable directeur artistique, Didier Perret.

 

Didier PERRET 3« Le sillon musique ancienne est bien tracé dans le Haut-Jura. C’est une marque de fabrique »

ResMusica : Bonjour , vous êtes de retour à la direction artistique du Festival de Musique du Haut Jura pour sa 29ème édition. Comment devient-on directeur d’une telle manifestation ?
 : Cela part de l’idée de faire un festival dans notre région, le Haut Jura, en mesurant, sur le plan économique, les retombées que cela pourrait apporter à nos restaurateurs, nos hôteliers, nos transporteurs, nos imprimeurs… C’est une action de la Jeune Chambre Économique qui date de 1987 avec un budget qui a grossi avec le temps. J’étais directeur de cette commission. C’est moi qui avais la main pour dire : « on fait un festival ». Une dizaine de personnes s’étaient regroupées autour de moi. Nous nous sommes lancés et ça été une grande réussite. On n’était pas tout de suite musique ancienne. On a fait du Mozart avec son Requiem dans la cathédrale avec mille spectateurs, pour cette première fois. On a jamais refait mille personnes à la cathédrale mais tous ces jeunes membres de la JCE de Saint-Claude ont vendus des carnets de places et on a rempli notre cathédrale. Alors, voyant ce succès, on a reconstitué une association qui était morte mi-novembre auparavant. Nous sommes repartis en 1988. Comme j’étais directeur de cette commission Jeune Chambre, je me suis retrouvé directeur du festival. On a mis trois ans à se mettre à la musique ancienne parce que j’avais déjà une bonne écoute de ces musiques à Ambronay avec mon ami Alain Brunet. Et on a commencé à toucher à la musique ancienne dans les années 90.

RM : Quels étaient les artistes qui ont pris le risque, avec vous, de venir dans le Jura pour partager la musique avec le public ?
DP : Au début, on a eu l’ensemble Elyma de Gabriel Garrido qui nous a amené beaucoup avec ce baroque flamboyant d’Amérique du Sud. Ça, c’est notre meilleur souvenir. On a grandi ensemble. L’année prochaine, ce sera notre trentième festival et je compte bien les inviter. On a fait venir des ensembles comme Le Concert Spirituel avec Hervé Niquet que j’admirais beaucoup et on a brodé autour de ces ensembles phares avec des programmations un peu plus confidentielles. On ne peut pas se payer des gros budgets sur les dix, douze concerts que nous faisions chaque année. Et donc, on a fait appel à des ensembles comme La Colombina de Josep Cabré avec María Cristina Kiehr, dans de petites chapelles que nous avons comme celle de Saint Romain qui est un bijou, un écrin. Ce sont de bons souvenirs. Ma culture musique ancienne, je l’ai avais un petit peu acquise à Ambronay et je n’ai pas eu beaucoup de mal à la mettre en pratique dans notre festival.

RM : Le public a-t-il adhéré tout de suite ? D’où vient-il. ?
DP : Il a fallu un peu de temps mais il a été vite enthousiaste sur ce festival qui commence avec l’été. On fait toujours les trois week-ends du mois de juin. Le dernier, c’est l’été qui arrive… Les gens ont apprécié cette musique ancienne. J’ai communiqué, grâce à Jacques Merlet, producteur à France Musique, qui m’a invité dans ces émissions. Il est venu, ici, nous voir. Il nous a beaucoup aidé dans notre promotion avec Jean-Claude Malgoire, qui a été premier fumeur de pipe à Saint Claude, ne l’oublions pas ! Aujourd’hui, le sillon musique ancienne est bien tracé dans le Haut Jura. C’est une marque de fabrique. On a grandi à l’ombre d’Ambronay mais sans singer Ambronay.  J’ai la fierté d’avoir fait venir des ensembles avant mon ami Alain Brunet comme La Fenice ou Orfeo 55. Nous avons la primeur de les avoir sélectionné avant Ambronay. Je lui dis de temps en temps ! Mais c’est tellement une grosse machine, Ambronay, qu’on ne peut pas programmer des artistes sans qu’ils soient passés, jeunes talents ou artistes confirmés, au Centre Culturel de Rencontre d’Ambronay. Mais j’essaie de me démarquer, de faire des choses originales et, surtout, de ne pas programmer des choses qui sont prévues à Ambronay la même année. J’ai toujours fait attention à cela.

RM : La conjoncture économique n’est pas très propice aux partenariats, au mécénat. Comment réussissez-vous à attirer des « financeurs » ?
DP : Notre budget oscille entre 250 000 et 300 000 euros. Chaque année il est équilibré avec… un petit trésor de guerre pour voir venir. On le gère avec prudence et une dépense juste. Le mécénat représente 25% de notre budget. Ce qui est remarquable. La DRAC, notre ministère de tutelle, nous félicite souvent de cet apport du privé plus notre billetterie. On finance à 50% notre festival ce qui est loin d’être le cas pour nombre de festivals.

RM : Vous avez, depuis 2005, un festival Jeune public. En quoi consiste-t-il ?
DP : On a commencé en 2005 avec l’académie de Lons-le-Saunier pour le primaire. Cela a fonctionné tout de suite. Là aussi, Ambronay faisait des actions jeunesse et la personne qui avait monté ces actions pédagogiques avec l’Éducation Nationale est une amie d’Oyonnax qui m’a dit : « je te monte ça dans le Jura, je connais les conseillers pédagogiques et je te mets en relation avec eux ». Et nous nous sommes lancés en 2005 avec eux. On fait une convention tous les ans et cela a débouché sur un festival Jeune Public à part entière en 2011. Nous ferons, cette année, sa troisième édition. Nous semons pour que, demain, ces oreilles, devenues avisées, écoutent ces musiques. C’est cela le but. Ces élèves du primaire sont des éponges. Ils écoutent de la musique contemporaine, des percussions, de la musique ancienne, de l’accordéon, du saxo… Saint Claude est bien servi de ce côté-là avec plusieurs associations qui font de la musique avec une forte connotation pédagogique.

RM : Pour cette édition 2014, qui se tiendra du 6 au 22 juin, que proposerez-vous aux festivaliers de France, de Suisse ou d’ailleurs ?
DP : Nous avons pris la thématique suivante : l’influence de l’Italie sur la musique baroque en Europe aux 16ème, 17ème et 18ème siècles. Eh oui, dans le Jura, nous sommes à deux heures de l’Italie ! Tous les compositeurs de cette époque, sauf Bach, sont passés par l’Italie. Il y a quelques têtes d’affiche. D’abord Marco Mencoboni et son ensemble Cantar Lontano qui feront l’ouverture du festival à la cathédrale de Saint-Claude. Cet édifice du XVIème siècle, avec ses galeries suspendues, se prête à ce « chant de loin » que maîtrise parfaitement le chef italien. Les gens fuyaient parce que l’écho est de plus de six secondes mais cela devient un avantage en disposant les chanteurs dans ces galeries à 45 mètres de hauteur. La musique vous tombe dessus ! C’est un miracle. Ensuite nous recevrons Leonardo Garcia Alarcón et la Cappella Mediterranea pour Il Diluvio universale de Falvetti, une œuvre qui a été créée en octobre 2010 à Ambronay puis enregistrée et récompensée par les critiques. Nous les recevrons au Brassus dans la vallée de Joux, puisque nous avons des sponsors, des fondations suisses qui nous financent. Enfin, en clôture, les Cornets Noirs dirigé par Frithjof Smith avec Marjus Märkl à l’orgue que Bernard Aubertin a installé à Clairvaux-les-Lacs il y a 18 mois. Un programme de Venise à Dresde et Vienne autour de la polychoralité.

RM : Merci et bon et beau Festival 2014

Crédit photographique : Didier Perret © Jean-Noël Démard

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